De plus en plus visible
Faut-il vraiment être un fin observateur pour se rendre compte que notre société marque un retour vers l'islamisme ? Beaucoup de signes visibles et d'autres, moins visibles, le montrent. Mais ce n'est pas tant le retour vers le religieux qui est inquiétant en soi. Ce qui devrait nous mettre la puce à l'oreille de cette remontée insidieuse, ce sont décidément tous ces comportements dont la finalité tend à limiter la libre expression, et l'ingérence qui peut être à l'origine d'un malaise sociale. Question à grands traits.
Doucement, mais sûrement, c'est l'islamisme qui fait son petit bout de chemin chez nous. De nouveau. L'expérience n'a-t-elle pas montré que l'islamisme ne sème que malheur et destruction là où il passe ? La décennie que nous avons passée n'est-elle pas la plus violente et la plus sanguinaire dans nos souvenirs ? Avons-nous la mémoire courte pour renouer avec ce qui a fait notre malheur des années durant ? Ou alors faut-il croire que l'infiltration a été telle que beaucoup confondent islamisme, qui est l'un des courants de l'activisme politique islamique, apparu pour la première fois à la suite de la révolution iranienne en 1979, et l'islam.
Profitant de cette confusion qu'ils ont semée si bien autour d'eux, les islamistes marquent ainsi de nombreuses avancées et gagnent de plus en plus de terrain. C'est par leur politique suivie depuis qu'ils ont émergé dans des pays arabes largement laïcisés et ont exigé l'instauration d'un Etat appliquant à la lettre les principes du Coran et de charia que le mouvement connaît son apogée durant les années quatre-vingt-dix. C'est le temps de la révolution iranienne et l'instauration de Khomeiny, c'est aussi l'insurrection armée à La Mecque et la lutte victorieuse contre l'envahisseur soviétique en Afghanistan. C'est, certes, l'apogée, mais le déclin n'est pas loin.
Dans les faits, aucun leader islamique, à part Khomeïni, n'arrive à unir en un seul mouvement la bourgeoisie pieuse, la jeunesse urbaine pauvre et l'intelligentsia militante. De plus, certains pays comme l'Algérie et l'Egypte n'hésitent pas à recourir à la répression. L'islamisme se dissout alors en bandes meurtrières, mais ces bandes ne tardent pas à s'organiser par tous les moyens possibles et marquer par la suite un retour en force. Un retour qui a plongé le pays dans le deuil et la désolation.
L'effet de surprise de leurs actions – car personne ne s'attendait vraiment à la guérilla qu'ils allaient mener – a presque fait basculer la balance de leur côté. Mais dans un sursaut pour sauver ce qui pouvait l'être encore, armée, forces de sécurité et patriotes ont renversé la situation et traqué les terroristes jusqu'au bout. Depuis, les islamistes, affaiblis par toutes ces attaques, ont compris l'inutilité d'un affrontement de forces qui peut ne pas être en leur faveur. Les islamistes changent de cap et ne tablent plus sur la violence. Cela ne veut pas dire pour autant qu'ils ont renoncé à leur objectif, mais qu'ils essaient de l'atteindre en utilisant d'autres moyens. Ils modèrent leurs discours, atténuent leurs vitupérations à l'égard de la société et continuent leur travail de fourmi. Doucement et sûrement.
Chez nous, l'indice le plus révélateur de leur percée est l'épisode de la Star Academy 3, diffusée par une chaîne de télévision libanaise et retransmise par l'ENTV, où des artistes en herbe, garçons et filles, apprennent à devenir des stars. Cette émission plutôt récréative, destinée aux jeunes, a été violemment critiquée non seulement par les partis islamistes, le MSP, mais aussi et surtout par beaucoup de téléspectateurs, plus violents dans leurs critiques.
A cause de toutes ces pressions, l'ENTV décide de suspendre cette émission et comble le vide par une autre émission qui décourage les plus téméraires à regarder la chaîne algérienne. Cette suspension doit être considérée comme grave, car à aucun moment l'avis des téléspectateurs n'a été pris en compte. Une vraie quantité négligeable, mais plus grave que cela, c'est qu'on décide à la place des gens de ce qu'ils doivent regarder et de ce qui est bon pour leur vertu. Pourtant, la prolifération des antennes paraboliques sur les toits n'est-elle pas l'indice d'une volonté d'ouverture sur le monde aussi bien occidental qu'oriental ?
Cette suspension est passée sous silence, mis à part quelques voix qui se sont élevées comme Bnet Fatma N'soumer. Cette association, qui dénonce la censure et la suppression de l'émission Star Academy 3, considère que la montée de l'islamisme à l'origine de cette suspension est une vraie menace sur les libertés individuelles. "L'agitation de ces moralisateurs renseigne sur le degré de nuisance des groupes de pression hostiles à tout changement", précise le communiqué qui dénonce cette suppression et qui ne manque pas d'attirer l'attention sur les vrais problèmes que vivent les Algériens et qui sont la pauvreté, le chômage, la crise du logement…
Mais ces petites voix auront-elles un écho ou se disperseront-elles tout bonnement dans les airs sans que personne ne prenne conscience du danger qui est là, tapi dans des recoins de la société mais qui guette le moment propice pour se montrer ?
La présence, de plus en plus importante, de jeunes barbus et en tenue afghane, aux abords des mosquées et dans les marchés où ils proposent toutes sortes de marchandises (manuels religieux, cassettes, parfums…), ne donne-t-elle pas à réfléchir, d'autant que ces jeunes profitent pour refiler à leurs clientes, des femmes pour la plupart, des livres ou des prospectus qui détaillent les affres de l'au-delà. D'où peut-être la prolifération de toutes ces filles, parfois des gamines, portant le hidjab, tenue qui a été introduite chez nous avec la venue de l'islamisme, alors que les femmes d'avant ont porté le haïk pour les régions du Centre et de l'Ouest, et el-m'laya dans l'Est. Deux tenues qui sont en voie de disparition.
L'introduction de la matière "éducation religieuse" à l'examen du baccalauréat n'est-elle pas un indice de plus pour "islamiser" la société, car le tort, comme on l'a déjà dit, n'est pas le retour vers la religion, car ce retour s'il est appliqué comme il se doit, peut préserver la société de plusieurs fléaux, mais le tort serait d'utiliser l'islam pour arriver à des fins politiques et imposer ce choix à toute une société, sans une possibilité de libre expression ou un droit à la différence, car l'islam est avant tout une religion de juste milieu.
Khadidja Mohamed Bouziane

Le poète Jean el-Mouhouv Amrouche, dit Jean Amrouche, naît le 7 février 1906 à Aghil Ali en Kabylie. Berbère, chrétien, normalien, proche d’André Gide, Jean Amrouche reçut à son micro de la radiodiffusion française les plus grands écrivains de son temps. Egalement porte-parole des intellectuels algériens, il écrivait "Nous voulons la patrie de nos pères, la langue de nos pères, la mélodie de nos songes et de nos chants sur nos berceaux et sur nos tombes". Jean Amrouche meurt à Paris en avril 1962.
sources : Célébrations nationales 2006 (min. Culture), Ephémérides RFI
Does the Arabic Language Encourage Radical Islam?
by James Coffman
http://www.meforum.org/article/276
James Coffman is director of America-Mideast Educational and Training Services, Inc. (AMIDEAST), Tunisia.
Native speakers of Arabic have long claimed that Arabic is far more than a language; rather, the language of Islam, the language chosen by God to speak to mankind, influences how a person perceives the world and expresses reality. This, in turn, has a profound impact on a society's outlook. Thus, Ahmed Taleb Ibrahimi, a former Algerian minister of education, declares that "a people that changes language is a people that changes its soul and its view on the world."1 Abdelkader Yefsah, a sociologist, recently wrote that use of the Arabic language "leads straight to . . . the primacy of the religious over all other activity."2
In contrast, nonspeakers of Arabic tend to be somewhat skeptical of such claims. They acknowledge the importance of Arabic and appreciate its profound connections to the Islamic faith, but find it hard to believe that Arabic is so consequential.
While doing research at two Algerian universities in the academic year 1989-90, I had a unique opportunity to conduct a systematic investigation of this question. Looking at the differences between students schooled primarily in Arabic and primarily in French, I found the differences between them to be many and profound. To sum up the differences, Arabized students see the world in a far more Islamic fashion than do their French-oriented peers. What Arabic-speakers say about their language, in short, is true.
ARABIC IN THE EDUCATION SYSTEM
The Arabic language is the most potent symbol of Arab-Islamic culture and its transmission, and as such has always been considered the necessary medium of instruction. Nearly all Arabs accept the importance of primary and secondary instruction's being conducted in Arabic; and, in fact, Arabic does dominate the curriculum through high school. Algeria, which long had a French educational system, completed its transition to Arabic in 1989, when the first class of twelfth-graders graduated from a completely Arabic education.
However, a good part of university instruction in the Arab world remains yet in English and French, prompting a major debate. On the one hand, a great majority of Arabs, regardless of their own linguistic skills, in principle favor the Arabization of higher education. The Francophone technocratic elite in Algeria's modern sectors publicly "approves" of Arabization even as it insists on the necessity of retaining French as a tool of modernization. But privately, this elite says with surprising frequency that Arabization would send Algeria "back to the Middle Ages." This elite is attached to a Western, secular, and scientific world view (and lifestyle), and it rejects Arab-Islamic traditionalism.
Also, attempts to Arabize instruction have run into the hard barrier of practicality: resources to make a complete switch simply are not there. The result is a splitting of institutions into Arabic- and European-language sections. Islamic studies and Arabic literature are the only completely Arabized disciplines. Scientific and technical instruction takes place in English even at Cairo's venerable Arab-Islamic institution, Al-Azhar, and at the universities of Medina and Mecca. In the entire Arab world, only Syria appears to have managed completely to Arabize its university.3 The other countries have all partially Arabized, with the humanities and social-science disciplines largely or completely in Arabic, and the scientific and technical fields largely or completely in English or French.
Every Algerian student with whom I spoke emphasized the necessity of maintaining contact with the developed West in order to effect a transfer of knowledge. The Islamist students stressed the necessity of separating that which is scientific and technical from the cultural and "moral." The greater a student's observed and professed attachment to Islamic ideology, the greater his tendency to reject the Western cultural and societal model as inappropriate or dangerous for Algeria. The Islamist movement therefore seeks to maintain the transfer of knowledge directly from the West while enveloping it in an Arab-Islamic cultural-religious ideology that filters out those Western aspects deemed harmful to Algeria.4
In many ways, the linguistic struggle is between two liturgical languages: Arabic is the medium of an arcane and powerful religion, and French is the medium of an equally arcane and powerful body of scientific myths and rites. The number of Algerians who told me "French cannot express the beauty and depth of the divine Islamic message" was matched by an equal number telling me "Arabic is incapable of transmitting modern science."
STUDYING IN ARABIC ENCOURAGES ISLAMISM
My research shows that the language of study is the most significant variable in determining a student's attachment to Islamic or Islamist principles. Cultural-religious orientation is more closely tied to language than to sex, socioeconomic status, ethnicity, geographic origin, or field of study. I reached this conclusion from extensive observation and interviewing at the Université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediene (USTHB) and at the University of Algiers. I focused on two comparisons: (1) Arabized students in the incoming class versus slightly older, less-, and non-Arabized students; and (2) students in the Arabized social sciences and humanities versus those in the largely Francophone sciences and engineering.
To assess students' attitudes about Islamization, I asked questions on such matters as equal rights for men and women, coeducational elementary and high schools, frequency of prayer, the sale of alcohol, their perceptions of Western societies and culture, and the importance of having Muslim teachers. Of women, I asked about their wearing the hijab (the garment worn by women that hides every part of their body except the face and hands) and their willingness to marry a non-Muslim. Of men, I also asked two specific questions: their attitude toward the hijab and their mosque attendance on Fridays. For students' attitudes toward "the West," I asked whether Algerian culture has anything to learn from Western culture, the importance of Algerian relations with Western countries, the impact of Western films and television programs, and music preferences.
The interviews showed that wealthy Algerians and Berber males are the least likely to be Islamists. Female students, whether identifying themselves as Arab or Berber, tend to be moderate. Arab males tend to be more strongly Islamist. Students from rural origins--who seem much less sophisticated--and from lower socioeconomic groups are manifestly more Islamized than others.
Student attitudes toward the Arabization of higher education reflect a national ambivalence toward the role of Islam in society: yes, we must enhance our cultural and linguistic national personality; but no, we must not allow it to deprive us of the power of universal scientific knowledge. It is only extremist Islamists and extremist Berberists who are able to escape such wavering and adopt firm, unequivocal stances for or against Arabization/Islamization.
In interviews, Arabized students show decidedly greater support for the Islamist movement and greater mistrust of the West. Arabized students tend to repeat the same simplistic stories and rumors that abound in the Arabic-language press, particularly Al-Munqidh, the newspaper of the Islamic Salvation Front. They tell about sightings of the word "Allah" written in the afternoon sky, the infiltration into Algeria of Israeli women spies infected with AIDS, the "disproving" of Christianity on a local religious program,5 and the mass conversion to Islam by millions of Americans. I was not the only one to notice this distinction. When asked if the new, Arabized students differed from the other students, many students and faculty answered an emphatic yes.
Student opinions. Many students saw the Arabization of primary and secondary education as responsible for much of the differences between them. Students from the first Arabized cohort of 1989 see themselves and are seen by other students as more competent in the Arabic language than their elders in the university. They differ from students just a year or two older in their attachment to Islamic precepts, values, attitudes, and behaviors.
Many students perceive Arabization as a primary cause of this increased Islamization. For example, a group of third-year students in psychology at the University of Algiers's Bouzaréah campus affirmed that the new students in their department were quite different. One explained:
They're a lot more conservative, religious-oriented, and narrow-minded than before. Especially here in psychology. You can't talk to most of them about certain subjects at all. Religion, for example. They just refuse to discuss it.
Asked why she thought that students in the sociology department were more religiously oriented than those in foreign languages, Nabila, a student of English, offered her analysis:
I don't know, although I've often wondered about that myself. I think it may be due to the fact that they have greater contact with the Arabic language and with professors who bring them things on religion. There are more professors who belong to the Da`wa Islamiya [Islamist religious group] than in our department. I think that when one is strong in a language, it encourages one to read more in that language than when one is not so strong. And that leads to other readings. Me, for example, when I find an Arabic book that interests me, I read a little of it, but that's it. I can't read the whole thing. It's too much work.6
The greatest difference is among scientific and technical high school graduates, for these high school tracks were the last to be Arabized. Mehdi is a student from the totally Arabized cohort who now studies engineering at USTHB in French. He has strong views on language:
Arabization will change the ways of thinking of Algerians in certain domains. It's true. For example, there are many Algerians who are simply not Algerians -- they're really French. For them, language is their umbilical cord with France. I'm sure that Arabization will change this society -- make it more religious than it is. . . . I'm convinced that we can transform the Algerian personality through Arabization. But that doesn't mean that we will be separated from the world of science and modernity. That's not true. In fact, I have a teacher who did a little statistical study of her own here at Bab-Ezzouar [USTHB]. She found that in comparing her Arabized and bilingual students, the Arabized worked a hundred times harder than the others. Why? Because they are seeking something. . . . They're afraid of lacking something, so they seek it to make up for it. I do that myself.7
Mouloud, a fourth-year engineering student, feels that studying in Arabic has caused students to adhere more to traditional values and Islam. But the real effect of Arabization is due to the difference in teachers at the primary and secondary levels. "A lot of the teachers come from Arab countries. They're more traditional. They are stricter, hit students, and emphasize obedience more." Indeed, many university students told me that they found their elementary and high school teachers from the Middle East, as well as the Algerians who were trained there, more austere, authoritarian, less approachable, and more likely to beat students physically.
A group of four fourth-year electrical-engineering students at USTHB all agreed that the new Arabized students were different from all the others. "Arabization has changed students' attitudes. They have another mentality; we really don't have much in common with them. They're so narrow-minded!" They all felt that being steeped only in the Arabic language meant "thinking differently." How, exactly? "There's something there," but they couldn't put their finger on it. Two of the four pointed to the cultures and attitudes implied by the two languages (Arabic and French).
Older students see Arabized students as weaker in French, more religious, and more narrow-minded. Indeed, rapid change is felt even within the family; many students described their Arabized brothers and sisters in such terms. Fatih, a Berber engineering student, had to repeat his first year's studies, and so wound up in classes with the new Arabized students. He found them unlike himself:
They are definitely different, more conservative -- narrow-minded on a lot of issues. They are a lot weaker in French, making them struggle more in class than we did. I don't know . . . they say things differently, and don't talk as much. I have a hard time even talking to them. I even notice it with my brother, who is Arabized. We're only three years apart. But he's so narrow-minded. I know it's because he only reads the Arabic press and listens to the Arabic radio station. That gives him a completely different view on what's happening in Algeria and the rest of the world. He shakes his head when he sees me reading Horizons [the leading French-language daily]. I don't know . . . there's this gap between us. And most of these first-year students are just like him.8
Faculty views. The professors I spoke with at three campuses all noticed a difference between the Arabized group and their predecessors, though they perceived less a change in attitudes than in intellectual quality. Every professor indicated seeing a serious drop in the level of student competencies in all domains. While the switch in languages at the university level must be expected to cause some difficulties, most professors felt that linguistically, the new students were much weaker in French without being competent in Arabic. In contrast to the student opinion that the new students were strong in Arabic, a professor of engineering sighed, "What we're getting now is bilingual illiterates!" The professors attribute this drop in student quality in part to the overburdened school system, which does not provide adequate materials, conditions, or proper student-teacher ratios; and in part to Arabization, which removes the best and most experienced teachers from the schools. The drop in students' academic preparation, especially their analytical skills, say many teachers, causes the Arabized students to become easy prey for simplistic discourse and the Islamist movement. Sou'ad Khodja, professor of sociology at the University of Algiers's Bouzaréah campus, bitterly attacks the Arabized Algerian school system:
The educational system has been infiltrated for fifteen years by Islamists and Ba`thists. The two have joined efforts, under the cover of Arabization at full speed, to produce children who are totally uncultured and without a critical mind. . . . The pedagogical method used was based on memorization and repetition.9
A large number of students and teachers agree with Khodja's thesis; and my own experience leads me to do so as well.
To sum up, this study establishes several connected points. The Arabization of education has direct effects on individuals' cultural orientation. Arabic's Islamic references imbue it with powerful religious symbolism that has important political connotations. When Arabization leads to a weakening of French, a dramatic shift in civilizational orientation results.
WHY ARABIC ENCOURAGES ISLAM
Four explanations most likely account for my finding that Arabized education results in increased Islamization.
Arabic's different symbolic order. "Why is it so hard for a teenager to tell his girlfriend `I love you' in Arabic?" asks Mohamed Talbi, a linguist. "In French, it's so easy." To which his colleague Amina Zaoui replies, "The Arabic language has a memory that atrophies it: it has gone through the funnel of Islamic thought. . . . Arabic is a prisoner of Islam . . . sacred, it remains the language of modesty."10 The particular structure of the Arabic language and its allusions mean that a child who studies and thinks in Arabic will develop distinct historical and cultural references, cognitive approaches, attitudes, and styles of reasoning.
Arabic and Islam are complementary and mutually reinforcing. Arabization and Islamization are inseparable parts of a single cultural ideal that now pervades the Arab world. In Ann Swidler's terms,11 their cultural "tool kits" of cognitive and symbolic thinking differ from those imparted to earlier bilingual cohorts. The Arabized students prefer the Arabic-language press and radio, which differ in ideological orientation from the Francophone media. The Arabic-language media clearly have a more Islamic and anti-Western approach to political and social issues; and the radio stations' choice of music is Arab, in contrast to the Western music on French-language radio. During the current period of great social upheaval and uncertainty, these students tend to gravitate toward movements and activities more in harmony with their Arabophone references. As the ideological crisis deepens, individuals choose their camp by how well they understand and associate with its message. Arabized individuals find the Islamic groups' symbols, linguistic style, and cultural referents more familiar and persuasive.
This explanation fits with the views of such linguists as Jerome Bruner, Joseph Glick, R. Jakobson, Edward Sapir, and Benjamin Whorf, who argue that language inevitably imposes cognitive categories that force an individual into a particular symbolic order in thinking, communicating, and the ordering of his experience. Arabic's highly charged sacred character increases its coercive power, making it what Benedict Anderson calls a "truth-language."12 It is an emanation of reality and thus the only access to that reality. This has made Arabic particularly resistant to change and accretions.
It is worth noting here that while the Arabic language is perfectly capable of serving as a medium of modernity, it does not do so, because it serves as a highly charged religious symbol. Understanding the dynamics at work, Islamist leaders in Algeria make Arabization of the school system a primary goal.
Less competence in French. Arabized students soon realize that even in the Arabized university faculties (Islamic studies aside), French holds an undeniable prestige as the key to quality reading material and instructors. And they know that the large state companies of the economic sector function almost entirely in French. As Clement Henry Moore and Arlie R. Hochschild demonstrated in Morocco,13 these students, unable to share in the veneer of French culture that pervades the modern sector, are the most likely to become politicized. Fifteen years ago in Algeria, this discontent led to student strikes; today, it is channeled toward Islamist opposition.
A poorer quality of instruction. Using Arabic in the schools implies much about teachers, textbooks, and pedagogical approaches. As the primary and secondary levels adopted Arabic, many of the most qualified and experienced teachers, unable to teach in Arabic, were let go, then replaced with poorly qualified Arabic-speaking teachers who also brought more traditional and pro-Islamic attitudes. Textbooks in Arabic do not match the technical quality, sophistication, and diversity of French textbooks--a fact usually acknowledged by teachers. As for pedagogy, while the West emphasizes a child's observation, critical awakening, and active participation, Arab pedagogy builds on memorization of the Qur'an, a text never to be questioned.14 From this base, the child learns to be less active or critical in acquiring knowledge than his Western counterpart. Knowledge for him is less an object of discovery than a corpus to be deposited in the child through rote learning.
Graduates of such a system tend to have a weaker mastery of subject matter, are less able to express themselves, and have less developed critical, analytical, and creative skills. Also, these less analytical students, say many (and I agree), are more easily swayed -- especially during periods of social crisis -- by the authoritarian nature of Islamist discourse, which demands unquestioning obedience to a dogmatic belief system.
Strengthened links with the Middle East. Just as young Algerians in the 1960s voraciously read leftist political literature in French, many of today's university students consume large quantities of Islamist works in Arabic, something made possible by their strong grounding in classical Arabic language and literature. Greater contact with the Middle East, with its Arabist and Islamist culture, has spawned sophisticated writings, debates, and discussions on Islam in Algeria. As Dale Eickelman points out, this relatively new intellectual discussion of Islam on a wide scale has done much to transform Islam from a lived tradition into a conscious ideology.15
CONCLUSION
Every Arab government, regardless of its political or social character, uses the symbolic power of the Arab language in its drive toward national modernization, authentification, and uniformization. All of them see the Arabization of society, particularly the educational system, as crucial to their mission. This leads, however, to an unexpected irony: because Arabs draw so close a connection between classical Arabic and the faith of Islam, Arabization invariably leads to an identification with the (supranational) Islamic religious tradition. Even the most secular Arab nationalits (such as the Ba`thist variants in Syria and Iraq) must appeal to Islamic symbolism to bolster sagging legitimacy and to mobilize the masses (as Saddam Husayn did in his wars against Iran and the U.S.-led coalition). Hence, Arab nationalism has, however inadvertently, contributed to the rise of Islamism. Indeed, today's Islamist surge is the natural, perhaps inevitable consequence of the Arab nationalist policies of thirty years ago.
This logic applies to Algeria as well. To build national identity, the Algerian nationalists who came to power in 1962 greatly emphasized Arabism and Arabization; their heirs, today's Arabized university students, identify themselves not as "Algerian" or even "Arab" but as "Muslim." This correlation between Arabic and Islam, we have seen, cuts across all ethnic or socioeconomic groups. Even among Berbers, the most fervently pro-Western and anti-Islamist group in the country, young people who recently graduated from Arabized programs show more Islamic attitudes than their parents and older siblings. The radical enterprise of a generation ago, in short, ended up hijacked by the power of the Arabic language.
RESEARCH METHODOLOGY
I conducted my study in the capital, Algiers, where there is the greatest concentration of university students, the largest array of fields of study available, and a population in which all the country's ethnic and socioeconomic groups are represented. The two universities in Algiers -- the University of Algiers and the Université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediene -- offer a good point of comparison for this study. Of the same size and considered the top universities in the country, the former is an Arabized institution specializing in law, social sciences, and humanities, and the latter a largely French-language institution training scientists and engineers.
The year 1989-90 was the perfect moment to research the effects of Arabization, for it marked the first-ever entry of a fully Arabized group into the university. Also, the concomitant collapse of communism that year, the weakening of Algeria's ruling National Liberation Front, and the rapid rise of Islamism created an atmosphere in which students felt particularly free to express their opinions on all subjects without fear of repression.
To obtain information on students' attitudes and their adherence to Islamic religious values, I conducted approximately seventy-five interviews and administered over two thousand copies of an attitudinal questionnaire of forty-five items. The sample included students in several disciplines.
My research did not pass without controversy. Just three days after first using the questionnaire, a large poster appeared on the bulletin board reserved for the students of the mosque at the University of Algiers scathingly attacking me and my activities.16 But this proved a summer storm, and efforts to clear it up even resulted in my establishing closer relations with the students.
1 Quoted in Bernard Cubertafond, L'Algérie contemporaine (Paris: Presses Universitaire de France, 1981), p. 23.
2 Abdelkader Yefsah, La Question du Pouvoir en Algérie (Algiers: ENAP, 1990), pp. 381-82.
3 Gilbert Grandguillaume, Arabisation et politique linguistique au Maghreb (Paris: Maisonneuve & Larose, 1983), p. 20; Fatiha Akeb, "Moi et Ma Langue," Parcours Maghrébins, Dec. 1986. "Appears," for official declarations often only loosely correlate with classroom reality. Considering the lack of scientific textbooks, it is likely that Syrian students, like their counterparts in other Arab countries, must do extensive reading in European languages.
4 I showed Abassi Madani, the head of the Islamic Salvation Front and a professor of education at the University of Algiers's Bouzaréah campus, the book Islamization of Knowledge: General Principles and Work Plan (Herndon, Va.: International Institute of Islamic Thought, 1987); he shrugged it off as "idealistic," saying that what is necessary is to seize control of the university environment and determine what is taught and how.
5 This recent religious program had a profound effect on millions of Algerians. I many, many times heard about when Ahmed Deedat, a South African Muslim scholar, invited Jimmy Swaggart (the "leader of Christianity") to a debate on the veracity of the Bible. Swaggart was apparently trounced, finally admitting that the Bible had indeed been altered throughout history. For many millions of Algerians, this constituted proof of the superiority of Islam over Christianity.
6 Interview, Jan. 22, 1990.
7 Interview, Mar. 28, 1990.
8 Interview, Apr. 30, 1990.
9 Le Point, Jan. 18, 1992.
10 Algérie-Actualité, Apr. 3-9, 1986, quoted in Henri Sanson, "Peuple Algérien, Peuple Arabe," Annales de l'Afrique du Nord, 24 (1985).
11 Ann Swidler, "Culture in Action: Symbols and Strategies," American Sociological Review, Apr. 1986, pp. 273-86.
12 Benedict Anderson, Imagined Communities (New York: Verso, 1991), p. 14.
13 Clement Henry Moore and Arlie R. Hochschild, "Student Unions in North African Politics," Daedalus, Winter 1968.
14 Grandguillaume, Arabisation, p. 21.
15 Dale Eickelman, "Imagining Islam: Books and Higher Education in Contemporary Muslim Thought," paper presented at the annual meeting of the Middle East Studies Association of North America, Washington, D.C., Nov. 1991.
16 The most important passage read as follows: "DANGER! A foreigner has been distributing this questionnaire [a copy was hanging above the poster] in our faculty. This person has introduced himself into our midst under false pretexts! He claims to be studying our university, but distributes a questionnaire focusing on students' religious beliefs. It is clear that he intends to use information obtained for insidious ends. His questions show his bias and anti-Islamic attitudes. For example, the question asking whether Western societies could serve as a model for Algerian society. And why does he insist on the comparison between Arabic and French, with no mention of other Algerian languages, such as M'zab, Chaouïa, and Tuareg? Once again, foreigners are attempting to malign and slander us. Do not answer this questionnaire! Anyone cooperating with this individual is a traitor to his people, his country, and to Islam! This man is an enemy of God!"
Le 4e numéro des «Jeudis littéraires» a permis de faire une double connaissance : Si L’Bachir Amellah (l’homme et le poète) ainsi que Kamel Bouamara (le chercheur et conférencier). Ce dernier, d’apparence austère et hautain, nous a fait l’heureuse surprise de découvrir en lui un homme d’une humilité, d’une sagesse et d’une amabilité sans pareils.
Après avoir été présenté à l’assistance, qui s’agrandit de jeudi en jeudi, avec à chaque fois de nouveaux visages, notre sympathique conférencier au visage jovial et à l’allure sportive malgré des cheveux grisonnants a simplement emboîté le pas à Bizek l’animateur de l’association organisatrice (la ligue des arts dramatiques de Bgayet) pour monter sur la scène de la petite salle du théâtre de Béjaïa aménagée pour rappel, en 1992 par Mohamed Fellag, du temps où ll était à la tête du TRB et qui tient lieu d’espace de rencontre (autour d’un thé) de ce café littéraire, chaque jeudi après-midi à partir de 14h. L’invité/conférencier du jour, est natif de Timerit (village qui a enfanté aussi le regretté Azeddine Meddour, grand cinéaste algérien auteur de l’inégalable «La montagne de Baya”, distante d’une cinquantaine de kilomètres du chef-lieu de wilaya. En sa qualité de docteur en Lettres, Kamel Bouamara enseigne la littérature amazigh à l’université de Bgayet depuis 1995. Il a déjà à son actif plusieurs travaux écrits en tamazight et édités par le HCA : «Tughalin n wqcic ijahen», une traduction de «Le retour de l’enfant prodige» d’André Gide ; «Ussan di t’murt» traduction des «Jours de Kabylie» de Mouloud Feraoun, ainsi que «Nekni d wiyid», un recueil de nouvelles.
C’est à Paris qu’il soutint, en 2003, sa thèse de doctorat intitulée : «Si l’Bachir Amellah (1861-1930), un poète-chanteur célèbre de Kabylie». Ce travail académique qui exigea de lui pas moins de dix (10) longues années de recherches et de sacrifices fut récemment édité en 366 pages, par les «Editions Talantikit» à Bgayet, dans un format rétréci aux 2/3 de sa thèse originale. Par ce précieux apport pédagogique et documentaire le chercheur Kamel Bouamara rajoute ainsi une autre pierre à l’édifice de la littérature amazigh (berbère) tout en contribuant à préserver une bonne partie de notre très riche et vaste patrimoine oral, en perdition permanente malheureusement, faute de témoignages et documents écrits ou filmés. «Chaque vieille femme (ou vieil homme) qui meurt, nous alertait Da L’Mouloud Mammeri (se référant lui-même à l’autre monument africain qu’était le Sénégalais Léopard Sédar Senghor) est une bibliothèque qui part en fumée !”. Désormais avec cet ouvrage, le poète-chanteur Si L’Bachir Amellah et son répertoire poétique (pourtant très célèbre en Kabylie d’entre les 19e et 20e siècles, mais jusque-là méconnu parce que non documenté) sortent de l’anonymat pour reprendre la place qui leur sied dans la culture amazigh en général et algérienne en particulier. Par ailleurs, en dépoussiérant un pan de notre histoire, notre émérite chercheur nous aide grandement à mieux voir dans notre propre passé (basé sur le verbe et l’oral) de la période coloniale afin de mieux comprendre notre tragédie (voir plus clair en nous-mêmes et autour de nous) dans l’espoir de réussir à mieux nous projeter dans le futur (un futur basé sur le chiffre et l’image). Sa thèse qui constitue un approfondissement à la fois théorique et méthodologique de son mémoire de magister soutenue en 1995 à l’université de Bgayet, est une recherche sociologique, linguistique et anthropologique qui nous éclaire par ailleurs sur les us et coutumes de la Kabylie de la fin du 19e siècle et début du 20e siècle à travers la vie et la poésie de Si L’Bachir Amellah (de son vrai nom : Chibane L’Bachir), ce fabuleux troubadour d’Ichekkaben un village perché sur les monts de Feraoun qui surplombent Assif Umassin. Lequel «Amassin» et presque à la même époque au niveau de la vallée de la Soummam, servait, paraît-il, de QG et de zone de repli à un autre pas moins légendaire Areki U L’Bachir, dit «bandit d’honneur» !
Si Muhand :“A si l’Bachir Amellah / at-thedred leslah/a k-ciwregh issin lumur
“Bettu d w’iâzizen iqerreh// deg tasa ijerreh// deâfegh cbigh azerzur
“A wi-yi-d kra l-lemdeh// Ifenn-ik d sseh// hat-a wul-iw d amedrur
Si L’Bachir : “Axxam ay-bnigh f llsas// leswar ssaâligh-as//igh’reban ghlin wa ghef-fa
“W’innumen lâezza, tettwakkes-as//tenneqlab fell-as// ttif lmut tudert am-ta
Si Muhand : “Helkegh lehlak d ammeqnnin// yejreh wul meskin// yahessera âeddan wussan “Kkan-d ttebba timdinnin// ddwa-w ur t-ufin//hewwsegh-d rdjal u nneswan
A lehbab heggit timedlin// qbel ad-awen-innin// Si Muhand ghef tizi l’Imut
Humblement et après avoir remercié les animateurs de la ligue des Arts dramatiques pour leur invitation, l’orateur avoue dès l’entame de sa conférence toute sa reconnaissance à ses anciens camarades du temps du grand MCB assembleur, (parmi lesquels il cita l’Hacen Ziani, ancien parolier de la troupe «Ideflawen» connue pour sa chanson engagée des années 1980) installé depuis quelques temps au Canada «sans l’encouragement desquels, dit-il, je ne serais peut-être jamais allé aussi loin !»
Lors des débats (toujours aussi riches, passionnés et passionnants !), on a relevé la récurrence de l’inévitable question comparative : connaître tout ce qui relie ou a pu être partagé entre Si L’Bachir Amellah (1861-1930) et Si Mohand U-M’hand (1845-1906) l’autre monument de la poésie kabyle, vu qu’ils ont vécu à peu près, à la époque. En réponse à toutes ces curiosités, on apprendra de l’orateur que de leur (s) rencontre (s), et autre (s) éventuelle (s) joute(s) oratoire(s), il n’y a au fait, rien de précis, vu (au risque de me répéter encore une fois) l’absence de faits documentés. Façon de dire à nos chercheurs qu’ils ont du pain sur la planche, u sujet de la sauvegarde et de l’étude du riche patrimoine oral amazigh de toute l’Afrique du nord (à commencer par le Kabylie) ; car tout reste à faire finalement ! Les Saïd Boulifa, Mouloud Feraoun, Da L’Mouloud Mammeri, et bien d’autres…, n’ont fait que déblayer le terrain aux contemporains : Tassaâdit Yacine, M’henna Mahfoufi, Kamel Bouamara, pour ne citer que ceux-là.
Ce qui est certain par contre, ce sont ces légendes entourant nos deux célèbres poètes : Si Mohand U M’hand et Si L’Bachir Amellah, où l’on retrouve une certaine similitude : Un point d’eau (un puisard, une fontaine, un cours d’eau, etca…), fréquenté par les humains et hanté par les êtres surnaturels, tels que les anges , les génies, etc…
Cette eau, source de vie et de création, constitue le lieu de rencontre des deux mondes : le naturel et le surnaturel. Ainsi, pour Si Mohand, la légende dit qu’il a été pris à partie et mis en demeure par un ange de choisir entre les deux formules suivantes : “E-h’dder, nekk ad-ssefrugh !”, ou alors, “ E-ssefru !, nekk-i ad-heddregh”.
E-ssefru, nekk ad-heddr-egh !”, c’est-à-dire : “Fais les vers, et moi je parlerai !”, lui répondit Mohand.
Depuis ce jour, dit-on, les vers “coulent” de sa bouche, comme coule l’eau d’une source. A propos de Si L’Bachir, l’on rapporte que de son passage en compagnie de son accompagnateur de l’époque, devant une fontaine occupée par de saintes femmes d’Aït U-Rtilan étant identifiés, ils ont été sollicités pour leur chanter quelques chansons. Mais étant partagés entre la timidité et la crainte d’être sévèrement corrigés par les hommes du village (car par convenance, l’on ne chantait pas aux femmes seules, encore moins à la fontaine réservée exclusivement à elles), ils hésitèrent un moment avant que Si L’Bachir seul ne cède sur insistance des femmes, qui leur donnèrent leur parole d’honneur de garder le secret auprès de leurs maris, ce qui leur garantirait la vie sauve. A près quoi, ces femmes lancèrent cette prédication : “Ruh a k-yefk Rebbi leqraya n’Tbell !” à l’adresse de Si L’Bachir. A son accompagnateur par contre, l’imprécation que voici ; “Ruh a K-yefk Rebbi tizzit gh’taghect-ik !”. Depuis ce jour-là l’aura de Si L’Bachir Amellah, n’a pas cessé de grandir nous dit-on. L’Mouloud U-Ali U-M’hand, son compagnon en revanche , devint muet. “Ceci pour dire, nous explique le conférencier : que “l’art de composer des vers”, n’est pas une question d’apprentissage uniquement (comme l’enseignait Muhand Saïd des Aït Mlikech, prince des poètes kabyles au cours de la première moitié du 19ème siècle), n’est pas de l’ordre de l’acquis, somme toute accessible à tout un chacun ; mais aussi une question surnaturelle, liée au sacré, une question de don réservé aux seuls élus”.
Khaled Khodja

Le site de la ville s’élargit vers la mer, contrasté par de hautes montagnes, les " Babords ", et par la vallée de la " Soummam ". On est pris d’émerveillement devant pareil spectacle. Très tôt Bédjaïa a attiré une population venant de la Méditerranée et des contrées lointaines continentales. Sa fondation a débuté par une légende, comme ce fut le cas de toutes les capitales glorieuses.
« Hercule, avant d’aller à Gibraltar édifier Tanger et poser les bases des fameuses colonnes auxquelles il a laissé son nom, aurait habité la grande grotte qui s’ouvre au-dessus du village Dar-Nacer et dont on n’a jamais pu atteindre le fond. Il aurait tellement importuné les habitants Imezzayen, forcés de subvenir à sa voracité, que ceux-ci lui préparèrent un plat de fèves et d’étoupe fort épicée qui faillit l’étouffer. Forcé de descendre à la rivière pour étancher sa soif, il aurait remonté le cours, faisant sensiblement baisser son niveau dans sa course effrénée, et aurait disparu de la région. »
La tradition prétend que la ville de Bgayet a été renversée sept fois par des guerres ou par des tremblements de terre. Ainsi ravagée et ayant passé par les mains de tant de conquérants, il n’est pas surprenant de voir toutes ses antiquités enfouies sous un monceau de ruines. A la mairie se trouve une superbe mosaïque de la période romaine, découverte en 1891 sous les fondations de l’hôpital civil, près de l’ancien " Palais de l’Etoile ".
Le port de pêche se trouve tout près, au pied de Sidi Abd al Kader. Les promeneurs, les oisifs, les pêcheurs du dimanche prennent place à même les cageots de poissons entassés. A la tombée de la nuit, les embarcations rentrent paisiblement, écrasées sous le poids de leurs prises au large des côtes du " Saphir " et de " l’Emeraude ".
La ville doit son existence et sa fortune à un site portuaire remarquable : une baie en faucille, protégée de la houle et des vents du large Nord-Ouest par l’avancée du ’’Cap Carbon’’, de 220 mètres de hauteur. Un site remarquable dans l’une des plus belles baies du littoral Nord Africain, dominé par les montagnes des ’’Babors’’ touchant le ciel. Le second avantage est qu’il se trouve au débouché d’une vallée large et longue, constituant un véritable couloir vers le sud -ouest .
A l’entrée de la ville, le visiteur est accueilli par d’énormes cuves à pétrole, éclatantes au soleil de midi. Elles sont reliées par une conduite au port pétrolier, construit un peu à l’écart de la ville, et qui dort tranquillement au pied de la falaise où une carrière était autrefois exploitée. En haut de la ville, vers le quartier ’’Karamane’’, ancien quartier des juifs, se trouve le petit marché et la mosquée Sidi Soufi. Vu d’en haut, une rade merveilleuse nous rappelle à la fois le golfe de Naples et le lac de Genève. Un voyageur princier, l’archiduc Salvator d’Autriche, la surnomma "Perle de l’Afrique du Nord ". Des découvertes récentes, faites dans des grottes d’accès difficile, ouvertes sur les flancs du ’’Gouraya’’, à une altitude de 663 mètres, ont démontré qu’à l’époque préhistorique, ce coin du littoral avait dû être occupé par d’importants groupes humains. Le passage des libyens et des phéniciens y est révélé par les tombeaux (les Houanet) creusés à même la roche, que l’on aperçoit tout près de Bgayet, dans la vallée des ’’Aiguades’’.
La bibliothèque de la mairie, aménagée comme une grotte, avec un jardin et une terrasse qui s’ouvre sur la mer, nous revient en mémoire. C’est là que l’on s’était initié à l’histoire de Bgayet. Dans cette grotte où des vestiges, des amphores, des objets hétéroclites, éparpillés volontairement, nous invitent à nous interroger sur le passé et le destin de la ville.. L’origine du nom de ’’Bougie’’ nous a toujours paru un mystère. Le Dictionnaire de Littré, après maintes citations, nous en donne une datant du XIIIe siècle, puis une autre du XVe siècle. « A Jehan Guérin, en faveur de ce qu’il a apporté à Madame des chandelles de Bougye qu’envoyait à la dite Dame le Comte de Beauvais ». Le Littré termine par une définition : « Bougie, ville d’Algérie où l’on fabriquait cette sorte de chandelle ». « La Fontaine ayant par ailleurs précisé que la bougie, se fait avec la cire d’abeilles ». En fait ’’Bougie’’ exportait aussi de la cire d’abeilles vers Gênes (en Italie) où se trouvaient d’importantes fabriques de chandelles.
Du reste, Ibn Khaldoun nous dit à ce sujet : « Bedjaïa est une localité habitée par une tribu berbère du même nom. Chez eux Bedjaïa s’écrit Bekaïa et se prononce Begaïa. En l’an 1067-1068, le sultan En-Nacer s’empara de la montagne de Bougie, localité habitée par une tribu berbère du même nom, et y fonda une ville à laquelle il donna le nom d’En-Naceria, mais tout le monde l’appelle Bougie, du nom de la tribu ».
Toutefois, Bougie ou Bédjaïa s’appelle jusqu’à ce jour Bgayet en berbère, prononcé Vgayet. Ses habitants s’appellent Ibgaytiyen, pour le féminin pluriel Tibgaytiyin. En masculin singulier Abgayti, et féminin singulier tabgaytit. On a donné le même nom Abgayti à une variété de figue noire, cultivée dans la région.
Dans la bibliothèque de la mairie, on trouve des cartes maritimes, des plans, des estampes qui représentent la ville. Les cartes maritimes (portulans) dressées par les navigateurs du Moyen-Age de 1318 à 1524, orthographiaient ainsi le nom de cette ville, fréquentée alors, comme on le sait, par les commerçants du midi de l’Europe : Bugia, Buzia, Bugea, Buzana. Il est admis que c’est de ces noms de Bugia et Buzana que dérivent ceux, aujourd’hui usuels, de Bougie et de Basane. Les cuirs et peaux de Bougie ou Buzana étaient également l’objet d’un grand commerce, et c’est de là qu’est venu le nom de Basane.
Tour à tour, la ville de Bougie fut un petit port durant la période des royaumes berbères. Elle fit partie du domaine de Juba, puis de la Mauritanie tout court. Elle fut ensuite Césarienne en 33 avant notre ère, sous l’empereur Auguste qui a installé une colonie de vétérans, la tribu Arnienne identifiée par les pierres votives. Cette cité porte le nom de Saldae, et ses habitants le nom de Salditains. Elle était limitée à l’est par l’Amsaga (Oued Kebir). Une inscription du second siècle qualifie Saldae de " Civitas Splendidissima ", Colonia Julia August Saldantium. D’après Léon Renier, cette inscription a été transportée à Paris, au musée algérien du Louvre. Plusieurs amphores, des mosaïques, des chapiteaux, des pièces de monnaies ont été trouvées par les archéologues lors de récentes fouilles.
Okba Ibn Nafaa, en 670, et Moussa Ibn Nouçaïr, en 700, s’emparèrent tour à tour de Bougie. D’après Abou al Feda, tout le massif de montagnes qui entourait Bougie, pendant les premiers siècles de la domination musulmane en Afrique du Nord, était appelé "Al Adaoua", la terre ennemie, épithète qui présente une certaine analogie avec le nom de "Mons Ferratus", la montagne bardée de fer, que les romains donnaient à cette région indépendante.
Une quantité de livres aux pages jaunies, rangés dans des rayons poussiéreux de la bibliothèque de la mairie attire notre attention. Délicatement nous tournons les feuilles fragiles à la manipulation en les dévorant des yeux. Tout au long des illustrations en noir et blanc, en couleur sépia de la lithographie ou de la pointe sèche, l’histoire de Bougie défile.
Les habitants de la région racontent que « lorsque les armées musulmanes eurent envahi tout le pays compris depuis Constantine jusqu’à Sétif, les survivants de la population chrétienne de ces deux villes et les habitants des plaines voisines, qui refusèrent de reconnaître l’autorité des musulmans et d’embrasser leur religion, se réfugièrent dans les montagnes du côté de Bougie. Ces émigrés, d’origines diverses, unis par une commune adversité, fusionnèrent en un seul peuple, et leur retraite, au milieu de ce fouillis de ravins et de rochers, fut respectée, parce que, pour les musulmans, dont la force consistait surtout en cavalerie, ce pays était inexpugnable (Â?) .
On s’est longuement promenés dans les quartiers les plus famés de Bougie, essayant de retrouver les traces de ce que fut jadis cette ville qui a vu des princes, des érudits, des savants, des poètes y séjourner. C’est à travers nos allées et venues que l’on a pu connaître les fondateurs de cette ville, capitale de l’Algérie orientale. On apprit donc que c’est Al-Nacir, prince Hammadide qui, face au danger que les Banu Hilal faisaient peser sur la Qalâa des Banu Hammad qui se trouvait sur les hauts plateaux à proximité de Sétif, a fondé Bidjaya. Elle fut un refuge pour les Hammadides, comme Mahdia le fut pour les Zirides. « Ce fut sous le règne de ce prince que la dynastie hammadide atteignit le faîte de sa puissance et acquit la supériorité sur celle des Badisides (Zirides) de Mahdia (Â?) » a écrit Ibn Khaldoun. Pour sceller la paix retrouvée entre les Zirides et les Hammadides, Tamim donna en mariage sa fille Ballara à Al-Nacir. Elle quitta Mahdia (Tunisie) accompagnée d’une importante escorte, avec un trousseau d’une valeur inestimable. Al-Nacir lui édifia à Bidjaya de grands palais cernés de verdoyants vergers où croisaient le myrte et les arbres fruitiers, sous lesquels l’eau coulait à profusion, au milieu des parterres fleuris. La princesse Ziride donna à Al-Nacir de nombreux fils dont le plus célèbre fut Al-Mançur.
Selon Ibn Khaldoun : « Al-Nacir bâtit à Bidjaya un palais d’une hauteur admirable qui porta le nom de " Palais de la Perle ". Ayant peuplé sa nouvelle capitale, il exempta les habitants d’impôts et, en 1069, il vint s’y établir lui-même (Â?). Cet Emir érigea des bâtiments magnifiques, fonda plusieurs grandes villes et fit des expéditions nombreuses dans le Maghreb ».
Un certain Hammad, le Hafside, révèle une description minutieuse et grandiose de An Nasiriya : « Du côté de la ville, du côté qui fait face au couchant et au midi, les ouvriers envoyés de Gênes élevèrent d’abord une tour majestueuse que l’on nomma " Cheuf Er Riad " ( l’observateur des jardins). Cette tour protège trois portes dont la principale " Bab al Benoud " ( la porte des armées ) était monumentale, garnie de grandes lances de fer, et se trouvait encadrée par les bastions. Elle ouvrait du côté des jardins de l’Oued al Kebir. Au sommet de cette tour existait un appareil à miroirs correspondant à d’autres semblables établis sur différentes directions. C’est pour cela que la tour du " Cheuf Er Riad " fut également nommée " al Menara " ».
Le prince al-Nacir contraignit, en outre, tous ses sujets à construire des maisons, et pour que l’insuffisance des matériaux ne devint pas une excuse à la lenteur des travaux, il prit la décision que : « Tout individu qui voudra pénétrer dans la cité, sera tenu d’y apporter une pierre ; ceux qui ne se conforment pas à cet ordre, paieront un droit d’un Naceri ». Le Naceri était une petite monnaie en or, frappée au coin du prince, de la valeur de 4,50f à 5 F, environ 1 €.
Ibn Hamdis-Al-Siquili, né à Syracuse en Sicile, en 1055, devint le poète du prince Hammadide. Il évoque les splendeurs de Al-Naciriya, de ses palais, des « Vasques aux bords desquelles sont assis des lions qui alimentent de leurs gueules la fontaine, avec de l’eau qui ressemble à des lames de sabres fondues ». Il décrivit le talent des artistes qui avaient travaillé pour l’embellissement du palais : « Les artistes appliquant leurs pinceaux à cette salle y ont offert la représentation de toutes les bêtes qu’on chasse ». « On dirait que le soleil y possédait un encrier grâce auquel ils ont tracé des arabesques et des arborescences. « L’Azur y semble ciselé par les dessins alignés sur la feuille du ciel ». Les jardins odoriférants l’ont subjugué. Ibn Hamdis les a aimés, les a décrits. Sa muse l’a accompagné durant toutes ses promenades : « Dans un jardin opulent, paradisiaque entouré du souffle léger des vents et des plantes odoriférantes ». « Que ses oranges, qui semblent avoir été confectionnées avec du feu, font flamber inopinément ». « On croirait voir des boules d’or rouge dont les sceptres ont été fabriqués avec les rameaux ». Le regard du poète de Syracuse s’est beaucoup attardé sur les portes du " Palais de la Perle " : « Sur le placage d’or des portes on a gravé toutes sortes de dessins ». « Les clous d’or y ressortent, de même que les seins se dressant sur la poitrine des Houris ».. Les terrasses du palais ne sont pas oubliées par une description à fleur de l’âme : « Et lorsque tu jettes les yeux vers les merveilles de sa terrasse, tu y vois des jardins qui verdoient dans le ciel »l. « Et tu t’étonnes des hirondelles d’or qui volent en cercle pour bâtir leurs nids sur son faîte ». De fameux jardins ont été créés : le Badiâ à l’Ouest, le Rafiâ à l’Est.
Pour al-Idrisi, le géographe du roi Roger II, Bougie est « la ville principale, l’ŦAcirc;?il de l’Etat Hammadide ! » Les demeures royales de Palerme s’inspirent des palais de Bougie.
Huit portes pourraient être identifiées à travers la ville dont : Bab Amsiwan à l’Est, sur la route qui mène à la vallée des singes, Bab al Bunub, à l’emplacement de la porte Fouka, Bab al Luz, sur la même face, mais plus bas que Bab al Bunub. Un vieux manuscrit nous parle de ces portes : « Celle du Prétoire Royal qui se trouvait en face de " Bab al Bunub ", la porte des étendards que l’on appelle familièrement aujourd’hui porte Fouka. C’est là que le sultan s’asseyait en son trône faisant face à celui qui entre dans la ville durant les jours de foire et les jours d’arrivées des caravanes, et pour assister aux fêtes. Cette salle est l’un des plus admirables prétoires royaux et un des plus magnifiques édifices qui attestait le caractère imposant de la royauté et de la majesté du pouvoir ».
Bgayet ou Al-Nasiriya s’est ouverte à toutes les populations venues de par la Méditerranée pour des raisons commerciales ou simplement pour y vivre. Les chrétiens y avaient leur église car les relations entre le prince Hammadide Al-Nacir et le pape Grégoire VII étaient très courtoises. Une correspondance nous le montre d’une manière éloquente.
Lettre du pape Grégoire VII au souverain Al Nacir :
Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, A Anzir, roi de la Mauritanie, de la province sitifienne, en Afrique, salut et bénédiction apostolique.
« Votre Noblesse nous a écrit cette année pour nous prier de consacrer évêque, suivant les constitutions chrétiennes, le prêtre Servand, ce que nous nous sommes empressés de faire, parce que votre demande était juste. Vous nous avez en même temps envoyé des présents, vous avez par déférence pour le bien heureux Pierre, prince des apôtres, et par amour pour nous, rachetés les chrétiens qui étaient captifs chez vous et promis de racheter ceux que l’on trouverait encore. Dieu, le créateur de toutes choses, sans lequel nous ne pouvons absolument rien, vous a évidemment inspiré cette bonté et a disposé votre cŦAcirc;?ur à cet acte généreux. Le Dieu tout-puissant, qui veut que tous les hommes soient sauvés et qu’aucun ne périsse n’approuve en effet rien davantage chez nous que l’amour de nos semblables, après l’amour que nous lui devons, et que l’observation de ce précepte : Faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent. Nous devons, plus particulièrement que les autres peuples, pratiquer cette vertu de la charité, vous et nous qui, sous des formes différentes adorons le même Dieu unique, et qui chaque jour louons et vénérons en lui le créateur des siècles et le maître du monde. Les nobles de la ville de Rome, ayant appris par nous l’acte que Dieu vous a inspiré, admirent l’élévation de votre cŦAcirc;?ur et publient vos louanges. Deux d’entre eux, nos commensaux les plus habituels, Albéric et Concius, élevés avec nous dès leur adolescence dans le palais de Rome, désireraient vivement pouvoir vous être agréables en ce pays. Ils vous envoient quelques-uns de leurs hommes, qui vous diront combien leurs maîtres ont de l’estime pour votre expérience et votre grandeur, et combien ils seront satisfaits de vous servir ici. Nous les recommandons à votre Magnificence, et nous vous demandons pour eux cet amour et ce dévouement que nous aurons toujours pour vous et pour tout ce qui vous concerne. Dieu sait que l’honneur du Dieu tout puissant inspire l’amitié que nous vous avons vouée et combien nous souhaitons votre salut et votre gloire dans cette vie et dans l’autre. Nous le prions du fond du cŦAcirc;?ur de vous recevoir, après une longue vie, dans le sein de la béatitude du très saint patriarche Abraham »..
MAS LATRIE. Relations et commerce de l’Afrique Septentrionale ou Maghreb avec les nations chrétiennes, Paris, 1886, pp. 42-43. Le pape Grégoire VII, envoya à Bidjaya ou An Nasiriya, à la demande du souverain Hammadide, un évêque, le théologien et philosophe Raymond Lulle qui y mourut quelque temps après.
Sur cette période, un auteur rapporte que « Les idées s’y échangent, sans cesse alimentées par l’apport des dernières nouveautés orientales ou occidentales. La brillante culture andalouse vient se heurter à l’inspiration orientale traditionnelle, elle la renouvelle en se renouvelant elle-même au contact des sources parfois perdues de vue. La science profane trouvera également sa place à côté de la science sacrée. Bougie au XIIe siècle, apparaît bien ainsi comme une ville fanion du Maghreb, une ville moderne qui donne le ton, une ville assez différente de Qalâa de Beni Hammade, cité berbère vivant à l’orientale ».
Al-Mansour, sixième émir Hammadide, fils d’Al-Nacir et de la princesse Ziride Ballara, avait une dizaine d’années lorsqu’il succéda à son père. C’était un homme politique habile, énergique et digne d’éloges. Il écrivait des vers et se contentait de peu de plaisirs. Il s’était mis à rénover les palais, fonda des édifices d’utilité publique et distribua les eaux dans les parcs et les jardins.
Al-Mansour construisit le palais élevé où se trouve son trône, connu sous le nom d’Al-Kawakab (les étoiles) Itrane, un des plus beaux du monde. L’édifice était orné de peintures composées avec la pierre et une certaine plante, le tout broyé ensemble. L’éclat de ce palais était pareil aux rayons du soleil. Il avait neuf portes à deux battants en bois artistement sculptées, chacune tournant avec peine, poussée par plusieurs hommes vigoureux. Il avait deux niveaux, les chambres se trouvaient au premier. Au-dessus de la porte du milieu se trouve la salle du trône du sultan avec ses arceaux et ses frises. Le palais était si vaste qu’il ressemblait à une colline au milieu de la ville. Il occupe l’emplacement où s’élevait le Fort Barral (Fort Moussa actuel) construit par Pedro Navarro lors de l’occupation espagnole.
D’un autre palais, " le Palais d’Amimoun ", nous est parvenue une description de Léon l’Africain : « Du côté de la montagne on voit une petite forteresse ceinte de muraille et embellie partout de " mosaïques " et menuiseries, avec des ouvrages azurés et autres marines si merveilleux et si singuliers que l’édifice surmonte de beaucoup le " prix " et la valeur de l’étoffe ".
Avec les deux règnes des souverains Hammadides, Al-Naçir et Al-Mansour, la ville s’est beaucoup agrandie en atteignant 100.000 habitants. Sa zone d’influence était vaste, et son administration territoriale s’étendait de Ténès à Annaba. La ville est divisée en vingt et un quartiers avec les palais fortifiés, les tours de surveillance, les quais du port, les ouvrages d’art, les aqueducs, les mausolées.
A la mort d’Al -Mansour, Badis lui succéda. Il ne régna que quelques années et mourut prématurément. Il fut trouvé inerte dans son palais. Ses gardes supposèrent qu’il fut empoisonné par sa mère qui devait être maltraitée et empêchée d’avoir un droit de regard sur les affaires du royaume. Badis avait aussi exilé son frère Al-Aziz Billah à Jijel. Il n’a su ni garder sa famille, ni être un fin diplomate pour s’allier avec tous les royaumes des autres régions du Maghreb.
Après la mort de Badis, Al-Aziz rentra à Bgayet et le remplaça. Ce dernier fut tout à l’opposé de son frère. Bon et modéré, il fut surnommé al-Maymoun (l’heureux) par ses proches. Il garda des rapports de bon voisinage avec les autres princes en correspondant avec eux. Il avait les qualités remarquables d’un homme à l’affût des nouveautés culturelles et scientifiques. Il se plaisait à faire venir des savants, chez lui, pour les entendre discuter de questions scientifiques. Il épousa la fille du chef Makhakh des Banu Wamanu. En deuxième noce, il épousa Badr al - Dudja, la fille de l’émir Ziride Yahya, qui avait succédé à son père Tamim en 1108.
Les relations avec la Sicile semblent avoir été bonnes sous le règne d’Al- Aziz. En effet, d’après H.R. Idris, « Des moines bénédictins qui se rendaient de Sardaigne à Terra Ferma furent pris par des corsaires africains. Le Comte Roger envoya des ambassadeurs au roi de la Qalâa qui libéra les prisonniers sur-le-champ ».
A la fin du règne d’Al -Aziz, les relations avec la Sicile devinrent courtoises, bien qu’auparavant elles aient été tumultueuses. L’Emir songea à s’arrêter en Sicile avant de se rendre à Bagdad. Tandis que ses frères al-Harith et Abd Allah s’y réfugièrent après la conquête du Maghreb central par les Al Mohades. Le port de Bgayet était sûr, abrité, situé dans une région riche en fer et en forêts, ce qui permit la construction d’un grand nombre de navires de commerce et de guerre. Le royaume Hammadide avait des arsenaux à Marsa-al-Kharaz ( la Calle ), et à Bône ( Annaba). Des bateaux de provenances diverses : Pise, Venitie, Gênes, Marseille, Catalogne accostèrent dans le port de Bgayet en passant sous la porte " Sarrazine " (Bab al Bhar) qui existe à ce jour au bas des quais du port.
Al Idrisi écrivait dans " La description de l’Afrique et de l’Espagne " : « les vaisseaux qui naviguent vers elle, les caravanes qui y descendent, importent par terre et par mer des marchandises qui se vendent bien. Ses habitants sont des commerçants aisés. En fait d’industrie artisanale et d’artisans, il y a là ce qu’on ne trouve pas dans beaucoup de villes. Ils sont en relation avec les marchands de l’Occident, avec ceux du Sahara et avec ceux de l’Orient. Un chantier naval construit de gros bâtiments, des navires et des vaisseaux de guerre, car le bois ne fait pas défaut dans ses vallées et montagnes et la forêt produit de l’excellente résine, ainsi que du goudron. On y trouve encore des mines de fer solide. Ainsi, en ce qui concerne l’industrie, tout est merveille et finesse ».
Qui se douterait de toute cette page d’histoire qu’a vécu Bougie au temps des souverains, Hammadides ! Quiconque foule du pied le sol de cette ville est assailli d’interrogations. Le relief accidenté sur lequel les édifices sont scellés, défiant le glissement des terrains, ne compte pas. On circule dans cette ville sans songer à marquer une pause, tant on est entraîné, envoûté par l’histoire. Attablés au café de Sidi Soufi, on ne cesse de ressasser les légendes recueillies de la bouche même des Bougiotes ou dans les livres volumineux, richement reliés.
Ainsi, l’histoire du règne du prince Yahya nous a touché : après la mort d’Al Aziz, son fils Abu Zakariya Yahya fut porté à la tête du royaume Hammadite. Il était dominé par la gent féminine et passionné de chasse. Il adorait rapporter du gibier à son palais. L’historien Ibn al Khatib nous le confirme : « Yahya ben al Aziz était vertueux, magnanime, éloquent. Il avait la plume délicate mais aimait trop la chasse ». Il avait trois sŦAcirc;?urs : Taqsut, Um Mallal ( ça doit être : Udem Mallul ) et Chibla, qui étaient habillées et couvertes de bijoux comme des jeunes mariées, et un fils appelé Al Mansour dont la mort l’affecta profondément. Yahya vécut dans l’opulence et mourut à Salé (Maroc) en 1162. Avec lui s’éteignit la dynastie Hammadide qui gouvernait le Maghreb central depuis 1018. La vie intellectuelle fut brillante et continue de l’être dans la capitale Hammadide. Le souverain Al-Aziz Ibn Al Mansour fit venir à Bgayet de nombreux savants. Un vieux manuscrit, intitulé " Galerie de littérature à Bidjaya ", donne la biographie des médecins, jurisconsultes, poètes, venus les uns d’Orient, les autres d’Espagne, qui firent école dans la cité Hammadide, alors à l’apogée de sa gloire. Ibn Hammad, l’auteur de l’histoire des rois Obaydides et d’une histoire de Bgayet , fit ses études à la Qalâa puis à Bgayet. Abou Madyan Souaib Ben Hussain, connu sous le nom de Sidi Bou Médiène, patron de Tlemcen, a été le maître incontesté des soufis des trois pays de l’Afrique du Nord. Son influence se fit grandement sentir à Bgayet, où de nombreux savants reprirent et propagèrent son enseignement. Le cheikh Kabyle, Zakarya Al Hasani A-Zouaoui (mort en 1215), l’exemple même du mystique accompli, vivait retiré des contraintes de ce monde, dans une zaouia, tout en enseignant la théologie. Le soufisme conserva à Bgayet une forme modérée. La plupart des soufis cités étaient des juristes, des notaires et des professeurs. Le cheikh Abou Ali Hassan Ben Ali, qui vint de Séville, se fixa à Bgayet et eut aussi de nombreux disciples. Il enseigna le Soufisme et devient Cadi dans la même ville. Il légua de nombreux ouvrages dont un livre sur le monothéisme, un précis de droit et un ouvrage de morale. Abou Mohamed Ali Al Haq, également Cadi de Bgayet, écrivit un ouvrage sur la médecine, et dix huit volumes de lexicographie. Abd Al Haqq Al Bidjawi, né en 1117, arriva à Bgayet en 1155 et y mourut en 1187. Il écrivit plusieurs ŦAcirc;?uvres dont un Diwan. Il brilla dans le domaine de la théologie en composant des ouvrages sur les exhortations, les proverbes, les sentences et les lettres. Il eut une forte influence sur les Soufis postérieurs. Abu Tahir Amara, lettré et savant homme, vécut vers le XIIe siècle. Il écrivit un ouvrage sur la science des successions, dont les vers à rimes doubles sont bien appréciés. Abu-Al-Hasan Al-Masili originaire de M’sila, connu sous le nom d’Abu Hamid al-Saghir, a étudié à Bgayet, s’adonnant à la science et aux bonnes ŦAcirc;?uvres. Il laissa des ŦAcirc;?uvres littéraires et des contes très appréciés ; un livre sur la science des Avertissements clôtura sa carrière d’homme de lettres consacré. La cité de Hammadides a donné l’hospitalité à des savants et à des hommes de lettres, venus par voie de mer ou voie de terre. Ainsi Ibn Battuta marqua une halte dans la capitale Hammadide. Ibn Khaldun, auteur des " Prolégomènes " qui ont fait de lui le pionnier de la sociologie moderne, enseigna dans les écoles Hammadides. Bgayet s’est enrichie de savants venus de la Qalâa des Banu Hammade, mais aussi d’érudits venus d’Espagne. C’est dans cette capitale que la culture orthodoxe venue d’Orient et celle, plus libre, venue d’Andalousie, se rencontrèrent.
Un esprit de tolérance et d’ouverture a permis aux Malékites, aux Hanéfites, aux Ibadites et aux Mutazilites, de confronter leurs points de vue aux cours de brillantes controverses. Cet esprit de tolérance s’étendit aux chrétiens, établis à Bône, à la Qalâa et à Bgayet. La même tolérance a joué à l’égard des juifs, dont la situation ne changea qu’avec l’arrivée des Al Mohades.
En plus de tous ces savants et hommes de lettres, Bidjaya possédait également des marabouts vénérés, notamment Sidi Touati et Sidi Yahya, dont les tombeaux sont bien conservés. Ils font l’objet de pèlerinages de la part de tous les habitants de Bgayet Sidi Touati est tellement craint et adoré que des légendes aient immortalisé son pouvoir. On lui prête les miracles les plus fantastiques. Selon la légende la plus répandue :« Il aurait été invité à faire partie d’une fête nocturne et, outré par les éloges hyperboliques que le souverain ne cessait de se décerner, il lui reprocha son orgueil et sa vie de débauches puis, étendant son burnous, il lui montra au travers de sa transparence magique la ville de Bgayet totalement en ruines et abandonnée. Al Naçir, prince Hammadide, frappé par le spectacle, humilié, descendit du trône et s’exila sur une île rocheuse de la côte voisine, l’île des Pisans, où il mourut dans l’austérité. » On raconte aussi qu’« Avant de se retirer sur l’île, Al Naçir créa un institut, " Sidi Touati ", où on enseignait toutes les disciplines, y compris l’astronomie, et qui reçut jusqu’en 1824 plus de 3000 étudiants ».
D’innombrables événements secouèrent la quiétude des citoyens de Bgayet vers le XIIIéme siécle. Ces braves citoyens durent résister à toutes les invasions par la préservation de leur identité culturelle, linguistique, leur tolérance et leur liberté.
Après les Al Mohades et les Al Moravides conduits par Ibn Tachfin, Ibn Tumert, Abdel Moumen, ce fut au tour des Hafcides d’ouvrir les portes de Bgayet. L’Emir Abou Zakarya (1228-1249) élargit les frontières de son Etat, dont la capitale se trouvait en Tunisie. Son successeur, le calife Abou Abdallah Al Mountaçir ( 1249-1277) signa des traités commerciaux et diplomatiques avec les pays européens. Il s’ensuivit ainsi l’ouverture des consulats Catalans, dès 1257. A la mort du calife, son frère Abou Ishaq le remplaça. Il se fit proclamé sultan à Bgayet et rentra régner sur son territoire à partir de la Tunisie. Il désigna des gouverneurs et en envoyant son fils Abou Farès à Bgayet, avec comme chambellan Mohamed Ibn Khaldoun, le grand père de l’historien sociologue Ibn khaldoun.
En 1308, Bgayet et Majorque se brouillèrent. Barcelone profita de l’opportunité pour multiplier ses relations commerciales et diplomatiques avec Bgayet. Un traité de paix fut signé entre l’Aragon et Bgayet, avec une annexe commerciale au protocole. Les Aragonais n’ont pas hésité à louer au souverain une dizaine de galères en échange de l’utilisation de fondouks dans le port de Bgayet.
Environ deux siècles plus tard, le 5 janvier 1510, Bgayet fut occupée par les espagnols. Une nouvelle brouille, des actes de pillage de part et d’autre et plus de quinze navires commandés par Pedro de Navarro accostèrent sur les quais du port de Bgayet. Les espagnols prirent d’abord place à Sidi Sebouki, un endroit habité par les Andalous ayant fuit Grenade en 1492. La totalité de la population évacua les faubourgs de la ville, parmi eux Cheikh Nacer Al Merin, auteur originaire des Aït Yala (Idjissan), qui eut l’insigne honneur de relater ces faits rapportés par Charles Féraud en 1864, à partir d’un manuscrit de Si Saïd Ben Ali, un citadin de Bgayet. La population fut accueillie dans les villages de la vallée de la Soummam, de Bouira-Tuviret et de Constantine. Après les escarmouches qui firent d’innombrables morts et de blessés, Don Garcia de Tolède, gouverneur de la ville invita la population d’y revenir, mais cette dernière s’abstint d’y retourner.
Les espagnols ne quittèrent Bgayet que grâce à l’accord conclu entre Abou Bakr et les deux frères Barberousse, Arroudj et Kheirredine qui, aidés par l’Emir Moufok et Ahmed Belkadi du royaume de Koukou (Achalam) dans le Djurdjura, lancèrent un assaut sur la ville. Charles Quint conçut le projet de prendre la ville d’Alger en débarquant d’abord à Bgayet, le 2 novembre 1541, après de longs mois d’errance due au mauvais temps. Les deux frères Ottomans Arroudj et Kheireddine moururent successivement après avoir défendu Bgayet contre les espagnols. Le premier mourut pendant l’expédition dirigée par le marquis de Comores, gouverneur espagnol d’Oran, le second à Constantinople, après avoir pris poste d’ambassadeur à Marseille sous le règne de François 1er. Hassan fils de Kheireddine régna un temps, avant de se voir rappelé à Istanbul en 1552 et remplacé par Salah Raïs Ben Djaafar. Ce dernier débarqua avec 30.000 hommes sur les bords de la Soummam pour apporter son aide au gouverneur de Bgayet. Avant de mourir de la peste, il confia le gouvernement de la ville à un Agha qui le garda jusqu’en 1567, date à laquelle Bgayet fut définitivement rattachée au Beylik de l’est.
D’après un vieux manuscrit, les espagnols détruisirent complètement les " Palais de l’Etoile " et de " la Perle ", abattant le minaret qui avait 70 coudes de haut et reconnu comme un chef d’ŦAcirc;?uvre de l’architecture de l’époque. Un tableau remarquable de Horace Vernet, dont une copie fidèle existe dans la salle de la mairie de la ville, illustre cet événement.
Lors de nos promenades au port de Bgayet, en longeant la rue en pente glissante, on a vu une grande plaque en marbre incrustée dans le mur, au-dessus de la grande porte de la Kasbah, sur laquelle est écrit en espagnol ce dont voici la traduction : « Ferdinand V, illustre roi d’Espagne , a enlevé par la force des armes cette ville aux perfides enfants d’Agar en l’an 1509 », « cette ville a été pourvue de murailles et forteresses par l’empereur Charles Quint l’Africain, petit-fils et successeur de Ferdinand ; à Dieu seul honneur et gloire ! » C’est à l’intérieur de cette Kasbah que Mustapha Pacha a édifié une mosquée en 1797.
L’interprète Férand, en 1859, est venu à Bgayet et a fait un constat de ce qui restait des palais édifiés par les Hammadites : « En gravissant les sentiers tortueux qui de la Qubba de Sidi Touati vont se perdre aux pieds du Gouraya, on arrive sans peine sur un plateau rocailleux recouvert d’azéroliersÂ?De ce point se détache un contrefort sur lequel sont les ruines d’un ouvrage fortifié en ce moment envahi par la végétationÂ?Là, existait jadis un château construit du temps de Moulay En Nacer et détruit plus tard par les espagnols. Son ancien nom était Bordj el Ahmeur, le Fort Rouge. A une époque plus récente, il fut réédifié et appelé le Bordj Bou Lila, c’est à dire le fort élevé en une nuit. On suppose que c’est de ce château orné de " mosaïques " et de peintures dont parlait Léon l’Africain (mais n’était-ce pas plutôt justement ce palais d’Amimoun dont on n’a pu retrouver l’emplacement exact ?) tout ce quartier est couvert de terreau et de rocailles d’un rouge brun très prononcé et dont le Fort a sans doute tiré son nom primitif (Â?) ".
Le fort Abdel Kader est le seul édifice qui existait à Bgayet lors du débarquement des espagnols. On dit qu’il fut bâti sur des ruines romaines dispersées dans les environs. Sa construction irrégulière est différente de celle de la Kasbah et du fort Moussa ; ses murs en maçonnerie grossière, faits de pierre de taille de dimensions diverses, baignent dans la mer. La Kasbah, quant à elle, est construite en briques rougeâtres, sur les assises de l’ouvrage fortifié qui devait protéger le fort des Romains. Elle est flanquée de bastions et de trois tours massives très hautes, garnies de meurtrières. La ville s’étend sur plusieurs quartiers, les uns agrippés aux collines, d’autres logés dans le creux des vallons. On trouve Bab Al Bahar (de la marine), Aguelmim se trouvant autour de l’hôtel de la mairie, Bgayet à l’emplacement des casernes des oliviers, Sidi Bou Ali, au-dessus du cimetière chrétien, Acherchour au quartier des fontaines, Al Kenitra, autour de la Zaouïa de Sidi Touati, Sidi Abd Al Hadi, aux environs de Fort Moussa, Bab al Louz aux environs de la porte du grand ravin, Bab al Bakchi, près des grandes citernes romaines, Karaman, près de l’église transformée en mosquée, Kaâ Zenka, rue Trèzel, Houmet Ech Chikh, Sidi Abd al Hak, jardins sous la ville, entre la porte Fouka et la Kasbah, Dar Senaâ ou Si Sedik, au bord de la mer, chantier des bateaux, Aïn Illès, Aïn Bou Khelil, Sidi Haimi, à côté des cinq fontaines, Ben Derraâ, entre Aïn Illès et Aïn Amsiouen, Tighilt, entre Fort Moussa et le quartier des cinq fontaines. La ville de Bgayet comptait à l’époque 2000 habitants et 265 maisons avec 150 janissaires. Un grand nombre de ces quartiers existent jusqu’à nos jours, malgré la démolition de certains pour l’extension de la ville.
En 1833, le général Trézel, avec ses troupes prit la ville de Bgayet. L’expédition fut préparée le 20 septembre, arrivée prévue le 29 septembre 1833 au point du jour. Le 27 septembre, elle arriva à l’île Minorque. Le débarquement et la prise furent effectués par l’Arc de Triomphe, " Bab al Bhar ". La conquête fut achevée après un combat de sept jours. Avant la prise de Bgayet par les français, des navires ont croisé au large des côtes. En 1831 un brick de l’Etat fit naufrage au large de Bgayet. Dans la même année de 1832, face au refus par l’autorité marine locale, un brick anglais, " le Procris " et un autre français, " le Marsouin ", furent obligés de s’éloigner de la côte. Durant cette année aussi, des marins de la " Béarnaise " avaient pu visiter Bgayet ses annexes. Les français s’installèrent à Bgayet parcimonieusement en observant une certaine frilosité à l’égard de la culture originelle. Les citadins, fiers de l’héritage des Hammadites, n’ont accepté de prêter main forte à la construction de la ville que lorsqu’ils eurent vu d’autres communautés venir de la Méditerranée. L’apport culturel de la population de la mer fut assimilé lentement, mais la spécificité des autochtones Imazzayan de Bgayet demeurait à la surface de toute entreprise.
La ville prit une forme tout à fait particulière par rapport à d’autres villes de l’époque. Tous les édifices construits sortent de la terre comme des bateaux géants naviguant en haute mer. On a l’impression de croiser toute une armada navigant pavillons dehors. Le rêve architectural défie toute réalité. La ville est éclatée, elle coule dans différents sens pour finir à la mer. Mille ruelles nous mènent à la plaine ou aux quais du port. Vue de la mer, elle est majestueuse, écrasée par la montagne de Gouraya, l’architecture est à la fois douce et sauvage. A 26 km à l’ouest de Bgayet, se trouvent les magnifiques orangeraies de Toudja, au milieu desquelles, de la roche, jaillissent les fameuses sources captées par les Romains, pour les besoins en eau de Saldae (Bgayet), et qui aujourd’hui encore alimentent les châteaux d’eau de la ville moderne.
Un cippe, retrouvé à Lambèse (Tazoult) dans les Aurès, retrace les péripéties du voyage de Nonius Datus, venu à Bgayet, pour rectifier le percement de la montagne qui, ayant été commencé des deux côtés en même temps avait été si mal dirigé, que les deux galeries n’avaient pu se rejoindre. Ce cippe, traduit en langue française est placé sur un socle en face de la mairie de Bgayet.
La lettre est adressée par le gouverneur de la ville, Marius Clemens, au gouverneur de la Mauritanie : « Au nom d’une cité splendide et de ses habitants, je te prie seigneur, d’engager le niveleur Nonius Datus, vétéran de la troisième Augusta, à venir à Saldae afin d’y terminer son ŦAcirc;?uvre ». Une autre partie du cippe, placée sur le socle, nous informe sur l’intervention de l’ingénieur Nonius Datus, quand il a débuté et achevé les travaux du tunnel qui fait 428 mètres de longueur : « Je suis parti, en route j’ai été assailli par des brigands. Je me suis échappé et, blessé, ai pu arriver à Saldae avec les miens. J’ai vu le gouverneur Marius Clemens. Il m’a conduit à la montagne où l’on se désolait sur l’incertitude du creusement d’un tunnel qu’on voulait abandonner parce qu’on avait déjà ouvert plus de longueur que ne comportait l’épaisseur de la montagne. Il m’a apparu qu’on avait abandonné la ligne droite dans l’attaque du côté amont ; on s’était porté à droite vers le midi, et dans l’attaque aval, également à droite vers le nord. Les deux sections n’étant pas sur la même ligne ne se rejoignaient pas. Lorsque j’eus vérifié ce travail, j’ai mis en circulation des hommes de la flotte et des hommes de louage et ils sont parvenus à opérer le percement, et moi, le premier qui avait fait le nivellement, indiqué le tracé et prescrit ce qu’il fallait faire, suivant le plan que j’avais remis à Petrinus Celer, j’ai achevé l’ŦAcirc;?uvre. Après l’arrivée de l’eau, Marius Clemens en a fait l’inauguration ".
En allant vers Boulimat, Cap Sigli, on aperçoit une presqu’île pointue, autrefois dite " île des Pisans ". C’est le rocher solitaire où le sultan Al Naçir mourut, dans le recueillement.
Le Tombeau de la Neige est un monument élevé à la mémoire des 300 soldats de la colonne Bosquet, qui les 22 et 23 février 1852, succombèrent dans une terrible tempête de neige qui éparpilla le détachement en marche de Taourirt Ighil à Bgayet, parsemant la route de cadavres.
Oued-Ghir (La Réunion) c’est un petit village sur une colline, fondé en 1871 par des Alsaciens-Lorrains. Ces villageois y développèrent la culture maraîchère, l’arboriculture et la céréaliculture.
Mellala, ce village qui ne paie pas de mine et qu’on laisse à droite, sous les caroubiers, en remontant la Soummam, dans une vallée verdoyante parsemée de coquelicots, est entré dans l’histoire vers le XIIe siècle, grâce à Ibn Toumert et Abdel Moumen qui signèrent un pacte pour créer leur empire Al Mohade. Ibn Toumert, fondateur de la dynastie Al Mohade, naquit dans la région de Sousse, en 1078. Il effectua un voyage d’études en orient, se fit remarquer comme prédicateur et censeur des mŦAcirc;?urs. Il se rendit ensuite à Bgayet en 1117, s’installant à la Mosquée de Myrte et dispensa des cours de sciences religieuses aux étudiants de la région, provoquant des troubles au sein de la population. Il dut quitter la ville sous l’ordre du souverain. Les membres d’une puissante tribu Sanhadja (izngan), les Ait Uriyagul, le prirent sous leur protection, le logeant à Mellala. Les fils du prince Al Aziz y rencontrèrent Ibn Tumert et lui bâtirent une mosquée. Quant à Abdel Moumen, il est né entre 1094-1106 à Nédroma dans le petit village de Tadjra. Plusieurs versions existent sur son passage à Bgayet. Selon la dernière version et peut être la plus sûre, celle de Ibn Al Qitan, les étudiants de la ville de Tlemcen, après la mort de leur professeur Abdessalmem Al-Tunsi, se mirent d’accord pour le remplacer par Ibn Tumert en ordonnant à Abd Al Moumen de se rendre auprès de lui. Le hasard fit qu’ils se rencontrèrent dans ce petit village de Kabylie, la Soummam. Après des semaines d’entretiens et d’échanges d’idées, Abd al Moumen céda devant le savoir d’Ibn Tumert. Les deux hommes se lièrent d’amitié, reprirent la route de l’ouest pour atteindre le village d’Igilliz puis Tinmel, où Ibn Toumert se proclama Mahdi en 1124. Abd al Moumen, investi du commandement militaire en 1133, soit trois ans après la mort du Mahdi (mort tenue secrète durant deux ans) devint le successeur d’Ibn Toumert en tant que calife.
Il se rendit à Salé en 1151 et se lança à la conquête du royaume Hammadite, qui avait alors à sa tête Yahya Ibn Aziz. Il occupa successivement Miliana, Alger ( Mazghanz), Bgayet, la Qalâa des Benu Hammad et Constantine.
A 21 kilomètres de Bgayet sur la route de Jijel et de Sétif, sur la nationale 9 longeant en corniche le flanc marin se trouve Aokas, avec sa grotte féérique. L’éperon du Cap Aokas est percé d’un tunnel de 90 mètres de long depuis 1962. A l’intérieur de celui-ci sur la droite, c’est l’entrée de la grotte féerique d’Aokas. En 1982, elle a été aménagée et ouverte aux visiteurs : élargissement du couloir principal qui fait office d’entrée, des escaliers de l’ouverture pour accéder à différents niveaux, des plates-formes en guise d’observatoires, des passages sur des ruisseaux intérieurs de la grotte, installation de l’éclairage. Quatre guides font visiter les lieux à un public fort nombreux. La grotte connaît une forte animation. Le site est apprécié des touristes et des vacanciers. Un couloir naturel, d’une longueur d’environ 60 mètres, permet l’accès à la salle principale. Celle-ci est surmontée d’une immense voûte à laquelle pendent des milliers de stalactites de formes et de grandeurs différentes. Trois colonnes, dont l’une se distingue particulièrement des autres par sa hauteur et sa beauté, viennent en trompe soutenir la voûte, de part et d’autre, évoquant par le dessin de leurs cannelures les temples bouddhistes ou encore certains châteaux sortis de l’imaginaire. Plus loin, la présence d’un petit lac vient ajouter de l’agrément à la féerie générale du lieu. Les stalagmites, ces excroissances blanches de formes arrondies qui peuplent le sol de la grotte, font penser par leur silhouette à des formes tantôt humaines, tantôt animales ou végétales. Sous l’effet du clair-obscur produit par la lumière des projecteurs, ils apparaissent comme de véritables statues ressemblant admirablement à la Vierge et son Enfant ou à une procession de femmes kabyles, allant à la fontaine, les unes tenant dans leurs bras un enfant, les autres portant des cruches sur le dos. Les singes, les lions, les oiseaux, les reptiles, les poissons, autant de formes pétrifiées qui semblent par leur présence vouloir apporter cette chaleur nécessaire à la vie. La grotte paraît vivre dans la sérénité et la sagesse des cités anciennes où le temps ne compte pas. Ce lieu enfoui dans le cŦAcirc;?ur de la roche, au contrefort de la chaîne des Babors, procure du bien-être à ceux qui ont la curiosité de le visiter .
Tiklat (Tubusuptus), c’est la cité des vétérans romains de la Legio VII Immunis, bâtie à une vingtaine de kilomètres de Bgayet, à 3 kilomètres d’ El Kseur, et au pied de la montagne des Ifnayen. Cette cité forteresse, dite " Tubuscum Oppidum ", est adossée au Nord-Est d’une éminence haute de 30 mètres. Une série d’arcades, en pierre de taille, des vestiges, côtoient les herbes sauvages. Les restes d’établissements publics et les portions de mosaïques attestent du goût artistique des habitants de cette cité implantée au cŦAcirc;?ur de la Petite Kabylie.
On nous l’a présentée jadis comme une cité fantôme, une cité placée hors du temps et de l’histoire. La mémoire collective n’a retenu que les mystérieux tunnels peuplés de moustiques géants et d’introuvables trésors enfouis sous des tonnes de pierres. Nul n’est venu nous la décrire et nous fournir des renseignements historiques ou archéologiques.
Le réalisateur du film-documentaire "La montagne de Baya", feu Ezzeddine Meddour, a fait connaître aux télé



