Samedi 05 Juillet 2008

LITTÉRATURE AMAZIGHE
Nacer Medjdoub : «Langue maternelle, langue éternelle
...»

Nacer Medjdoub vit avec la langue amazighe à «sang pour sang». Ce fervent fils de la terre des ancêtres ne se contente pas seulement de parler convenablement sa langue, ni de l’enseigner avec passion au sein de plusieurs associations culturelles d’Aokas et de la région, il s’acharne aussi à la protéger, à la renforcer et à la développer pour raffermir sa réhabilitation dans l’espace linguistique qui est le sien. D’ailleurs, grâce à la conjugaison des efforts des linguistes et chercheurs berbères, cette langue mère, plusieurs fois millénaire, manifeste de plus en plus et de mieux en mieux son existence, à la fois chez elle et dans le monde. Menacée de disparition après les années d’indépendance, Le Printemps Berbère du 20 Avril 1980 est venu rappeler que Tamazight a été, est, et sera à jamais cette richesse culturelle et historique d’un peuple fier de ses origines, et plein d’un profond amour pour son Algérie natale. À l’instar des nombreux spécialistes de la langue amazighe - dont l’inoubliable Mouloud Mammeri – Nacer Medjdoub s’est lancé à son tour, toute proportion gardée bien sûr, dans une prospection lexicologique et sémantique où il a découvert que des racines de la langue tamazight se trouvaient dans les affixes et les composantes lexicales (verbe, substantif…) d’un grand nombre de langues étrangères. Mais de quoi il retourne exactement ? Dans l’entretien suivant, l’intéressé donne les réponses.

Le Courrier d’Algérie : On croit savoir que vous préparez un ouvrage traitant de la linguistique. De quoi s’agit-il ?

Nacer Medjdoub : Le terme «linguistique » me semble un peu très fort et très vaste qui peut sous-entendre par là qu’il s’agit d’un ouvrage profondément scientifique. Je préfère parler d’un travail qui a trait à la langue, et précisément à l’emprunt lexical sur le plan morphologique et sémantique, sans rapport avec la syntaxe par exemple.

Pouvez-vous nous donner un exemple précis ?

Soit le terme anglais « summer » qui signifie « été : saison la plus chaude » et dont la structure est basée sur les consonnes SMR appelées aussi Radical, du moins dans les langues comme le Berbère. Ce radical en question est repérable dans le terme amazigh « asammar / asamar » signifiant « période de soleil », d’où le verbe « summer » : s’exposer au soleil. On remarque nettement la similitude tant du point de vue morphologique que sémantique. Comme on le retrouve aussi dans « samur » - attesté dans le dialecte amazigh chaoui - signifiant « brasier, qui donc n’est pas sans relation avec les précédents.

Qu’est-ce qui a motivé vos recherches ?

En réalité, nombreux sont les facteurs m’ayant motivé à entreprendre ce type de recherches. Pour n’en citer qu’un seul, il y a l’existence d’un fait scientifique émanant des grands spécialistes de diverses disciplines : archéologie, paléontologie, linguistique, anthropologie, sociologie…, non seulement de l’époque contemporaine, mais aussi de la plus haute antiquité, tels que Platon (428/347 av.J.C.), Hérodote (484/425 av.J.C.). Ces connaisseurs, en parlant du fait berbère, écrivaient sans subjectivité sur l’apport incontournable de ce peuple à la civilisation universelle tant par sa langue, son alphabet, son savoir-faire, etc. Certains chercheurs talentueux avancent même, sans tâtonnement, que la langue berbère est la matrice des langues que connaît l’humanité.Tout cela n’a fait que renforcer ma conviction forgée depuis des années, à savoir que tel ou tel terme de telle ou telle langue ne peut être qu’un vocable berbère, et partant, que les langues anglaise, française, allemande… sont truffées de vocables, de racines de la langue de nos ancêtres. Comment donc, devant ce postulat, ne pas entreprendre des recherches dans les différents dictionnaires pour en extraire ces racines berbères qui abreuvent l’arbre généalogique des langues de ce monde ?

Travaillez-vous seul ou en équipe ?

Concernant cet ouvrage en question, je travaille seul en attendant de me faire aider par d’autres personnes de diverses localités de la région. Car, pour le moment, celles-ci mettent en oeuvre d’autres projets concernant la collecte de contes, de proverbes et de poèmes anciens ainsi que la constitution d’un lexique toponymique.

Quels sont les moyens utilisés pour arriver à vos fins ?

L’essentiel de mes moyens repose sur les outils linguistiques qui sont à ma disposition, notamment les dictionnaires traitant des différents dialectes de la langue tamazight : kabyle, chaoui, mozabite, targui…, ainsi que les dictionnaires des autres langues étrangères.

Quand comptez-vous publier vos travaux ?

Quand toutes les conditions seront réunies. Pour l’instant l’ouvrage est en construction.

Avez-vous quelque chose à ajouter ?

D’abord, je voudrais saisir l’occasion que m’offre «Le Courrier d’Algérie » pour lancer un appel à toute personne intéressée par ce projet de venir apporter sa pierre à la construction d’un édifice pour sauver ce qui reste de la mémoire collective de nos vieux et de nos vieilles. Il est temps, comme disait feu Mouloud Mammeri, de «happer les dernières voix avant que la mort ne les happe»

Entretien réalisé par
Hafit Zaouche

Le Courrier d'Algerie 05/07/2008

 

 

publié par Hafit Zaouche dans: aokas

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