De plus en plus visible
Faut-il vraiment être un fin observateur pour se rendre compte que notre société marque un retour vers l'islamisme ? Beaucoup de signes visibles et d'autres, moins visibles, le montrent. Mais ce n'est pas tant le retour vers le religieux qui est inquiétant en soi. Ce qui devrait nous mettre la puce à l'oreille de cette remontée insidieuse, ce sont décidément tous ces comportements dont la finalité tend à limiter la libre expression, et l'ingérence qui peut être à l'origine d'un malaise sociale. Question à grands traits.
Doucement, mais sûrement, c'est l'islamisme qui fait son petit bout de chemin chez nous. De nouveau. L'expérience n'a-t-elle pas montré que l'islamisme ne sème que malheur et destruction là où il passe ? La décennie que nous avons passée n'est-elle pas la plus violente et la plus sanguinaire dans nos souvenirs ? Avons-nous la mémoire courte pour renouer avec ce qui a fait notre malheur des années durant ? Ou alors faut-il croire que l'infiltration a été telle que beaucoup confondent islamisme, qui est l'un des courants de l'activisme politique islamique, apparu pour la première fois à la suite de la révolution iranienne en 1979, et l'islam.
Profitant de cette confusion qu'ils ont semée si bien autour d'eux, les islamistes marquent ainsi de nombreuses avancées et gagnent de plus en plus de terrain. C'est par leur politique suivie depuis qu'ils ont émergé dans des pays arabes largement laïcisés et ont exigé l'instauration d'un Etat appliquant à la lettre les principes du Coran et de charia que le mouvement connaît son apogée durant les années quatre-vingt-dix. C'est le temps de la révolution iranienne et l'instauration de Khomeiny, c'est aussi l'insurrection armée à La Mecque et la lutte victorieuse contre l'envahisseur soviétique en Afghanistan. C'est, certes, l'apogée, mais le déclin n'est pas loin.
Dans les faits, aucun leader islamique, à part Khomeïni, n'arrive à unir en un seul mouvement la bourgeoisie pieuse, la jeunesse urbaine pauvre et l'intelligentsia militante. De plus, certains pays comme l'Algérie et l'Egypte n'hésitent pas à recourir à la répression. L'islamisme se dissout alors en bandes meurtrières, mais ces bandes ne tardent pas à s'organiser par tous les moyens possibles et marquer par la suite un retour en force. Un retour qui a plongé le pays dans le deuil et la désolation.
L'effet de surprise de leurs actions – car personne ne s'attendait vraiment à la guérilla qu'ils allaient mener – a presque fait basculer la balance de leur côté. Mais dans un sursaut pour sauver ce qui pouvait l'être encore, armée, forces de sécurité et patriotes ont renversé la situation et traqué les terroristes jusqu'au bout. Depuis, les islamistes, affaiblis par toutes ces attaques, ont compris l'inutilité d'un affrontement de forces qui peut ne pas être en leur faveur. Les islamistes changent de cap et ne tablent plus sur la violence. Cela ne veut pas dire pour autant qu'ils ont renoncé à leur objectif, mais qu'ils essaient de l'atteindre en utilisant d'autres moyens. Ils modèrent leurs discours, atténuent leurs vitupérations à l'égard de la société et continuent leur travail de fourmi. Doucement et sûrement.
Chez nous, l'indice le plus révélateur de leur percée est l'épisode de la Star Academy 3, diffusée par une chaîne de télévision libanaise et retransmise par l'ENTV, où des artistes en herbe, garçons et filles, apprennent à devenir des stars. Cette émission plutôt récréative, destinée aux jeunes, a été violemment critiquée non seulement par les partis islamistes, le MSP, mais aussi et surtout par beaucoup de téléspectateurs, plus violents dans leurs critiques.
A cause de toutes ces pressions, l'ENTV décide de suspendre cette émission et comble le vide par une autre émission qui décourage les plus téméraires à regarder la chaîne algérienne. Cette suspension doit être considérée comme grave, car à aucun moment l'avis des téléspectateurs n'a été pris en compte. Une vraie quantité négligeable, mais plus grave que cela, c'est qu'on décide à la place des gens de ce qu'ils doivent regarder et de ce qui est bon pour leur vertu. Pourtant, la prolifération des antennes paraboliques sur les toits n'est-elle pas l'indice d'une volonté d'ouverture sur le monde aussi bien occidental qu'oriental ?
Cette suspension est passée sous silence, mis à part quelques voix qui se sont élevées comme Bnet Fatma N'soumer. Cette association, qui dénonce la censure et la suppression de l'émission Star Academy 3, considère que la montée de l'islamisme à l'origine de cette suspension est une vraie menace sur les libertés individuelles. "L'agitation de ces moralisateurs renseigne sur le degré de nuisance des groupes de pression hostiles à tout changement", précise le communiqué qui dénonce cette suppression et qui ne manque pas d'attirer l'attention sur les vrais problèmes que vivent les Algériens et qui sont la pauvreté, le chômage, la crise du logement…
Mais ces petites voix auront-elles un écho ou se disperseront-elles tout bonnement dans les airs sans que personne ne prenne conscience du danger qui est là, tapi dans des recoins de la société mais qui guette le moment propice pour se montrer ?
La présence, de plus en plus importante, de jeunes barbus et en tenue afghane, aux abords des mosquées et dans les marchés où ils proposent toutes sortes de marchandises (manuels religieux, cassettes, parfums…), ne donne-t-elle pas à réfléchir, d'autant que ces jeunes profitent pour refiler à leurs clientes, des femmes pour la plupart, des livres ou des prospectus qui détaillent les affres de l'au-delà. D'où peut-être la prolifération de toutes ces filles, parfois des gamines, portant le hidjab, tenue qui a été introduite chez nous avec la venue de l'islamisme, alors que les femmes d'avant ont porté le haïk pour les régions du Centre et de l'Ouest, et el-m'laya dans l'Est. Deux tenues qui sont en voie de disparition.
L'introduction de la matière "éducation religieuse" à l'examen du baccalauréat n'est-elle pas un indice de plus pour "islamiser" la société, car le tort, comme on l'a déjà dit, n'est pas le retour vers la religion, car ce retour s'il est appliqué comme il se doit, peut préserver la société de plusieurs fléaux, mais le tort serait d'utiliser l'islam pour arriver à des fins politiques et imposer ce choix à toute une société, sans une possibilité de libre expression ou un droit à la différence, car l'islam est avant tout une religion de juste milieu.
Khadidja Mohamed Bouziane




