Mardi 25 Juillet 2006

Yves Schaëffner

La Presse

Collaboration spéciale

Londres


Une fois de plus, la science a rejoint la fiction cette semaine lorsqu'une équipe de scientifiques germano-britannique a annoncé avoir produit des souris à l'aide de spermatozoïdes créés en laboratoire à partir de cellules souches.

«Pour la première fois, nous avons été à même de produire des spermatozoïdes in vitro, de les utiliser pour féconder des ovules et d'obtenir des animaux vivants», a expliqué lundi dernier aux médias le professeur Karim Nayernia, de l'Université de Newcastle.

Ces premières naissances à partir de spermatozoïdes créés en laboratoire permettent d'imaginer - à très long terme - la mise au point de nouveaux traitements pour les hommes infertiles, notamment pour ceux (1% de la population masculine) qui ne produisent pas de spermatozoïdes.
Toutefois, ce jour est encore lointain puisque l'équipe du professeur Karim Nayernia a noté de nombreux problèmes chez les souris. Infertiles, elles avaient toutes des difficultés à se déplacer ou à respirer et étaient anormalement grosses ou petites.

Beaucoup de travail reste donc à faire avant qu'on puisse appliquer une telle technique sur l'être humain. Interrogé à ce sujet, le Dr Allan Pacey, professeur à l'Université de Sheffield et secrétaire de la British Fertility Society, pense quand même que cette percée «peut avoir des répercussions importantes dans le futur, mais dans un futur très lointain».

«Si la technique peut être adaptée à l'homme, si elle devient facilement réalisable et si elle est considérée comme éthiquement acceptable, elle pourrait aider les hommes qui ne produisent pas de spermatozoïdes», précise-t-il.



Mieux comprendre pour mieux traiter



Tout ces «si» n'ont pas empêché les médias britanniques d'être très enthousiastes. Ces derniers ont même envisagé que cette technique puisse permettre à des couples homosexuels d'avoir leurs «propres» enfants.

En effet, les cellules souches (extraites cette fois d'un embryon de souris mâle de trois jours) étant indifférenciées, on peut envisager de créer des spermatozoïdes à partir de cellules souches embryonnaires femelles.

Mais avant d'en arriver là, le professeur Karim Nayernia pense que sa recherche «est particulièrement importante pour nous aider à mieux comprendre la spermatogénèse, le processus biologique par lequel les spermatozoïdes sont produits. Nous avons besoin de cette connaissance si nous voulons aller à la racine du problème de l'infertilité».

Un avis que partage pleinement le Dr Allan Pacey. «Cela devrait permettre d'en apprendre davantage sur la production des spermatozoïdes, particulièrement difficile à étudier, souligne-t-il. Cette technique pourrait nous aider à mieux comprendre les altérations du sperme. Éventuellement, on pourrait envisager des solutions pour permettre à des hommes de produire plus de sperme ou du sperme de meilleure qualité.»



L'infertilité masculine en augmentation?



Souvent le résultat d'un manque de spermatozoïdes dans le sperme (ou d'une anomalie dans leur forme ou leur mobilité), la question de l'infertilité masculine est un sujet qui préoccupe de plus en plus les chercheurs. Particulièrement depuis que plusieurs études semblent indiquer une hausse de l'infertilité des hommes en Occident.

L'an dernier, la Société européenne de reproduction et d'embryologie humaines soutenait même que le problème de l'infertilité pourrait commencer à toucher plus d'hommes que de femmes.

Le Dr Anders Nyboe Andersen, qui présentait ces données, note: «Les facteurs environnementaux peuvent peut-être jouer un rôle alors que la planète devient de plus en plus polluée et que des éléments qui peuvent perturber le système endocrinien se retrouvent dans la chaîne alimentaire.»

Bien qu'il ne réfute pas cette possibilité, le Dr Allan Pacey croit surtout que le facteur de l'âge est prépondérant. «Je ne suis pas sûr qu'il y a un gros changement dans la fertilité des hommes. C'est vrai qu'il y a de plus en plus d'hommes qui consultent dans les cliniques, mais c'est aussi vrai que les hommes, comme les femmes, attendent de plus en plus longtemps avant d'avoir des enfants.»

À ce sujet, une équipe de chercheurs de Toronto avait annoncé l'an dernier que les dommages à l'ADN du sperme augmentent avec l'âge. En analysant le sperme de plus de 2000 hommes, ces scientifiques avaient découvert une variation de sa qualité en fonction de l'âge. Ainsi, l'ADN du sperme des hommes de plus de 45 ans avait deux fois plus de dommage que celui des hommes de 30 ans et moins.

Trois millions de bébés-éprouvettes

Vingt-huit ans après la naissance de Louise Brown le premier bébé-éprouvette la Société européenne de reproduction et dembryologie humaines a annoncé le 21 juin dernier que 3 millions denfants sont nés par assistance médicale à la procréation (AMP) depuis 1978. En 2002 seulement, 200 000

enfants auraient été conçus in vitro dans 52 pays, soit sept fois plus quen 1987. Par habitant, Israël est le pays qui aurait le plus recours à lAMP, devant le Danemark. Quant à Louise Brown, elle se porte toujours bien. Elle a même annoncé lundi dernier être enceinte. Le bébé conçu de manière «naturelle» est attendu pour janvier prochain.

Augmenter la fertilité masculine

Alors que de plus en plus d'études semblent indiquer que la concentration et la qualité des spermatozoïdes tendent à diminuer, les spécialistes ont quelques conseils pour les hommes qui veulent procréer:

1. Adopter un mode de vie plus sain

C'est la «cassette» classique des docteurs: bien manger, arrêter de fumer, éviter les drogues et ne pas trop boire. L'exercice est évidemment conseillé (à condition de ne pas exagérer sur la bicyclette).

2. Alimentation

Les produits de la mer qui peuvent contenir du mercure sont à proscrire. Par contre, quelques tasses de café sont les bienvenues. Elles «fouetteraient» les spermatozoïdes un peu mollassons.

3. Conseil vestimentaire

Plutôt simple: évitez les pantalons et les sous-vêtements trop serrés. La raison? Les testicules ne fonctionnent correctement qu'à la température de 33°C.

4. Choix de carrière

Une étude française a révélé en 2000 que de trop longues heures passées derrière le volant peuvent endommager le sperme. Les hommes qui sont en contact régulier avec des pesticides et autres produits chimiques auraient également plus de difficultés à avoir des enfants.

5. Doucement sur le p'tit joint

Une étude de l'Université de Buffalo a démontré que les consommateurs de cannabis ont tendance à avoir moins de spermatozoïdes. Et ces derniers «nageraient» anormalement et «ne tiendraient pas la distance» jusqu'à l'ovule.

6. N'attendez pas

Le conseil apparemment le plus important: ne pas attendre trop longtemps! Bien que les hommes puissent continuer à avoir des enfants jusqu'à très tard, la qualité du sperme décroîtrait à partir de 40 ans.
_________________
"Gardons le sourire en toute circonstance!"

publié par Yves Schaëffner dans: aokas
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