Dimanche 05 Février 2006

Aujourd’hui, il suffit de dire des inepties pour que
le monde crie au génie. Un certain Serge ELBAZ,
originaire de Constantine, part pour le Maroc pour
rechercher ses racines berbères et rencontrer celle à
qui il allait rendre hommage : La Kahéna. (Pourquoi au
Maroc ?) Pour être dans la tradition berbère, il se
fera appeler désormais Cheb i Sabbah (sic).
Cet artiste d’exception, va nous surprendre et
nous apprendre que La Kahéna serait en fait une femme
mythique et historique et à la fois juive et
guerrière. Elle aurait réuni TOUTES les tribus
berbères. On apprend aussi que TOUS les chefs berbères
seraient juifs et ce depuis 2600 ans (Massinissa,
Jugurtha... aussi ?) Une question se pose alors :
qu’en était-il avant ces 2600 années ? Ce monsieur au
QI très supérieur a une réponse toute prête : les
Berbères, à l’instar de Ofra Haza, viendraient du
Yémen et leur langue Tamazight ne serait qu’une
variante d’un dialecte hébraïque de cette région du
monde. C’est bien simple, nous dit-il, avant de
prendre des noms arabes, les berbères étaient juifs
(tous ?) pour preuve les Gnawas prient les prophètes
juifs. Ce monsieur semble confondre juifs, hébreux et
araméen ainsi que arabe et musulman. Il ne semble pas
savoir que tous les prophètes du monothéisme
descendent d’Abraham et qu’aucun d’eux n’était juif ?
Et ce n’est pas tout. Pour faire encore plus dans
le stupide et l’absurde, on fait la promotion du CD en
ces termes : « Un brillant opus baptisé La Kahéna en
hommage à cette femme juive et berbère comme lui, qui
au VIIe siècle, avait réuni les ethnies berbères pour
contrer l’invasion de la Kabylie par les Arabes. »
Enorme ! A vous donner la nausée. Mieux vaut ne
pas faire de commentaire.
Le plus incroyable, c’est que des artistes de
chez nous vont se précipiter pour cautionner ce
produit. Khaled va nous parler d’harmonie et de
perfection. Quant à Souad Massi , elle ne va pas être
avare en superlatifs et nous parlera d’ « un mix
extraordinaire de voix et de rythmes percussifs (sic).
Un fabuleux mélange... »
Nous sommes les seuls responsables de ce
détournement de notre histoire, de ce pillage
impudent, de ce sac éhonté. Nous avons toujours
attendu que quelqu’un vienne de l’extérieur pour nous
dire notre histoire. Toutes nos références dans le
domaine nous viennent de leurs écrits qui ne nous ont
jamais été favorables. Nous acceptons sans réagir ce
que ces « autres » veulent bien nous apprendre sur
nous-même.
Au départ La Kahéna n’était qu’une femme d’une
tribu des Aurès. On fit d’elle une méchante sorcière
dans le sens le plus péjoratif du terme avant d’en
faire une guerrière insoumise qui se souleva contre
l’envahisseur arabe. On la comparait déjà à Jeanne
d’Arc avant de la confondre avec Judith et d’en faire
une reine. Comme si l’Aurès était un royaume ! De
surenchère en surenchère, elle va devenir la reine des
Berbères de Siwa en Egypte aux Iles Canaries.
Pourtant, et ce malgré l’étendu de ce pouvoir absolu,
elle perdit et la bataille et la guerre. Ce serait de
notre faute parait-il. Nous l’aurions trahie et vendue
à l’ennemi. Toutes les tribus berbères, que dis-je,
tout l’empire berbère aurait trahi ?
De qui se moque-t-on ?
Pour nous la défaite et la honte et aux autres la
gloire et les lauriers.
Dans notre culture les Kahéna ne manquent pas.
Dans chacune des régions des Aurès ou d’ailleurs, on
trouve de telles femmes. On fait de la sorcellerie un
don exceptionnel, pourtant dans notre tradition et ce
jusqu’aux années soixante, cette pratique faisait
partie des attributs de la femme berbère comme l’art
de tatouer, de tisser, de modeler l’argile, de danser,
de chanter... Les femmes du monde entier peuvent
devenir guerrières et résistantes quant il y a
nécessité.
Dans notre culture amazigh, la femme n’a pas
besoin de revendiquer sa place dans la société. Elle
n’est ni supérieur ni inférieur ni même égale à
l’homme. Elle l’épouse, la mère, la soeur comme
l’homme est l’époux, le père, le frère.
La Kahéna est une reine certes, mais celle de nos
coeurs. Je suis même prêt à la diviniser et à en faire
une déesse. Elle est tout ce que nous aurions du être.
Mais de grâce, qu’on ne vienne pas nous donner des
leçons sur notre propre identité et qu’on cesse de
nous prendre à chaque fois en otage. Cela me donne le
tournis et... Excusez-moi, je dois aller vomir. *Lire
article promotionnel en pages 17, 20, 21 et 43 dans
MONDOMIX n° 12 de septembre/octobre 2005
Messaoud Nedjahi

publié par Hafit Zaouche dans: aokas
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