Lundi 20 Février 2006

Krim Belkacem est né le 14 décembre 1922 au douar Ait Yahia, près de Dra-El-Mizan. Il adhère au P.P.A au début de l’année 1946 et implante des cellules clandestines dans douze douars autour de dra-El-Mizane qui compte plusieurs centaines de militants et sympathisants.

Accusé d’avoir tué un garde forestier, il est pourchassé et prend le maquis en 1947 sous le pseudonyme de Si Rabah avec Moh Nachid, Mohand Talah, Messaoud Ben Arab.

Deux fois condamné à mort par les tribunaux français en 1947 et 1950, il devient responsable du P.P.A-M.T.L.D pour toute la Kabylie et à la tête des 22 maquisards qui composent son état-major et multiplie les contacts directs avec les militants et la population.

(JPEG) Son plus proche collaborateur est Omar Ouamrane. Le 9 juin 1954, Krim rencontre à Alger Ben Boulaid, puis Boudiaf et Didouche, qui parviennent à le convaincre de la nécessité d’une troisième force.

Il passe un accord avec les cinq responsables du groupe des 22 rompt avec Messali en août 1954, sans tenir au courant les militants de son initiative. Devenu le sixième membre de la direction intérieure du F.L.N les six chefs historiques, Krim est le responsable de la zone de Kabylie au moment du déclenchement de l’insurrection, le 1er novembre 1954.

(JPEG) Il entre au C.E.E au lendemain du congrès de la Soummam en 1956 et domine le F.L.N-A.L.N en 1958-1959 comme vice-président du G.P.R.A et ministre des Forces armées.

Krim qui à quitté l’Algérie après la bataille d’Alger, est alors allié à Ben Tobbal et Boussouf contre Abane. Vice-président du Conseil et ministre des Forces armées du G.P.R.A 1958, (JPEG) ministre des Affaires étrangères 1960, de l’intérieur 1961, il entame les négociations avec la France, à Evian. Dès l’indépendance de l’Algérie, il désapprouve la politique de Ben Bella, se retrouve écarté de la vie politique et se consacre aux affaires.

Après le coup d’Etat du 19 juin 1965, il repasse dans l’opposition. (JPEG) Accusé d’avoir organisé un attentat contre Boumedienne, il est condamné à mort par contumace. Krim Belkacem est découvert assassiné, en octobre 1970, dans une chambre d’hôtel à Francfort.

Réhabilité à titre posthume, Krim Belkacem est enterré au Carré des Martyrs le 24 octobre 1984.

(JPEG)

 


NDLR

 

Voici un témoignage datant de 1985 très intéressant glané sur http://www.geocities.com/hocine_ait_ahmed/crise.htm :
Hocine Aït Ahmed (propos recueillis par Hamid Barrada) : "...Concernant la participation des Kabyles dans les institutions étatiques, un phénomène mérite d’être souligné : leur présence pléthorique dans les appareils de répression. Kasdi Marbah (dont le vrai nom est Abdellah Khalef) qui a été de l’indépendance à la disparition de Boumdiene, le patron de la S.M (sécurité militaire, NDLR) n’est que le plus connu. On peut mentionner H’mida Ait Mesbah, alias Rachid, chef du service opérationnel dans le même organisme, également jusqu’en 1979. C’est lui qui a monté le "coup" qui a abouti à l’assassinat de Krim Belkacem à Francfort (Allemagne) en 1969...

Le choix des Kabyles pour effectuer les sales besognes ou il est bien entendu, à des considérations précises, non dépourvues de machiavélisme. Qui mieux que les Kabyles, connaît la Kabylie, région réputée chaude et intraitable ? Ensuite, c’est de bonne guerre de confier aux enfants d’un milieu déterminé le soin de contrôler et de réprimer leurs frères. Enfin, il paraît judicieux de présenter les Kabyles devant le reste du pays sous les traits les plus hideux. Nos Machiavels n’ont rien inventé à ce sujet. Les autorités coloniales avaient déjà recours à des ficelles. Ailleurs, la sinistre Savak s’ingéniait à jouer, avec le succès que l’on sait les Kurdes les uns contre les autres, et simultanément à dresser l’opinion contre eux.

-  A propos de Krim Belkacem, que sait-on finalement sur les circonstances de son assassinat ?

-  Vous n’ignorez pas que c’est dans sa chambre d’hotel à Francfort qu’il fut étranglé avec sa propre cravate. Il n’a été découvert qu’après plus de vingt-quatre heures par le personnel de l’établissement. A l’évidence, le forfait ne pouvait être perpétré que par un familier de la victime. La police allemande a fait son travail, les tueurs lui avaient facilité la tâche en abandonnant des documents compromettants dans une serviette déposée à la consigne de l’aéroport. On a su ainsi qu’ils étaient au nombre de trois dont le commandant H’mida Ait Mesbah.

Je peux révéler que le malheureux Krim était tombé dans un guet-apens. La S.M avait mis au point un scénario de coup d’état et lui avait proposé d’en prendre la tête. Pour les besoins de la cause, Ait Mesbah, qui connaissait bien Krim du temps de la guerre, se disait passé à l’opposition. Tout était fin prêt pour la prise du pouvoir. La proclamation annonçant la chute du régime de Boumdiene était même enregistrée. Un gouvernement était constitué : Krim, président de la République ; Ait Mesbah à l’Intérieur ; Mouloud Kaouane personnage peu recommandable, recevait le portefeuille de la Justice, la Défense revenait au colonel Mohammed Saled Yahiaoui, qu’on avait omis de consulter...

C’est d’abord en France que le complot - le vrai, l’assassinat de Krim- devait se dérouler. Il était question de faire disparaître le corps dans une villa louée à cette occasion en Provence. J’ai des raisons de penser que la police française en avait eu vent, Krim s’est vu interdire de séjourner sur le territoire français sans autorisation préalable. Les préparatifs du coup d’état se sont transposés ailleurs, et c’est ainsi que le rendez-vous fatal eut lieu à Francfort.

-  Comment expliquez-vous que Krim, qui n’était pas né de la dernière pluie, se soit fait avoir de la sorte ?

-  Je m’interroge comme vous, d’autant qu’il était expressément informé de la finalité réelle de la conspiration à laquelle il avait accepté de participer. Il était très précisément affranchi sur le rôle confié à Ait Mesbah. Là-dessus je n’ai aucun doute pour la bonne raison que c’est moi qui l’ai mis en garde.

-  Comment étiez-vous informé vous-mêmes ?

-  Vous comprendrez que je ne peux pas vous dévoiler mes sources. En revanche, je peux vous dire que c’est par le truchement d’un haut fonctionnaire suisse aujourd’hui à la retraite que je m’étais empressé de communiquer à Krim Belkacem ce que je savais de l’attentat qui se tramait contre lui et cela plusieurs semaines avant son exécution.

Pourquoi n’a-t-il pas tenu compte de ma mise en garde ? Probablement parce qu’il était sur de lui, mais au fond, Krim a été victime de ses propres conceptions de l’action politique : il réduisait celle-ci à la conspiration.

-  Pourquoi Krim fut-il visé, et non Ait Ahmed ?

-  Ne vous inquiétez pas : on ne m’avait pas oublié ! Environ un an avant que Krim soit "approché", j’ai eu droit à la sollicitude des agents à la S.M. déguisés comme il se doit en opposants purs et durs. Le piège dans lequel est tombé Krim était exactement identique à celui qui m’avait été vendu. A croire que la S.M. manque d’imagination...

Ait Mesbah, flanqué de deux compères, était venu me voir en Suisse pour me proposer d’être la figure de prône du coup d’état avant d’être le président de la République. Bien entendu, il avait commencé par instruire le procès de Boumdienne et de son régime, il m’avait longuement expliqué comment le mécontentement dans le pays et l’armée avait atteint les limites de l’intolérable...Notez qu’il se dissimulait pas ses fonctions au sein de la S.M. Mieux, c’est en tant que chef du service opérationnel, disposant de ce fait d’une force de frappe décisive, qu’il n’entreprenait. D’ailleurs, suprême habilité, il ne ma demandait rien, sinon de donner mon sentiment à l’opération. En clair, il m’offrait le pouvoir sur un plateau d’argent. J’ai décliné son offre en disant que j’étais par principe hostile aux putschs.

-  Et Ait Mesbah a abandonné la partie...

-  Nullement. Il trouvait regrettable que je ne profite pas profit de sa présence dans les hautes sphères de la S.M., présence qui n’allait pas être éternelle :"On n’a pas confiance en moi et je risque d’être limogé à tout moment." Il "comprenait" mon objection de principe et s’en pressait de m’interroger sur une solution de rechange. Je me suis contenté d’insister sur l’importance du travail d’organisation des masses à lui appartenait d’opérer elles-mêmes les changements politiques souhaitables. Je m’étais bien gardé de lui confier aucune tâche, en dépit de ses sollicitations, mais en nous séparant il me déclara qu’il se tenait à la disposition du FFS.

-  Savait-il que vous saviez ?

-  Il s’était au moins aperçu que sa mission n’avait pas abouti pour le moment. J’avais pris soin, en le recevant, de ne pas être seul et d’entrée de jeu, je lui avait récité un poème kabyle composé par mon aïeul. En voici la traduction :

Vous qui êtes en bonne compagnie !
Soyez le bienvenu !
Sans la volonté de Dieu,
Nous ne nous serions rencontrés.
Puisque vous avez le doigt sur la gâchette,
Prenez garde que le coup ne parte.
Je prie, je prie pour que nous soyons épargnés
Et pour ceux qui nous tendent des pièges
Y tombent les premiers.

Le message n’avait pas besoin d’être décodé. Mais notre barbouze ne s’est pas estimé vaincu pour autant. Il est revenu obstinément à la charge, mais j’ai refusé tout aussi obstinément de le rencontrer. Il a continué à m’envoyer, avec une notable assiduité, des rapports relatant ses efforts pour élargir l’implantation du FFS. De guerre lasse, il a fini par lâcher prise. Plus exactement par changer de cible. Toujours est-il que, lorsque j’ai appris que le même individu avait pris langue avec Krim, j’ai éprouvé aussitôt les pires appréhensions, lesquelles hélas, n’étaient pas infondées."

Lien pertinent : Texte complet des accords d’Evian signés par Krim Belkacem


   
 
 
 

publié par Hafit Zaouche dans: aokas
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