Mardi 21 Février 2006

L’Association Culturelle et Sportive « Numidya » est une des rares associations qui active dans le domaine de la revendication identitaire amazighe en dehors de la Kabylie, ses membres son très bien motivés, à l’image de leur président qui en plus du fait d’être à la tête de cette association est aussi membre du Bureau Mondial du Congrès Mondial Amazigh (C.M.A.).

Mais ceci, ne lui vaut pas que des amis, la preuve, il est, depuis 2003, sous le coup de poursuites judiciaires qu’on peut qualifier, à juste titre, d’aberrantes. Il risque, en effet, d’être condamné à une année de prison et 20 000 D.A. d’amende, parce que des personnalités belges, qu’il a invitées à se rendre à Oran, pour des conférences, se sont rendues en Kabylie après l’annulation de ces activités.

Kabyle.com a voulu s’enquérir de cette affaire, il a rencontré, pour vous, M. Saïd ZAMOUCHE et s’est entretenu avec lui de la genèse des faits et de leurs tenants et aboutissants, voici ce qu’il nous a dit, nous vous laissons le soins de juger.

Saïd ZAMOUCHE

Kabyle.com : Avant toute chose, qui est Saïd ZAMOUCHE ?

Saïd ZAMOUCHE : Je vous remercie tout d’abord pour tout ce que vous faites et pour tous les efforts que vous fournissez afin que tous les Imazighen, particulièrement les Kabyles, soient informés de tout ce qui concerne leur région, leur langue et leur culture ancestrales.

Pour revenir à votre question, je suis un Kabyle oranais, je suis né en 1963 à Oran où j’y vis toujours. Comme tous les Kabyles d’Oran, j’ai toujours été un fervent supporteur de la J.S.K. (Jeunesse Sportive de Kabylie), depuis mon bas âge, ce qui m’a ouvert les yeux et permis de prendre conscience des injustices dont sont victimes nous les Imazighen où qu’ils soient, en général, particulièrement concernant leur langue et leur culture.

En 1979, nous nous sommes lancés, mes compagnons de lutte et moi, entre autres, je citerai Chaâbane Achouri et Djamel Benaouf, qui sont toujours parmi nous (dans l’association, NDLR), dans le Mouvement Culturel Berbère (M.C.B.).

Étant donné que nous vivons dans une région un peu hostile, nous étions contraints d’activer d’une manière implicite et c’est à partir de là que nous avons créé « Imnayen n Numidya » (Les cavaliers de la Numidie), une équipe de football qui a rassemblé beaucoup de Kabyles vivant à Oran, chose qui nous a permis de créer un cadre où nous discutions toutes les questions relatives à la revendication identitaire, tout en y distribuant différents tracts, des brochures, des petites publications, particulièrement l’alphabet amazigh.

En 1989, l’équipe est devenue un collectif culturel et sportif « Amazday Adelsan Anaddal Numidya », une année après, soit le 13 septembre 1990, les « Cavaliers de la Numidie » se réunissent en Assemblée Générale constituante pour donner naissance à l’Association Culturelle et Sportive Numidya où dont j’ai été élu président, une responsabilité qui m’incombe jusqu’à nos jours.

Je tiens juste à vous préciser qu’il a fallu attendre une année et 12 jours, et entreprendre démarches sur démarches, jusqu’à nous rendre au ministère de l’Intérieur, pour arracher l’agrément, tout cela à cause de cette expression qui figurait dans les statuts de l’association : « L’enseignement de Tamazight ».

Je suis également membre du Bureau Mondial du C.M.A. (Congrès Mondial Amazigh), depuis août 1999 (Congrès de Lyon), réélu en août 2002, au Congrès de Roubaix et, en 2005, au Congrès qui a eu lieu, pour la première fois, sur une terre amazighe, en l’occurrence à Nador, au Maroc.

Des poursuites judiciaires ont été enclenchées à votre encontre, que pouvez-vous nous en dire ?

Dans le cadre des activités de l’association, j’ai envoyé en 2003, des invitations à des personnalités belges (des parlementaires, des avocats et des universitaires) afin d’animer des conférences à Oran pour la journée du 24 octobre 2003, les services consulaires n’ont pas délivré les visas dans les délais souhaités, ils ne le seront que la veille de l’activité, c’est-à-dire le 23 octobre 2003.

Et comme vous le savez, pour organiser une activité quelconque, il faut déposer tout un dossier de demande d’autorisation, au moins 48 heures avant, aux services départementaux, étant donné que la confirmation des conférenciers faisait défaut, nous étions contraints d’annuler la conférence, les invités, eux, ont décidé de se rendre donc en Kabylie, en compagnie du président du C.M.A.

Racontez-nous la réalité des faits et qu’est-ce qui vous est, officiellement, reproché au juste ?

Au mois de novembre 2004, j’ai reçu deux convocations de la part des services des Renseignements Généraux (R.G.) pour subir deux interrogatoires. Un mois après, j’ai reçu deux autres convocations de la part de la Police Judiciaire où j’ai subi une autre fois, des interrogatoires terriblement serrés. Au mois de février 2005, j’ai reçu une convocation du juge d’instruction, ce dernier m’a fait subir, une fois de plus, un autre interrogatoire, pour conclure en me disant : « Vous êtes accusés d’escroquerie, de déclaration mensongère et de faux et usage de faux. »

Quels-sont, selon vous, les tenants et les aboutissants de cette affaire ?

Je crois que les choses sont claires, l’association est un cadre indésirable à Oran, d’autant plus qu’elle refuse d’être un bouc émissaire. Il est clair également qu’ils cherchent à déstabiliser les membres actifs de l’association. Il s’agit d’une machination qui veut étouffer toute voix de l’amazighité dans une région qui s’appelle l’Oranie.

Vous estimez-vous léser et victime d’une machination sans fondement légal ?

Absolument.

Quelle-est la sentence que vous risquez à l’issue de cette poursuite ?

J’étais déjà condamné, en première instance le 22 juin 2005, à une année de prison avec sursis et 20 000 D.A. d’amende. J’ai, tout de suite, interjeté un appel. Le 5 décembre 2005, je me suis présenté à la Cour d’appel. Une autre fois, le juge confirme le même verdict, à savoir, un an de prison avec sursis et 20 000 D.A. d’amende.

Des incidents regrettables ont entouré le premier procès qui s’est tenu le 5 décembre, pouvez-vous-nous en parler ?

Tout d’abord, tout le monde était surpris par l’acharnement du procureur qui a demandé deux ans de prisons ferme. Étant donné que le dossier était vide, d’un point de vue juridique, et après les questions et les plaidoiries des trois premiers avocats, en l’occurrence, maîtres Khemisti, Bensadek (barreau d’Oran) et Bouzetine (barreau de Paris), maître Hanoune (barreau de Tizi Ouzou) est revenu, une autre fois, à la charge avec une série de questions.

Le juge qui s’est senti gêné, a interrompu l’audience sans me donner même la parole. Une militante, parmi l’assistance, s’est levée pour dénoncer cet arbitraire. Le juge ordonna de l’arrêter. Les choses ont failli prendre une autre tournure si ce n’est la sagesse de maître Khemisti qui leur a bien expliqué les conséquences que pourraient engendrer une telle décision et qui a su calmer les esprits des militantes et militants surchauffés.

Vous avez interjeté un pourvoir en cassation suite au verdict de ce dernier, quand-est-ce qu’est programmé le nouveau procès et êtes-vous optimistes ?

Après consultation avec mes avocats et les membres de l’association, j’ai, tout de suite, décidé de me pourvoir en cassation, à partir du moment où je sais que je n’ai rien fait de mal, je resterai toujours optimiste.

Avez-vous quelque chose à ajouter pour conclure ?

Je remercie Kabyle.com de m’avoir accordé cet entretien. Je vous souhaite beaucoup de courage. Je tiens également à rendre un vibrant hommage à toutes les personnes qui m’ont soutenu lors du procès. Et comme l’a bien dit Ferhat Imazighen Imoula :

« A wid i gh-ikerhen, (A ceux qui nous détestent)
Nekni s Imazighen, (Nous les Berbères)
Bdut targagit si tura. (Commencez à trembler dès maintenant)

Lehbus ur gh-zmiren (Les prisons ne nous contiendront pas)
D tikli-nnegh i yettghawalen (C’est l’allure de notre marche qu’elles dopent)
Wi iteddun ghef tidet yessawed. » (Celui qui œuvre pour la vérité réalise son objectif)

Note : La traduction du texte de la chanson de Ferhat Imazighen Imoula a été réalisée par la Rédaction, que l’auteur nous excuse s’il juge que le sens de ses mots n’a pas été complètement restitué.

Pour Kabyle.com – Rédaction de Tizi Ouzou – 16 février 2006
Entretien et transcription : Djamel B. (Rédaction de Tizi Ouzou)



publié par Hafit Zaouche dans: aokas

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