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Lundi 20 Février 2006

Said Mekbel était journaliste (né le 30 mars 1940 à Bejaia, assassiné le 3 décembre 1994 à Alger).

Billetiste au quotidien Alger Républicain de 1962 à 1965 puis en 1991, avant de rejoindre le quotidien Le Matin, dont il sera également le directeur de la publication. Ses billets, connus sous le nom de M’smar Dj’ha, le rendront célèbre. Les menaces de mort dont il fait l’objet seront exécutées en 1994 dans un restaurant en face du siège de son journal.

publié par Hafit Zaouche dans: aokas
Lundi 20 Février 2006

Said Tazrout était journaliste, correspondant du quotidien algérien Le Matin à Tizi Ouzou. Il est mort assassiné le 3 septembre 1995 à Tizi Ouzou.

Said Tazrout est rédacteur en chef du journal régional Le Pays paraissant à Tizi Ouzou. Fils de marabout, il dénonce longuement l’intégrisme islamiste en Algérie et le financement de ces derniers par certaines mosquées et zaouïas. Il enquête également sur la corruption de certains hommes politiques, ce qui lui vaudra d’être menacé de mort. Il trouvera la mort en septembre 1995, dans un attentat qui le visait. Une salle porte aujourd’hui son nom à Tizi Ouzou.

publié par Hafit Zaouche dans: aokas
Lundi 20 Février 2006

Krim Belkacem est né le 14 décembre 1922 au douar Ait Yahia, près de Dra-El-Mizan. Il adhère au P.P.A au début de l’année 1946 et implante des cellules clandestines dans douze douars autour de dra-El-Mizane qui compte plusieurs centaines de militants et sympathisants.

Accusé d’avoir tué un garde forestier, il est pourchassé et prend le maquis en 1947 sous le pseudonyme de Si Rabah avec Moh Nachid, Mohand Talah, Messaoud Ben Arab.

Deux fois condamné à mort par les tribunaux français en 1947 et 1950, il devient responsable du P.P.A-M.T.L.D pour toute la Kabylie et à la tête des 22 maquisards qui composent son état-major et multiplie les contacts directs avec les militants et la population.

(JPEG) Son plus proche collaborateur est Omar Ouamrane. Le 9 juin 1954, Krim rencontre à Alger Ben Boulaid, puis Boudiaf et Didouche, qui parviennent à le convaincre de la nécessité d’une troisième force.

Il passe un accord avec les cinq responsables du groupe des 22 rompt avec Messali en août 1954, sans tenir au courant les militants de son initiative. Devenu le sixième membre de la direction intérieure du F.L.N les six chefs historiques, Krim est le responsable de la zone de Kabylie au moment du déclenchement de l’insurrection, le 1er novembre 1954.

(JPEG) Il entre au C.E.E au lendemain du congrès de la Soummam en 1956 et domine le F.L.N-A.L.N en 1958-1959 comme vice-président du G.P.R.A et ministre des Forces armées.

Krim qui à quitté l’Algérie après la bataille d’Alger, est alors allié à Ben Tobbal et Boussouf contre Abane. Vice-président du Conseil et ministre des Forces armées du G.P.R.A 1958, (JPEG) ministre des Affaires étrangères 1960, de l’intérieur 1961, il entame les négociations avec la France, à Evian. Dès l’indépendance de l’Algérie, il désapprouve la politique de Ben Bella, se retrouve écarté de la vie politique et se consacre aux affaires.

Après le coup d’Etat du 19 juin 1965, il repasse dans l’opposition. (JPEG) Accusé d’avoir organisé un attentat contre Boumedienne, il est condamné à mort par contumace. Krim Belkacem est découvert assassiné, en octobre 1970, dans une chambre d’hôtel à Francfort.

Réhabilité à titre posthume, Krim Belkacem est enterré au Carré des Martyrs le 24 octobre 1984.

(JPEG)

 


NDLR

 

Voici un témoignage datant de 1985 très intéressant glané sur http://www.geocities.com/hocine_ait_ahmed/crise.htm :
Hocine Aït Ahmed (propos recueillis par Hamid Barrada) : "...Concernant la participation des Kabyles dans les institutions étatiques, un phénomène mérite d’être souligné : leur présence pléthorique dans les appareils de répression. Kasdi Marbah (dont le vrai nom est Abdellah Khalef) qui a été de l’indépendance à la disparition de Boumdiene, le patron de la S.M (sécurité militaire, NDLR) n’est que le plus connu. On peut mentionner H’mida Ait Mesbah, alias Rachid, chef du service opérationnel dans le même organisme, également jusqu’en 1979. C’est lui qui a monté le "coup" qui a abouti à l’assassinat de Krim Belkacem à Francfort (Allemagne) en 1969...

Le choix des Kabyles pour effectuer les sales besognes ou il est bien entendu, à des considérations précises, non dépourvues de machiavélisme. Qui mieux que les Kabyles, connaît la Kabylie, région réputée chaude et intraitable ? Ensuite, c’est de bonne guerre de confier aux enfants d’un milieu déterminé le soin de contrôler et de réprimer leurs frères. Enfin, il paraît judicieux de présenter les Kabyles devant le reste du pays sous les traits les plus hideux. Nos Machiavels n’ont rien inventé à ce sujet. Les autorités coloniales avaient déjà recours à des ficelles. Ailleurs, la sinistre Savak s’ingéniait à jouer, avec le succès que l’on sait les Kurdes les uns contre les autres, et simultanément à dresser l’opinion contre eux.

-  A propos de Krim Belkacem, que sait-on finalement sur les circonstances de son assassinat ?

-  Vous n’ignorez pas que c’est dans sa chambre d’hotel à Francfort qu’il fut étranglé avec sa propre cravate. Il n’a été découvert qu’après plus de vingt-quatre heures par le personnel de l’établissement. A l’évidence, le forfait ne pouvait être perpétré que par un familier de la victime. La police allemande a fait son travail, les tueurs lui avaient facilité la tâche en abandonnant des documents compromettants dans une serviette déposée à la consigne de l’aéroport. On a su ainsi qu’ils étaient au nombre de trois dont le commandant H’mida Ait Mesbah.

Je peux révéler que le malheureux Krim était tombé dans un guet-apens. La S.M avait mis au point un scénario de coup d’état et lui avait proposé d’en prendre la tête. Pour les besoins de la cause, Ait Mesbah, qui connaissait bien Krim du temps de la guerre, se disait passé à l’opposition. Tout était fin prêt pour la prise du pouvoir. La proclamation annonçant la chute du régime de Boumdiene était même enregistrée. Un gouvernement était constitué : Krim, président de la République ; Ait Mesbah à l’Intérieur ; Mouloud Kaouane personnage peu recommandable, recevait le portefeuille de la Justice, la Défense revenait au colonel Mohammed Saled Yahiaoui, qu’on avait omis de consulter...

C’est d’abord en France que le complot - le vrai, l’assassinat de Krim- devait se dérouler. Il était question de faire disparaître le corps dans une villa louée à cette occasion en Provence. J’ai des raisons de penser que la police française en avait eu vent, Krim s’est vu interdire de séjourner sur le territoire français sans autorisation préalable. Les préparatifs du coup d’état se sont transposés ailleurs, et c’est ainsi que le rendez-vous fatal eut lieu à Francfort.

-  Comment expliquez-vous que Krim, qui n’était pas né de la dernière pluie, se soit fait avoir de la sorte ?

-  Je m’interroge comme vous, d’autant qu’il était expressément informé de la finalité réelle de la conspiration à laquelle il avait accepté de participer. Il était très précisément affranchi sur le rôle confié à Ait Mesbah. Là-dessus je n’ai aucun doute pour la bonne raison que c’est moi qui l’ai mis en garde.

-  Comment étiez-vous informé vous-mêmes ?

-  Vous comprendrez que je ne peux pas vous dévoiler mes sources. En revanche, je peux vous dire que c’est par le truchement d’un haut fonctionnaire suisse aujourd’hui à la retraite que je m’étais empressé de communiquer à Krim Belkacem ce que je savais de l’attentat qui se tramait contre lui et cela plusieurs semaines avant son exécution.

Pourquoi n’a-t-il pas tenu compte de ma mise en garde ? Probablement parce qu’il était sur de lui, mais au fond, Krim a été victime de ses propres conceptions de l’action politique : il réduisait celle-ci à la conspiration.

-  Pourquoi Krim fut-il visé, et non Ait Ahmed ?

-  Ne vous inquiétez pas : on ne m’avait pas oublié ! Environ un an avant que Krim soit "approché", j’ai eu droit à la sollicitude des agents à la S.M. déguisés comme il se doit en opposants purs et durs. Le piège dans lequel est tombé Krim était exactement identique à celui qui m’avait été vendu. A croire que la S.M. manque d’imagination...

Ait Mesbah, flanqué de deux compères, était venu me voir en Suisse pour me proposer d’être la figure de prône du coup d’état avant d’être le président de la République. Bien entendu, il avait commencé par instruire le procès de Boumdienne et de son régime, il m’avait longuement expliqué comment le mécontentement dans le pays et l’armée avait atteint les limites de l’intolérable...Notez qu’il se dissimulait pas ses fonctions au sein de la S.M. Mieux, c’est en tant que chef du service opérationnel, disposant de ce fait d’une force de frappe décisive, qu’il n’entreprenait. D’ailleurs, suprême habilité, il ne ma demandait rien, sinon de donner mon sentiment à l’opération. En clair, il m’offrait le pouvoir sur un plateau d’argent. J’ai décliné son offre en disant que j’étais par principe hostile aux putschs.

-  Et Ait Mesbah a abandonné la partie...

-  Nullement. Il trouvait regrettable que je ne profite pas profit de sa présence dans les hautes sphères de la S.M., présence qui n’allait pas être éternelle :"On n’a pas confiance en moi et je risque d’être limogé à tout moment." Il "comprenait" mon objection de principe et s’en pressait de m’interroger sur une solution de rechange. Je me suis contenté d’insister sur l’importance du travail d’organisation des masses à lui appartenait d’opérer elles-mêmes les changements politiques souhaitables. Je m’étais bien gardé de lui confier aucune tâche, en dépit de ses sollicitations, mais en nous séparant il me déclara qu’il se tenait à la disposition du FFS.

-  Savait-il que vous saviez ?

-  Il s’était au moins aperçu que sa mission n’avait pas abouti pour le moment. J’avais pris soin, en le recevant, de ne pas être seul et d’entrée de jeu, je lui avait récité un poème kabyle composé par mon aïeul. En voici la traduction :

Vous qui êtes en bonne compagnie !
Soyez le bienvenu !
Sans la volonté de Dieu,
Nous ne nous serions rencontrés.
Puisque vous avez le doigt sur la gâchette,
Prenez garde que le coup ne parte.
Je prie, je prie pour que nous soyons épargnés
Et pour ceux qui nous tendent des pièges
Y tombent les premiers.

Le message n’avait pas besoin d’être décodé. Mais notre barbouze ne s’est pas estimé vaincu pour autant. Il est revenu obstinément à la charge, mais j’ai refusé tout aussi obstinément de le rencontrer. Il a continué à m’envoyer, avec une notable assiduité, des rapports relatant ses efforts pour élargir l’implantation du FFS. De guerre lasse, il a fini par lâcher prise. Plus exactement par changer de cible. Toujours est-il que, lorsque j’ai appris que le même individu avait pris langue avec Krim, j’ai éprouvé aussitôt les pires appréhensions, lesquelles hélas, n’étaient pas infondées."

Lien pertinent : Texte complet des accords d’Evian signés par Krim Belkacem


   
 
 
 
publié par Hafit Zaouche dans: aokas
Lundi 20 Février 2006

COMMENT LA BERBÉRIE EST DEVENUE LE MAGHREB ARABE

Gabriel CAMPS

Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n°35, Aix-en-Provence, 1983, pp. 7-24.

Agezzul. Mamnek as nezdâr ad nakwez mas d idgharen lliten ikkan gan ayelli mu ttinin tafriqt tarumaniyt gan ghilad lemghrib aàrab. Aseàreb d ukeccum s lislam kigan ayad kkan llan. Akeccum n waàraben, lli isaten gh tasut tis sat, ur iman gh tezwuri d uzeddugh n midden. Mqqar gguten imazighen lli kcemnin s lislam, ghaman sul willi ganin irumiyen ar tasut tis sin d mrawt. Ad gin mdden aàraben s iles negh s insayen ur isat ar tasutin ggweranin. Iqbilen n iznaten irehhâlen ad igan imezwura lli ssekcmen waàraben s idels d wawal nnesen zegh aseggwas n 1050 llid inamaqqaren d umussu n iqbilen n Banu Hilal d Maàqil. Mqqar akw gan mdden ghilad imuslmen, aseàreb n imazighen sul urta isemd.

Résumé. Comment expliquer que les anciennes provinces romaines d’Afrique, en grande partie christianisées et constituant la région la plus prospère de l’Occident latin, soient devenues en quelques siècles le Maghreb arabe. L’islamisation et l’arabisation ne furent pas contemporaines. La conquête arabe, au VIIe siècle, fut le résultat d’une suite d’opérations militaires sans véritables tentatives de peuplement. La plus grande partie des populations berbères se convertit assez rapidement à l’Islam mais les dernières communautés chrétiennes ne disparurent qu’au XIIe siècle. L’arabisation par la langue et les coutumes fut plus tardive ; elle affecta massivement, en premier lieu, les Berbères du groupe zénète, pour la plupart nomades, qui s’assimilèrent aux tribus arabes bédouines (Béni Hilal, Béni Soleïme, …) à qui, en 1050, le Maghreb avait été « donné » par le calife fatimide du Caire. Alors que l’Islam a triomphé totalement depuis longtemps, l’arabisation est loin d’être achevée.

Abstract. How can one account for the fact that the ancient Roman provinces of Africa, in large part Christianized and forming the most prosperous region of Latin Occident, became, in a few centuries, the Arab Maghreb. Islamization and arabization were not contemporaneous. The Arab conquest in the seventh century was the result of a series of military operations without any real attempt at populating. The greater part of the Berber populations was converted fairly rapidly to Islam but the last Christian communities did not disappear until the twelfth century. Arabization through language and custom did not happen until much later; it massively affected, in the first place, the Berbers of the Zenete group, mostly nomads, who became assimilated to the Beduin Arab tribes (Beni Hilal, Beni Soleïm, …) to whom, in 1050, the Maghreb had been “given” by the Fatimite Calif of Cairo. Whereas Islam has triumphed totally long ago, arabization is still far from being completed.

Les pays de l’Afrique du Nord sont aujourd’hui des États musulmans qui reven­diquent, à juste titre, leur double appartenance à la communauté musulmane et au monde arabe. Or ces États, après bien des vicissitudes, ont pris la lointaine succes­sion d’une Afrique qui, à la fin de l’Antiquité, appartenait aussi sûrement au monde chrétien et à la communauté latine. Ce changement culturel, qui peut passer pour radical, ne s’est cependant accompagné d’aucune modification ethnique importante : Ce sont bien les mêmes hommes, ces Berbères dont beaucoup se croyaient romains et dont la plupart se sentent aujourd’hui arabes.

Comment expliquer cette transformation, qui apparaît d’autant plus profonde qu’il subsiste, dans certains de ces États mais dans des proportions très différentes, des groupes qui, tout en étant parfaitement musulmans, ne se considèrent nullement arabes et revendiquent aujourd’hui leur culture berbère [1] ?

Il importe, en premier lieu, de distinguer l’Islam de l’arabisme. Certes, ces deux concepts, l’un religieux, l’autre ethno-sociologique, sont très voisins l’un de l’autre puisque l’Islam est né chez les Arabes et qu’il fut, au début, propagé par eux. Il existe cependant au Proche-Orient des populations arabes ou arabisées qui sont demeurées chrétiennes, et on dénombre des dizaines de millions de musulmans qui ne sont ni arabes ni même arabisés (Noirs africains, Turcs, Iraniens, Afghans, Pakis­tanais, Indonésiens…). Tous les Berbères auraient pu, comme les Perses et les Turcs, être islamisés en restant eux-mêmes, en conservant leur langue, leur organisation sociale, leur culture. Apparemment, cela leur aurait même été plus facile puisqu’ils étaient plus nombreux que certaines populations qui ont conservé leur identité au sein de la communauté musulmane et qu’ils étaient plus éloignés du foyer initial de l’Islam.

Comment expliquer, aussi, que les provinces romaines d’Afrique, qui avaient été évangélisées au même rythme que les autres provinces de l’Empire romain et qui possédaient des églises vigoureuses, aient été entièrement islamisées alors qu’aux portes de l’Arabie ont subsisté des populations chrétiennes : Coptes des pays du Nil, Maronites du Liban, Nestoriens et Jacobites de Syrie et d’Iraq ?

Pour répondre à ces questions, l’historien doit remonter bien au-delà de l’évé­nement que fut la conquête arabe du VIIe siècle. Cette conquête, si elle permit l’islamisation, ne fut pas, cependant, la cause déterminante de l’arabisation. Celle-ci, qui lui fut postérieure de plusieurs siècles et qui n’est pas encore achevée, a des raisons beaucoup plus profondes ; en fait, dès la fin de l’Empire romain, nous assistons à un scénario qui en est comme l’image prophétique.

La fin d’un monde

Rome avait dominé l’Afrique, mais les provinces qu’elle y avait établies : Africa (divisée en Byzacène et Zeugitane), Numidie d’où avait été retranchée la Tripolitaine, les Maurétanies Sitifienne, Césarienne et Tingitane, avaient été romanisées à des degrés divers. En fait, il y eut deux Afrique romaines : À l’est, la province d’Afrique et son prolongement militaire, la Numidie, étaient très peuplés, prospères et large­ment urbanisés ; à l’ouest, les Maurétanies étaient des provinces de second ordre, limitées aux seules terres cultivables du Tell, alors qu’en Numidie et surtout en Tripolitaine, Rome est présente jusqu’en plein désert. Après le 1er siècle, toutes les grandes révoltes berbères qui secouèrent l’Afrique romaine eurent pour siège les Maurétanies.

Néanmoins Rome avait réussi, pendant quatre siècles, à contrôler les petits nomades des steppes ; grâce au système complexe du limes, elle contrôlait et filtrait leurs déplacements vers le Tell et les régions mises en valeur. C’était une organisa­tion du terrain en profondeur, comprenant des fossés, des murailles qui barraient les cols, des tours de guet, des fermes fortifiées et des garnisons établies dans des castella. R. Rebuffat, qui fouille un de ces camps à Ngem (Tripolitaine), a retrouvé les modestes archives de ce poste. Ces archives sont des ostraca, simples tessons sur lesquels étaient mentionnés, en quelques mots, les moindres événements : l’envoi en mission d’un légionnaire chez les Garamantes, ou le passage de quelques Garamantes conduisant quatre bourricots (Garamantes ducentes asinos IV…). Dès le IIe siècle, des produits romains, amphores, vases en verre, bijoux étaient importés par les Garamantes jusque dans leurs lointains ksour du Fezzan et des architectes romains construisaient des mausolées pour les familles princières de Garama (Djerma). Légionnaires et auxiliaires patrouillaient le long de pistes jalonnées de citernes et de postes militaires autour desquels s’organisaient de petits centres agricoles.

Trois siècles plus tard, la domination romaine s’effondre ; ce désert paisible s’est transformé en une bouche de l’enfer, d’où se ruent, vers les anciennes provinces, de farouches guerriers, les Levathae, les mêmes que les auteurs arabes appelleront plus tard Louata, qui appartiennent au groupe botr. Ces nomades chame­liers, venus de l’est, pénètrent dans les terres méridionales de la Byzacène et de Numidie qui avaient été mises en valeur au prix d’un rude effort soutenu pendant des siècles et font reculer puis disparaître l’agriculture permanente, en particulier ces oli­vettes dont les huileries ruinées parsèment aujourd’hui une steppe désolée [2].

Cette irruption de la vie nomade dans l’Afrique « utile » devait avoir des consé­quences incalculables. Modifiant durablement les genres de vie, elle prépare et annonce l’arabisation.

Le second événement historique qui bouleversa la structure sociologique du monde africain fut la conquête arabe.

Cette conquête fut facilitée par la faiblesse des Byzantins qui avaient détruit le royaume vandale et reconquis une partie de l’Afrique (533). Mais l’Afrique byzan­tine n’est plus l’Afrique romaine. Depuis deux siècles, ce malheureux pays était la proie de l’anarchie ; tous les ferments de désorganisation et de destruction économi­que s’étaient rassemblés. Depuis le débarquement des Vandales (429), la plus grande partie des anciennes provinces échappait à l’administration des États héritiers de Rome. Le royaume vandale, en Afrique, ne s’étendait qu’à la Tunisie actuelle et à une faible partie de l’Algérie orientale limitée au sud par l’Aurès et à l’est par le méridien de Constantine.

Dès la fin du règne de Thrasamond, vers 520, les nomades chameliers du groupe zénète pénètrent en Byzacène sous la conduite de Cabaon [3]. À partir de cette date, Vandales puis Byzantins doivent lutter sans cesse contre leurs incursions.

Le poème épique du dernier écrivain latin d’Afrique, la Johannide de Corippus, raconte les combats que le commandant des forces byzantines, Jean Troglita, dut conduire contre ces terribles adversaires alliés aux Maures de l’intérieur. Ces Berbères Laguantan ( = Levathae = Louata) sont restés païens. Ils adorent un dieu représenté par un taureau nommé Gurzil et un dieu guerrier, Sinifere [4]. Leurs chameaux, qui effrayent les chevaux de la cavalerie byzantine, sont disposés en cercle et protègent ainsi femmes et enfants qui suivent les nomades dans leurs déplacements.

Du reste de l’Afrique, celle que C. Courtois avait appelée l’Afrique oubliée, et qui correspond, en gros, aux anciennes Maurétanies, nous ne connaissons, pour cette période de deux siècles, que des noms de chefs, de rares monuments funéraires (Djedars près de Saïda, Gour près de Meknès) et les célèbres inscriptions de Masties, à Arris (Aurès), qui s’était proclamé empereur, et de Masuna, « roi des tribus maures et des Romains » à Altava (Oranie). On devine, à travers les bribes transmises par les historiens comme Procope et par le contenu même de ces inscriptions, que l’insé­curité n’était pas moindre dans ces régions « libérées » [5].

Les querelles théologiques sont un autre ferment de désordre, elles ne furent pas moins fortes chez les Chrétiens d’Afrique que chez ceux d’Orient. L’Église, qui avait eu tant de mal à lutter contre le schisme donatiste, est affaiblie, dans le royau­me vandale, par les persécutions, car l’arianisme est devenu religion d’État. L’ortho­doxie triomphe certes à nouveau dès le règne d’Hildéric. Les listes épiscopales du Concile de 525 révèlent combien l’Église africaine avait souffert pendant le siècle qui suivit la mort de Saint Augustin. Non seulement de nombreux évêchés semblent avoir déjà disparu, mais surtout le particularisme provincial et le repliement accom­pagnent la rupture de l’État romain.

La reconquête byzantine fut, en ce domaine, encore plus désastreuse [6]. Elle réintroduisit en Afrique de nouvelles querelles sur la nature du Christ : le Monophysisme et la querelle des Trois Chapitres, sous Justinien, ouvrent la période byzantine en Afrique ; la tentative de conciliation proposée par Héraclius, le Monothélisme, à son tour condamné comme une nouvelle hérésie, clôt cette même période. Alors même que la conquête arabe est commencée, une nouvelle querelle, née de l’initiative de l’empereur Constant II, celle du Type, déchire encore l’Afrique chrétienne (648).

En même temps s’accroît la complexité sociologique, voire ethnique, du pays. Aux romano-africains des villes et des campagnes, parfois très méridionales (comme la société paysanne que font connaître les « Tablettes Albertini », archives notariales sur bois de cèdre, trouvées à une centaine de kilomètres au Sud de Tébessa) [7] et aux Maures non romanisés issus des gentes paléoberbères, se sont ajoutés les nomades « zénètes », les Laguantan et leurs émules, les débris du peuple vandale, le corps expéditionnaire et les administrateurs byzantins qui sont des Orientaux. Cette socié­té devient de plus en plus cloisonnée dans un pays où s’estompe la notion même de l’État.

C’est dans un pays désorganisé, appauvri et déchiré qu’apparaissent, au milieu du VIIe siècle, les conquérants arabes.

La conquête arabe

La conquête arabe, on le sait, ne fut pas une tentative de colonisation, c’est-à-dire une entreprise de peuplement. Elle se présente comme une suite d’opérations exclusivement militaires, dans lesquelles le goût du lucre se mêlait facilement à l’esprit missionnaire. Contrairement à une image très répandue dans les manuels scolaires, cette conquête ne fut pas le résultat d’une chevauchée héroïque, balayant toute opposition d’un simple revers de sabre.

Le Prophète meurt en 632 ; dix ans plus tard les armées du Calife occupaient l’Égypte et la Cyrénaïque (l’Antâbulus, corruption de Pentapolis). En 643, elles pénètrent en Tripolitaine, ayant Amrû ben al-Aç à leur tête. Sous les ordres d’Ibn Sâ’d, gouverneur d’Égypte, un raid est dirigé sur les confins de l’Ifriqîya (déforma­tion arabe du nom de l’ancienne Africa), alors en proie à des convulsions entre Byzantins et Berbères révoltés et entre Byzantins eux-mêmes. Cette opération révéla à la fois la richesse du pays et ses faiblesses. Elle alluma d’ardentes convoitises. L’historien En-Noweiri décrit avec quelle facilité fut levée une petite armée, composée de contingents fournis par la plupart des tribus arabes, qui partit de Médine en octobre 647. Cette troupe ne devait pas dépasser 5 000 hommes, mais en Égypte, Ibn Sâ’d, qui en prit le commandement, lui adjoignit un corps levé sur place qui porta à 20 000 le nombre de combattants musulmans. Le choc décisif contre les « Roms » (Byzantins) commandés par le patrice Grégoire eut lieu près de Suffetula (Sbeitla), en Tunisie. Grégoire fut tué. Mais, ayant pillé le plat pays et obtenu un tribut consi­dérable des cités de Byzacène, les Arabes se retirèrent satisfaits en 648. L’opération n’avait pas eu d’autre but. Elle aurait duré quatorze mois.

La conquête véritable ne fut entreprise que sous le calife Moawia, qui confia le commandement d’une nouvelle armée à Moawia ibn Hodeidj en 666. Trois ans plus tard semble-t-il [8], Oqba ben Nafê fonde la place de Kairouan, première ville musul­mane au Maghreb. D’après les récits, transmis avec de nombreuses variantes par les auteurs arabes, Oqba multiplia, au cours de son second gouvernement, les raids vers l’Ouest, s’empara de villes importantes, comme Lambèse qui avait été le siège de la IIIe Légion et la capitale de la Numidie romaine. Il se dirigea ensuite vers Tahert, près de la moderne Tiaret, puis atteignit Tanger, où un certain Yuliân (Julianus) lui décrivit les Berbères du Sous (Sud marocain) sous un jour fort peu sympathique : « C’est, disait-il, un peuple sans religion, ils mangent des cadavres, boivent le sang de leurs bestiaux, vivent comme des animaux car ils ne croient pas en Dieu et ne le connaissent même pas ». Oqba en fit un massacre prodigieux et s’empara de leurs femmes qui étaient d’une beauté sans égale. Puis Oqba pénétra à cheval dans l’Atlantique, prenant Dieu à témoin « qu’il n’y avait plus d’ennemis de la religion à combattre ni d’infidèles à tuer »[9].

Ce récit, en grande partie légendaire, doublé par d’autres qui font aller Oqba jusqu’au fin fond du Fezzan avant de combattre dans l’extrême Occident, fait bon marché de la résistance rencontrée par ces expéditions. Celle d’Oqba finit même par un désastre qui compromit pendant cinq ans la domination arabe en Ifriqîya. Le chef berbère Koceila, un Aouréba donc un Brânis, déjà converti à l’Islam, donna le signal de la révolte. La troupe d’Oqba fut écrasée sur le chemin du retour, au Sud de l’Aurès [10], et lui-même fut tué à Tehuda, près de la ville qui porte son nom et renferme son tombeau, Sidi Oqba. Koceila marcha sur Kairouan et s’empara de la cité. Ce qui restait de l’armée musulmane se retira jusqu’en Cyrénaïque. Campagnes et expédi­tions se succèdent presque annuellement. Koceila meurt en 686, Carthage n’est prise par les Musulmans qu’en 693 et Tunis fondée en 698. Pendant quelques années, la résistance fut conduite par une femme, une Djeraoua, une des tribus zénètes maîtresses de l’Aurès. Cette femme, qui se nommait Dihya, est plus connue sous le sobriquet que lui donnèrent les Arabes : la Kahina (la « devineresse »). Sa mort, vers 700 [11], peut être considérée comme la fin de la résistance armée des Berbères contre les Arabes. De fait, lorsqu’en 711 Tarîq traverse le détroit auquel il a laissé son nom (Djebel el Tarîq : Gibraltar) pour conquérir l’Espagne, son armée est essen­tiellement composée de contingents berbères, de Maures.

En bref, les conquérants arabes, peu nombreux mais vaillants, ne trouvèrent pas en face d’eux un État prêt à résister à une invasion, mais des opposants succes­sifs : le patrice byzantin, puis les chefs berbères [12], principautés après royaumes, tribus après confédérations. Quant à la population romano-africaine, les Afariq, enfermée dans les murs de ses villes, bien que fort nombreuse, elle n’a ni la possibi­lité ni la volonté de résister longtemps à ces nouveaux maîtres envoyés par Dieu. La capitation imposée par les Arabes, le Kharadj, n’était guère plus lourde que les exigences du fisc byzantin, et, au début du moins, sa perception apparaissait plus comme une contribution exceptionnelle aux malheurs de la guerre que comme une imposition permanente. Quant aux pillages et aux prises de butin des cavaliers d’Allah, ils n’étaient ni plus ni moins insupportables que ceux pratiqués par les Maures depuis deux siècles. L’Afrique fut donc conquise, mais comment fut-elle is­lamisée puis arabisée ?

Les voies de la conversion

Nous avons dit qu’il fallait distinguer l’islamisation de l’arabisation. De fait, la première se fit à un rythme bien plus rapide que la seconde. La Berbérie devient musulmane en moins de deux siècles (VIIe-VIIIe siècles), alors qu’elle n’est pas encore aujourd’hui entièrement arabisée, treize siècles après la première conquête arabe.

L’islamisation et la toute première arabisation furent d’abord citadines [13]. La religion des conquérants s’implanta dans les villes anciennes que visitaient des missionnaires guerriers puis des docteurs voyageurs, rompus aux discussions théolo­giques. La création de villes nouvelles, véritables centres religieux comme Kairouan, première fondation musulmane (670), et Fez, création d’Idriss II (809), contribua à implanter solidement l’Islam aux deux extrémités du pays.

La conversion des Berbères des campagnes, sanhadja ou zénètes, se fit plus mystérieusement. Ils étaient certes préparés au monothéisme absolu de l’Islam par le développement récent du christianisme mais aussi par un certain prosélytisme judaï­que dans les tribus nomades du Sud.

De plus, comme aux chrétiens orientaux, l’Islam devait paraître aux Africains plus comme une hérésie chrétienne (il y en avait tant !) que comme une nouvelle religion ; cette indifférence relative expliquerait les fréquentes « apostasies » certai­nement liées aux fluctuations politiques [14].

Quoi qu’il en soit, la conversion des chefs de fédérations, souvent plus pour des raisons politiques que par conviction, répandit l’Islam dans le peuple. Les contin­gents berbères, conduits par ces chefs dans de fructueuses conquêtes faites au nom de l’Islam, furent amenés tout naturellement à la conversion.

La pratique des otages pris parmi les fils de princes ou de chefs de tribus peut avoir également contribué au progrès de l’Islam. Ces enfants islamisés et arabisés, de retour chez leurs contribules, devenaient des modèles car ils étaient auréolés du prestige que donne une culture supérieure.

Très efficaces bien que dangereux pour l’orthodoxie musulmane avaient été, dans les premiers siècles de l’Islam, les missionnaires kharédjites venus d’Orient qui, tout en répandant l’Islam dans les tribus surtout zénètes, « séparèrent » une partie des Berbères des autres musulmans. Si le schisme kharédjite ensanglanta le Maghreb à plusieurs reprises, il eut le mérite de conserver à toutes les époques, la nôtre com­prise, une force religieuse minoritaire mais exemplaire par la rigueur de sa foi et l’austérité de ses mœurs.

Autres missionnaires et grands voyageurs : les « daï » chargés de répandre la doctrine chiite. Il faut dire qu’en ces époques qui, en Europe comme en Afrique, nous paraissent condamnées à une vie concentrationnaire en raison de l’insécurité, les clercs voyagent beaucoup et fort loin. Ils s’instruisent auprès des plus célèbres docteurs, se mettant délibérément à leur service, jusqu’au jour où ils prennent conscience de leur savoir, de leur autorité, et deviennent maîtres à leur tour, élabo­rant parfois une nouvelle doctrine. Ce fut, entre autres, l’histoire d’Ibn Toumert, fon­dateur du mouvement almohade (1120) qui donna naissance à un empire.

Pour gagner le cœur des populations, dans les villes et surtout les campagnes, les missionnaires musulmans eurent recours surtout à l’exemple. Il fallait montrer à ces Maghrébins, dont la religiosité fut toujours très profonde, ce qu’était la vraie communauté des Défenseurs de la Foi.

Le ribât en fut l’exemple achevé [15]. Ce fut à la fois un couvent et une gar­nison, base d’opération contre les infidèles ou les hérétiques. Le ribât peut être implanté n’importe où, sur le littoral ou à l’intérieur des terres, comme le Ribât Taza, partout où la défense de la Foi l’exige. Les moines-soldats qui occupent ces châteaux s’entraînent au combat et s’instruisent aux sources de l’orthodoxie la plus rigoureu­se. L’âge d’or des ribâts fut le IXe siècle, en Ifriqîya, où les fondations pieuses des émirs aghlabites se multiplient de Tripoli à Bizerte, particulièrement sur les côtes dé l’ancienne Byzacène. Le ribât de Monastir, le plus célèbre (il suffisait d’avoir tenu garnison pendant trois jours pour gagner le paradis !), fut construit en 796, celui de Sousse en 821. À l’autre extrémité du Maghreb, sur la côte atlantique, une autre concentration de ribâts assure la défense de l’Islam sur le plan militaire et sur celui de l’orthodoxie, aussi bien contre les pillards normands que contre les hérétiques Bargwarta. L’un d’eux, de fondation assez tardive par l’almohade Yaqoub el-Mansour, devait devenir la capitale du royaume chérifien en conservant le nom de Rabat. Arcila, au nord, Safi, Qoûz et surtout Massât, au sud, complètent la défense littorale du Maghreb el-Aqsa.

Ces morabitoûn sont aussi des « ibad », hommes de prière ; les gens des ribâts savent, le cas échéant, devenir des réformateurs zélés et efficaces. Ceux qui parmi les Lemtouna et les Guezoula, tribus sanhadja du Sahara occidental, avaient sous la férule d’Ibn Yasin fondé un ribât dans une île du Sénégal, furent, au début du XIe siècle, à l’origine de l’empire almoravide dont le nom est une déformation hispani­que de morabitoûn.

Dans les zones non menacées, le ribât perdit son caractère militaire pour deve­nir le siège de religieux très respectés. Des confréries, qu’il serait exagéré d’assimiler aux ordres religieux chrétiens, s’organisèrent, aux époques récentes, en prenant appui sur des centres d’études religieuses, les zaouïas, qui sont les héritiers des anciens ribâts. Ce mouvement, souvent mêlé de mysticisme populaire, est lié au maraboutisme, autre mot dérivé du ribât. Le maraboutisme contribua grandement à achever l’islamisation des campagnes, au prix de quelques concessions secondaires à des pratiques antéislamiques qui n’entament pas la foi du croyant.

Il fut cependant des parties de la Berbérie où l’Islam ne pénétra que tardive­ment, non pas dans les groupes compacts des sédentaires montagnards qui, au contraire, jouèrent très vite un rôle important dans l’Islam maghrébin, comme les Ketama de Petite Kabylie ou les Masmouda de l’Atlas marocain, mais chez les grands nomades du lointain Hoggar et du Sahara méridional. Il semble qu’il y eut, chez les Touareg, si on en croit leur tradition, une islamisation très précoce, œuvre des Sohâba (Compagnons du Prophète) ; mais cette islamisation, si elle n’est pas légen­daire, n’eut guère de conséquence, et l’idolâtrie subsista jusqu’à ce que des mission­naires réintroduisent l’Islam au Hoggar, sans grand succès semble-t-il. En fait la véri­table islamisation ne semble guère antérieure au XVe siècle.

Il est même un pays berbérophone qui ne fut jamais islamisé : Les îles Canaries, dont les habitants primitifs, les Guanches [16], étaient restés païens au moment de la conquête normande et espagnole, aux XIVe et XVe siècles.

L’islamisation des Berbères ne fit pas disparaître immédiatement toute trace de christianisme en Afrique. Les géographes et chroniqueurs arabes sont particulièrement discrets sur le maintien d’églises africaines quelques siècles après la conquête et la conversion massive (?) des Berbères ; ce n’est que récemment que les historiens se sont vraiment intéressés à cette question.

Les royaumes romano-africains qui s’étaient constitués pendant les époques vandale et byzantine étaient en majorité chrétiens. L’empereur Masties proclame son christianisme[17], le roi des Ucutamani, qui sont les Kotama des écrivains arabes, se dit « servus Dei » [18], les souverains qui se faisaient construire les im­posants Djedar, monuments funéraires de la région de Frenda [19], étaient aussi chrétiens, comme vraisemblablement Masuna, « roi des Maures et des Romains » en Maurétanie vers 508 et Mastinas, autre prince maure qui frappa peut-être monnaie vers 535 [20]. En fait, seuls des chefs nomades, comme Terna adorateur du taureau Gurzil [21], sont encore païens. Tout semble indiquer qu’une part importante des populations paléoberbères dans les anciennes provinces de l’empire romain est évangélisée au VIe siècle. Les villes ont laissé les témoignages les plus nombreux, on ne saurait s’en étonner : basiliques vastes et nombreuses, nécropoles, inscriptions funé­raires, en particulier la remarquable série de la lointaine Volubilis qui couvre la première moitié du VIIe siècle (595-655), celle d’Altava à peine plus ancienne (Ve siècle), celles encore de Pomaria ou d’Albulae, villes qui faisaient aussi partie du royaume de Masuna. On ne doit pas en tirer la conclusion que seule la population citadine était devenue chrétienne : de très modestes bourgades de Numidie, qui n’étaient en fait que de gros villages, possèdent leurs basiliques ; des textes précieux le montrent, tel que celui de Jean de Biclar[22] qui annonce la conversion, vers 570, de « gentes » qui, comme les Maccuritae, étaient restées païennes [23]. Faut-il s’éton­ner de ce qu’El-Bekri affirme qu’à l’époque byzantine les Berbères professaient le christianisme ? Le maintien de communautés chrétiennes en pleine période musul­mane, plusieurs siècles après la conquête, ne fait plus, aujourd’hui, aucun doute. Aux découvertes épigraphiques, telles les fameuses inscriptions funéraires de Kairouan, datées du XIe siècle [24], et celles des sépultures chrétiennes d’Aïn Zara et d’En Ngila en Tripolitaine[25], s’ajoute le commentaire de textes jusqu’alors quelque peu négligés. T. Lewiki a montré qu’il existait une forte communauté chrétienne parmi les Ibadites, d’abord dans le royaume rostémide de Tahert, ensuite à Ouargla[26]. Nous connaissons un évêché de Qastiliya dans le sud tunisien, tandis que la chan­cellerie pontificale conserve la correspondance du pape Grégoire VII avec les évêques africains au Xe siècle [27]. H. R. Idriss reconnaît le maintien de la célébra­tion de fêtes chrétiennes en Ifriqîya à l’époque ziride [28], et Ch. E. Dufourcq, repre­nant le texte d’El Bekri, rappelle l’existence d’une population chrétienne et d’une église à Tlemcen au Xe siècle et propose même de retrouver la mention de pèlerina­ges chrétiens auprès des « ribâts » dans la ville ruinée de Cherchel-Caesarea [29]. Fort justement le même auteur met en rapport la survivance du latin d’Afrique (al-Lâtini al-afarîq) avec le maintien du christianisme [30].

Ce n’est qu’au XIIe siècle que semblent disparaître les dernières communautés chrétiennes ; encore cette extinction paraît plus le fait d’une persécution que d’une disparition naturelle. Les califes almohades furent particulièrement intolérants. Après la prise de Tunis, Abd el-Moumen, en 1159, donne à choisir aux juifs et aux chrétiens entre se convertir à l’islam ou périr par le glaive. À la fin du siècle, son petit-fils, Abou Yousouf Yakoub el-Mansour se vantait de ce qu’aucune église chrétienne ne subsistait dans ses états [31].

Les mécanismes de l’arabisation

L’arabisation suivit d’autres voies, bien qu’elle fût préparée par l’obligation de prononcer en arabe les quelques phrases essentielles d’adhésion à l’islam. Pendant la première période (VIIe-XIe siècles), l’arabisation linguistique et culturelle fut d’abord essentiellement citadine. Plusieurs villes maghrébines de fondation an­cienne, Kairouan, Tunis, Tlemcen, Fès, ont conservé une langue assez classique, souvenir de cette première arabisation. Cet arabe citadin, en se chargeant de constructions diverses empruntées aux Berbères, s’est maintenu aussi, d’après W. Marçais, chez de vieux sédentaires ruraux comme les habitants du Sahel tunisien ou de la région maritime du Constantinois, ou encore les Traras et les Jebala du Rif oriental ; or, ces régions maritimes sont les débouchés de vieilles capitales régionales arabisées de longue date. Cette situation linguistique semble reproduire celle de la première arabisation [32]. Ailleurs, cette forme ancienne, dont on ignore quelle fut l’extension, fut submergée par une langue plus populaire, l’arabe bédouin, qui présente une certaine unité du Sud tunisien au Rio de Oro remontant largement vers le nord dans les plaines de l’Algérie centrale, d’Oranie et du Maroc. Cet arabe bédouin fut introduit au XIe siècle par les tribus hilaliennes car ce sont elles, en effet, qui ont véritablement arabisé une grande partie des Berbères.

Pour comprendre l’arrivée inattendue de ces tribus arabes bédouines, il nous faut remonter au Xe siècle, au moment où se déroulait, au Maghreb central d’abord, puis en Ifriqîya, une aventure prodigieuse et bien connue, celle de l’accession au cali­fat des Fatimides. Alors que les Berbères zénètes étendaient progressivement leur domination sur les Hautes-Plaines, les Berbères autochtones, les Sanhadja, conser­vaient les territoires montagneux de l’Algérie centrale et orientale. L’une de ces tribus qui, depuis l’époque romaine, occupait la Petite Kabylie, les Ketama[33], avait accueilli un missionnaire chiite, Abou Abd Allah, qui annonçait la venue de l’Imam « dirigé » ou Mahdi, descendant d’Ali et de Fatima. Abou Abd Allah s’établit d’abord à Tafrout, dans la région de Mila ; il organise une milice qui groupe ses pre­miers partisans, puis transforme Ikdjan, à l’est des Babors, en place forte. Se révélant un remarquable stratège et meneur d’hommes, il s’empare tour à tour de Sétif, Béja, Constantine. En mars 909, les Chiites sont maîtres de Kairouan et proclament Imam le Fatimide Obaïd Allah, encore prisonnier à l’autre bout du Maghreb central, dans la lointaine Sidjilmassa. Une expédition ketama, toujours conduite par l’infatigable Abou Abd Allah, le ramena triomphant à Kairouan, en décembre 909, non sans avoir, au passage, détruit les principautés kharedjites. La dynastie issue d’Obaïd Allah, celle des Fatimides, réussit donc un moment à contrôler la plus grande partie de l’Afrique du Nord, mais de terribles révoltes secouent le pays. La plus grave fut celle des Kharedjites, menée par Mahlad ben Kaydâd dit Abou Yazid, « l’homme à l’âne ». Mais la dynastie fut une nouvelle fois sauvée par l’intervention des Sanhadja du Maghreb central, sous la conduite de Ziri. Aussi, lorsque les Fatimides, après avoir conquis l’Égypte avec l’aide des Sanhadja, établissent leur capitale au Caire (973), ils laissent le gouvernement du Maghreb à leur lieutenant Bologgin, fils de Ziri. De cette décision, qui paraissait sage et qui laissait la direction du pays à une dynastie berbère, devait naître la pire catastrophe que connut le Maghreb.

En trois générations, les Zirides relâchent leurs liens de vassalité à l’égard du calife fatimide. En 1045, El-Moezz rejeta le chiisme qui n’avait pas été accepté par la majorité de ses sujets et proclame la suprématie du calife abbasside de Bagdad. Pour punir cette sécession, le Fatimide « donna » le Maghreb aux tribus arabes trop turbu­lentes qui avaient émigré de Syrie et d’Arabie nomadisant dans le Sais, en Haute Égypte. Certaines de ces tribus se rattachaient à un ancêtre commun, Hilal, d’où le nom d’invasion hilalienne donnée à cette nouvelle immigration orientale en Afrique du Nord. Les Béni Hilal, bientôt suivis des Béni Soleim, pénètrent en Ifriqîya en 1051. À vrai dire, l’énumération de ces tribus et fractions est assez longue mais relati­vement bien connue, grâce au récit d’Ibn Khaldoun et à une littérature populaire appuyée sur une tradition orale encore bien vivante, véritable chanson de geste connue sous le nom de Taghribât Bani Hilal (la marche vers l’ouest des Béni Hilal). Il y avait deux groupes principaux, le premier formé des tribus Zoghba, Athbej, Ryâh, Djochem, Rebia et Adi se rattachait à Hilal, le second groupe constituait les Béni Soleïm. À ce flot d’envahisseurs succéda, quelques décennies plus tard, un groupe d’Arabes yéménites, les Ma’qil, qui suivirent leur voie propre, plus méridionale et atteignirent le Sud marocain et le Sahara occidental. Des groupes juifs nomades semblent bien avoir accompagné ces bédouins et contribuèrent à renforcer les communautés judaïques du Maghreb [34], dont l’essentiel était d’origine zénète.

On aurait tort d’imaginer l’arrivée de ces tribus comme une armée en marche occupant méticuleusement le terrain et combattant dans une guerre sans merci les Zirides, puis leurs cousins, les Hammadites, qui avaient organisé un royaume distinct en Algérie. Il serait faux également de croire qu’il y eut entre Arabes enva­hisseurs et Berbères une confrontation totale, de type racial ou national. Les tribus qui pénètrent au Maghreb occupent le pays ouvert, regroupent leurs forces pour s’emparer des villes qu’elles pillent systématiquement, puis se dispersent à nouveau, portant plus loin pillage et désolation.

Les princes berbères, Zirides, Hammadites, plus tard Almohades, et Mérinides, n’hésitent pas à utiliser la force militaire, toujours disponible, que constituent ces nomades qui, de proche en proche, pénètrent ainsi plus avant dans les campagnes maghrébines.

Dès l’arrivée des Arabes bédouins, les souverains berbères songent à utiliser cette force nouvelle dans leurs luttes intestines. Ainsi, loin de s’inquiéter de la péné­tration des Hilaliens, le sultan ziride recherche leur alliance pour combattre ses cousins hammadides et donne une de ses filles en mariage au cheikh des Ryâh, ce qui n’empêche pas ces mêmes Arabes de battre par deux fois, en 1050 à Haïdra et en 1052 à Kairouan, les armées zirides et d’envahir l’Ifriqîya, bientôt entièrement soumise à l’anarchie. Des chefs arabes en profitent pour se tailler de minuscules royaumes aussi éphémères que restreints territorialement ; tels sont les émirats de Gabès et de Carthage, dès la fin du XIe siècle. Parallèlement, les Hammadides obtiennent le concours des Athbej qui combattent leur cousin Ryâh, comme eux-mêmes luttent contre leurs cousins zirides.

En 1152, un siècle après l’arrivée des premiers contingents bédouins, les Béni Hilal se regroupent pour faire face à la puissance grandissante des Almohades, maîtres du Maghreb el-Aqsa et de la plus grande partie du Maghreb central, mais il est trop tard et ils sont écrasés à la bataille de Sétif. Paradoxalement, cette défaite n’entrave pas leur expansion, elle en modifie seulement le processus. Les Almoha­des, successeurs d’Abd el-Moumen, n’hésitent pas à utiliser leurs contingents et, fait plus grave de conséquences, ils ordonnent la déportation de nombreuses fractions Ryâh, Athbej et Djochem dans diverses provinces du Maghreb el-Aqsa, dans le Haouz et les plaines atlantiques qui sont ainsi arabisés.

Tandis que s’écroule l’empire almohade, les Hafsides acquièrent leur indépen­dance en Ifriqîya et s’assurent le concours des Kooûb, l’une des principales fractions des Soleïm. Au même moment, le zénète Yaghmorasen fonde le royaume abd-el-wadide de Tlemcen avec l’appui des Arabes Zorba. D’autres Berbères zénètes, les Béni Merin, chassent les derniers Almohades de Fez (1248). La nouvelle dynastie s’appuya sur des familles arabes déportées au Maroc par les Almohades. Pendant plus d’un siècle, le maghzen mérinide fut ainsi recruté chez les Khlot.

Partout ces contingents arabes, introduits parfois contre leur volonté dans des régions nouvelles ou établis à la tête de populations agricoles dont le genre de vie ne résiste pas longtemps à leurs déprédations, provoquent inexorablement le déclin des campagnes. Mais bien qu’ils aient pillé Kairouan, Mendia, Tunis et les principales villes d’Ifriqîya, bien que Ibn Khaldoun les ait dépeints comme une armée de saute­relles détruisant tout sur son passage, Béni Hilal, Béni Soleïm et plus tard Béni Ma’qil furent bien plus dangereux par les ferments d’anarchie qu’ils introduisirent au Maghreb que par leurs propres déprédations.

C’est une étrange et à vrai dire assez merveilleuse histoire que la transforma­tion ethno-sociologique d’une population de plusieurs millions de Berbères par quel­ques dizaines de milliers de Bédouins. On ne saurait, en effet, exagérer l’importance numérique des Béni Hilal ; quel que soit le nombre de ceux qui se croient leurs descendants, ils étaient, au moment de leur apparition en Ifriqîya et au Maghreb, tout au plus quelques dizaines de milliers. Les apports successifs des Béni Soleïm, puis des Ma’qil qui s’établirent dans le Sud du Maroc, ne portèrent pas à plus de cent mille les individus de sang arabe qui pénétrèrent en Afrique du Nord au XIe siècle. Les Vandales, lorsqu’ils franchirent le détroit de Gibraltar pour débarquer sur les côtes d’Afrique, en mai 429, étaient au nombre de 80 000, (peut-être le double si les chiffres donnés par Victor de Vita ne concernent que les hommes et les enfants de sexe mâle). C’est dire que l’importance numérique des deux invasions est sensible­ment équivalente. Or que reste-t-il de l’emprise vandale en Afrique deux siècles plus tard ? Rien. La conquête byzantine a gommé purement et simplement la présence vandale, dont on rechercherait en vain les descendants ou ceux qui prétendraient en descendre. Considérons maintenant les conséquences de l’arrivée des Arabes hilaliens du XIe siècle : la Berbérie s’est en grande partie arabisée et les États du Maghreb se considèrent comme des États arabes.

Ce n’est, bien entendu, ni la fécondité des Béni Hilal, ni l’extermination des Berbères dans les plaines qui expliquent cette profonde arabisation culturelle et linguistique.

Les tribus bédouines ont, en premier lieu, porté un nouveau coup à la vie sé­dentaire par leurs déprédations et les menaces qu’elles font planer sur les campagnes ouvertes. Elles renforcent ainsi l’action dissolvante des nomades « néo-berbères » zénètes qui avaient, dès le VIe siècle, pénétré en Africa et en Numidie. Précurseurs des Hilaliens, ces nomades zénètes furent facilement assimilés par les nouveaux venus. Ainsi les contingents nomades arabes, qui parlaient la langue sacrée et en tiraient un grand prestige, loin d’être absorbés culturellement par la masse berbère nomade, l’attirèrent à eux et l’adoptèrent.

L’identité des genres de vie facilita la fusion. Il était tentant pour les nomades berbères de se dire aussi arabes et d’y gagner la considération et le statut de conqué­rant, voir de chérif, c’est-à-dire descendant du Prophète. L’assimilation était encore facilitée par une fiction juridique : lorsqu’un groupe devient le client d’une famille arabe, il a le droit de prendre le nom de son patron comme s’il s’agissait d’une sorte d’adoption collective. L’existence de pratiques analogues, chez les Berbères eux-mêmes, facilitait encore le processus. L’épisode bien connu de la Kahéna adoptant comme troisième fils son prisonnier arabe Khaled est un bon exemple de ce procédé [35].

La compénétration des groupes berbères et arabes nomades ou semi-nomades fut telle que le phénomène inverse, celui de la berbérisation de fractions arabes ou se disant arabes, a pu être parfois noté. Nous citerons à titre d’exemple, qui est loin d’être isolé, le cas de la tribu arabe des Béni Mhamed inféodée à l’un des « khoms » (celui des Ounebgi) de la puissante confédération des Aït Atta [36].

L’arabisation gagna donc en premier lieu les tribus berbères nomades et particulièrement les Zénètes. Elle fut si complète qu’il ne subsiste plus, aujourd’hui, de dialectes zénètes nomades ; ceux qui ont encore une certaine vitalité sont parlés par des Zénètes fixés soit dans les montagnes (Ouarsenis), soit dans les oasis du Sahara septentrional (Mzab).

Avant le XVe siècle, les puissants groupes berbères nomades Hawara de Tunisie centrale et septentrionale sont déjà complètement arabisés et se sont assimilés aux Soleïm ; comme le note W. Marçais, dès cette époque la Tunisie a acquis ses caractè­res ethniques et linguistiques actuels ; c’est le pays le plus arabisé du Maghreb [37]. Au Maghreb central, les Berbères du groupe Sanhadja, longtemps dominants, sont de plus en plus supplantés par les tribus zénètes arabisées ou en voie d’arabisation qui, entre autres, fondent le royaume abd-el-wadite de Tlemcen, tandis que d’autres Zénètes, les Béni Merin, évincent les derniers Almohades du Maroc.

Un autre facteur d’arabisation qui fut moins souvent retenu par les historiens du Maghreb est l’extinction des tribus qui, ayant joué un rôle important, ont vu fondre leurs effectifs au cours des combats incessants ou d’expéditions lointaines. J’avais attiré l’attention, voilà quelques années, sur le cas des Ketama de Petite Kabylie ; solidement implantés dans leur région montagneuse, ils contribuèrent, nous l’avons vu, à fonder l’empire fatimide, firent des expéditions dans toutes les directions : Ifriqîya, Sidjilmassa, Maghreb el-Aqsa, puis Sicile et Égypte, le tout entrecoupé par une coûteuse rébellion contre le calife qu’ils avaient établi. Dispersés dans les garnisons, décimés par les guerres, les Ketama disparaissent comme dans une trappe ; aujourd’hui leur pays, depuis le massif des Babors jusqu’à la frontière tunisienne, est profondément arabisé [38].

À la concordance des genres de vie entre groupes nomades, puissant facteur d’arabisation, s’ajoute, nous l’avons vu, le jeu politique des souverains berbères qui n’hésitent pas à utiliser la mobilité et la force militaire des nouveaux venus contre leurs frères de race. Par la double pression des migrations pastorales et des actions guerrières accompagnées de pillages, d’incendies ou de simples chapardages, la marée nomade qui, désormais, s’identifie, dans la plus grande partie du Maghreb, avec l’arabisme bédouin, s’étend sans cesse, gangrène les États, efface la vie séden­taire des plaines. Les régions berbérophones se réduisent pour l’essentiel à des îlots montagneux.

Le paradoxe maghrébin

Mais ce schéma est trop tranché pour être exact dans le détail. On ne peut faire subir une telle dichotomie à la réalité humaine du Maghreb. Les Nomades ne sont pas tous arabisés : il subsiste de vastes régions parcourues par des nomades berbéro­phones. Tout le Sahara central et méridional, dans trois États (Algérie, Mali, Niger), est contrôlé par eux. Dans le Sud marocain, l’importante confédération des Aït Atta, centrée sur le Jbel Sarho, maintient un semi-nomadisme berbère entre les groupes arabes du Tafïlalet, d’où est issue la dynastie chérifienne, et les nomades Regueibat du Sahara occidental qui se disent descendre des tribus arabes Ma’qil. Il faut égale­ment tenir compte des petits nomades du groupe Braber du Moyen Atlas : Zaïan, Béni M’Guild, Aït Seghouchen...

Le berbère n’est donc pas exclusivement un parler de sédentaire, ce n’est pas non plus une langue exclusivement montagnarde. Une île aussi plate que Jerba, les villes de la Pentapole mzabite, les oasis du Touat et du Gourara, les immenses plai­nes sahéliennes fréquentées par les Touareg Kel Grès, Kel Dinnik, Oullimiden, sont des zones berbérophones au même titre que les massifs marocains ou la montagne kabyle.

Il ne faut pas non plus imaginer que tous les Arabes, au Maghreb, sont exclusi­vement nomades

publié par Hafit Zaouche dans: aokas
Lundi 20 Février 2006

SEIGNEUR,

Je vois bien par la procédure de Lélius que la Fortune n'est pas encore lasse de me persécuter: qu'après avoir en une même journée perdu ma couronne, mon mari et ma liberté, et que par le caprice de cette inconstante, j'ai en ce même jour retrouvé ma liberté, un illustre mari et une couronne; je vois bien, dis-je, qu'après de si étranges événements, elle s'apprête encore à me faire perdre toutes ces choses. Lélius en me regardant, a sans doute jugé que j'étais assez bien faite pour honorer le triomphe de Scipion**, et pour suivre son char. J'ai vu dans ses yeux l'image qu'il portait en l'âme, et le dessein qu'il avait dans le cœur: mais il n'a peut-être pas découvert celui que j'ai dans le mien. Il ne sait pas que le désir de la liberté est de beaucoup plus puissant en moi que celui de la vie, et que pour conserver la première, je suis capable de perdre l'autre avec joie. Oui, je m'aperçois bien, mon cher Massinisse*, que vous allez avoir de forts ennemis à combattre: l'austérité de l'humeur de Scipion, se joignant à l'austérité romaine, le portera sans doute à vous faire une aigre réprimande: il trouvera étrange que le propre jour de la victoire, et le propre jour que vous avez repris la couronne qui vous appartenait, vous ayez songé à des noces, et choisi pour femme, non seulement celle de votre ennemi, mais une captive, une Carthaginoise, fille d'Asdrubal et ennemie de Rome. Souvenez-vous toutefois, Seigneur, que vous ne devez pas me regarder en cette occasion, ni comme femme de Siphax, ni comme captive, ni comme Carthaginoise, ni comme fille d'Asdrubal, ni comme ennemie de Rome, bien que je fasse gloire de l'être, mais comme femme de l'illustre Massinisse. Souvenez-vous aussi que je n'ai consenti à recevoir cet honneur qu'après que vous m'avez eu promis que je ne tomberais point au pouvoir des Romains: vous m'avez engagé votre parole, songez donc à n'y manquer pas. Je ne demande point que vous vous exposiez à perdre l'amitié du Sénat pour me conserver, puisque votre malheur a fait que vous en avez besoin; mais je veux seulement, que suivant ce que vous m'avez juré, vous m'empêchiez de tomber vive sous le pouvoir de Scipion. Je ne doute point que Siphax en l'état qu'il est, ne die à son vainqueur que c'est moi qui suis cause de son infortune, que c'est moi qui l'ai chargé de fers, que c'est moi qui l'ai fait ami de Carthage, et ennemi de Rome. Oui, généreux Massinisse, j'avoue toutes ces choses; et si je pouvais vous dérober aux Romains, je m'estimerais heureuse, et croirais que ma mort serait véritablement digne de la fille d'Asdrubal. Pardonnez-moi, mon cher Massinisse, si je vous parle avec tant de hardiesse; mais comme c'est peut-être la dernière fois que je vous verrai jamais, je serai bien aise de vous dire quels ont toujours été mes sentiments afin que, par la connaissance que vous aurez de l'aversion que j'ai toujours eue pour la servitude, vous vous portiez plus aisément à songer à ma liberté. Aussitôt que j'eus ouvert les yeux à la lumière, la première chose que j'appris fut qu'il y avait un peuple, qui sans aucun droit que celui que le fort impose au faible, voulait se rendre maître de tous les autres; et tant que mon enfance dura, je n'entendis parler que des triomphes des Romains, des rois qu'ils avaient enchaînés, des illustres captifs qu'ils avaient faits, de la misère de ces malheureux et de toutes les choses qui se font en ces funestes spectacles où l'orgueil des Romains fait consister le plus noble fruit de leurs victoires. Ces images s'imprimèrent si avant dans ma fantaisie que rien ne les en a jamais pu chasser. Depuis cela, devenant plus raisonnable avec l'âge, j'ai encore eu plus d'aversion pour cette Aigle Romaine qui ne vit que des rapines qu'elle fait, et qui ne vole sur la tête des rois que pour leur enlever leurs couronnes. On me dira peut-être que les Romains donnent autant de royaumes qu'ils en usurpent, et qu'ils font autant de rois qu'ils en attachent à leur char; mais mon cher Massinisse, si vous voulez bien considérer les choses, vous trouverez qu'ils ne donnent des sceptres que pour avoir de plus illustres esclaves, et que s'ils mettent des couronnes sur la tête de leurs vassaux, ce n'est que pour avoir le plaisir de les voir mettre à leurs pieds, lorsque par leurs ordres ils vont leur en rendre hommage. La vanité est l'âme de cette nation: c'est la seule chose qui la fait agir. Ce n'est que pour cela qu'elle fait des conquêtes, qu'elle usurpe des royaumes, qu'elle désole toute la terre, et que non contente d'être maîtresse absolue de cette grande partie de l'univers qui est de son continent, elle passe les mers pour venir troubler notre repos. Car si le seul désir d'agrandir ses limites, et d'accroître ses richesses, la portait à faire la guerre, elle se contenterait de renverser des trônes, et de faire mourir ceux qui les possédaient légitimement; mais comme le seul orgueil la fait agir, il faut qu'un simple bourgeois de Rome, pour sa gloire, et pour le divertissement du peuple, traîne des rois enchaînés après son char de triomphe. O Dieux! est-il possible qu'il se trouve des vainqueurs assez inhumains pour cela! Et est-il possible qu'il se trouve des rois vaincus assez lâches pour endurer une si cruelle chose? Oui sans doute, et trop d'exemples de cette sorte ont fait connaître que tous les princes ne sont pas généreux. Cependant il est certain que des fers et des couronnes, des sceptres et des chaînes, sont des choses que l'on ne devrait jamais voir ensemble: un char traîné par des éléphants ne devrait point être suivi par des rois, et des rois attachés comme des criminels, à qui on ne laisse les marques de la royauté que pour marquer leur honte et la gloire de leur vainqueur. Mais quelle gloire peut avoir celui qui triomphe de cette sorte? car si ceux qu'il a vaincus sont des lâches (comme il y a grande apparence puisqu'ils vivent), ce n'est pas un juste sujet de vanité que de les avoir surmontés. Que si ces infortunés ont témoigné du cœur en leur défaite, il y a beaucoup d'inhumanité à celui qui traite de cette sorte des princes qui n'ont fait autre chose que de défendre leur couronne, leurs pays, leurs femmes, leurs enfants, leurs sujets et leurs Dieux domestiques. Que si pour la gloire de leurs vainqueurs, et pour le plaisir du peuple, ils voulaient des triomphes, il leur eût été plus glorieux de faire porter les armes des ennemis qu'ils avaient tués de leur main, que de se faire suivre par des rois qu'ils n'ont pas combattus. Des chars tout remplis d'armes rompues, de boucliers, de dards, de javelines, et d'enseignes prises sur leurs adversaires, feraient un spectacle moins funeste et plus agréable aux yeux du peuple. Mais Dieux ! est-il possible que des rois soient destinés à une chose si infâme? que ce même peuple, à qui on donne pour divertissement des combats de gladiateurs, et de bêtes sauvages, soit encore la cause de cette funeste cérémonie, et qu'il tire ses plaisirs de la honte et de l'infortune des rois? qu'il faille que ceux qui trouvent de la volupté à voir [s']entre-tuer, par une brutalité horrible, quatre mille hommes en un même jour, et qui trouvent leur félicité à voir [s']entre-dévorer des tigres et des lions; est-il possible (dis-je) que ce soit pour ce même peuple que l'on traîne des rois accablés de fers ? Pour moi, mon cher Massinisse, je trouve quelque chose de si étrange à cette sorte de triomphe que je doute s'il est plus honteux aux vaincus qu'aux victorieux, et en mon particulier, je sais bien que je ne ferais ni l'un ni l'autre. Jugez donc, mon cher Massinisse, si une personne qui ne voudrait pas entrer à Rome dans un char de triomphe suivi de cent rois enchaînés, pourrait se résoudre à suivre avec des fers, celui de l'orgueilleux Scipion. Non, Sophonisbe a l'âme trop grande pour cela: quand je ne serais que Carthaginoise, je n'en serais pas capable; quand je ne serais que la fille d'Asdrubal, je ne m'y résoudrais jamais; quand je ne serais que femme de l'infortuné Siphax, c'est une faiblesse qui ne me viendrait point en l'âme; et quand je ne serais que l'esclave de l'illustre Massinisse, je ne suivrais pas un autre vainqueur. Mais étant tout à la fois, Carthaginoise, fille d'Asdrubal, femme de Siphax, et de Massinisse, et reine de deux grands royaumes: que Scipion ne s'attende pas de triompher de Sophonisbe. Non, généreux Massinisse, quand les chaînes que l'on me donnerait seraient de diamants, que tous mes fers brilleraient d'or et de pierreries, et que l'on m'assurerait de me faire remonter sur le trône, aussitôt qu'on m'aurait détachée du char de triomphe, je choisirais la mort au préjudice de la royauté; et si ma main avait porté des fers, je ne la tiendrais plus digne de porter un sceptre. Enfin j'ai une aversion si forte pour la servitude, et pour l'esclavage, et mon âme est si délicate en cette matière, que si je pensais que Scipion dût faire porter mon portrait en triomphe, je vous prierais de faire périr tous les peintres de Numidie. Mais non, je me reprends de ce sentiment; car si l'insensible Scipion fait porter mon image en entrant à Rome, il publiera plutôt ma gloire que la sienne: on verra que j'aurai su mourir, quand je n'aurai pu vivre davantage avec honneur, et que le courage d'une femme aura été encore plus grand que la vanité romaine. Je ne doute point, généreux Massinisse, si vous ne vous opposez pas fortement à la sévérité de Scipion, que vous ne soyez contraint de me donner la mort pour vous acquitter de votre promesse; car outre l'intérêt public, il a encore le sien particulier. Il se souvient que son père et son oncle sont autrefois morts en Afrique: il me regarde comme une victime propre à apaiser leurs Mânes; et joignant ensemble dans son cœur la gloire de Rome et sa vengeance, il n'est pas croyable que la fille d'Asdrubal obtienne sa liberté. Il me semble pourtant, généreux Massinisse, qu'il sera bien injuste, si dans le même jour que vous reprenez la couronne de Numidie, l'on attache votre femme à un char de triomphe. C'est, ce me semble, vous faire tout à la fois, et roi, et esclave: puisque s'il est vrai (comme vous me l'avez dit ) que ma misère et mes larmes jointes au peu de beauté que j'ai, aient touché votre âme et vous aient forcé de m'aimer autant que vous-même, ce serait triompher de vous aussi bien que de moi. Songez bien, Massinisse, si vous pourriez être mon spectateur en cette journée; et si vous ne me croiriez pas indigne de l'honneur que vous m'avez fait de m'épouser, si j'étais capable de vous faire cette honte. Mais ne craignez pas que je vous expose à une semblable douleur: si Scipion est inexorable, et que vous teniez la parole que vous m'avez donnée, ma mort justifiera le choix que vous avez fait. Néanmoins, auparavant que d'avoir recours à cet extrême remède, faites tout ce que vous pourrez pour toucher le cœur de cet insensible: dites-lui que je ne me suis rendue qu'à vous, que de tant de butin que votre valeur a acquis au peuple romain, vous ne lui demandez qu'une seule esclave "Que si son injustice veut vous obliger à la lui remettre entre les mains, comme si vous étiez le moindre soldat de ses légions, dites-lui alors que cette esclave est votre femme, qu'on ne peut triompher d'elle sans triompher de vous, et que le sang que vous avez répandu pour le service de la République mérite qu'on vous accorde la permission de la laisser vivre en liberté. Représentez-lui que vous l'avez trouvée dans votre royaume, dans votre palais, et dans votre trône; que c'est raisonnablement à vous qu'elle appartient, et qu'on ne vous la peut ôter sans injustice. Que si de si puissantes raisons ne le touchent pas, priez-le avec tendresse; mais enfin si vous ne le pouvez fléchir, souvenez-vous de votre parole, et ne manquez pas de me la tenir. Je vois bien dans vos yeux, mon cher Massinisse, que vous aurez peine à me faire un si funeste présent; je vois bien (dis-je) que vous aurez peine à envoyer du poison à la même personne à qui vous avez donné un diadème, votre cœur, et la liberté: je connais bien que c'est un rigoureux sentiment, et qu'il vous sera bien dur de voir que les mêmes torches qui ont éclairé mes noces, éclaireront mes funérailles; et que cette même main que vous m'avez donnée pour gage de votre foi, sera celle qui m'ouvrira le tombeau; mais enfin toutes ces choses vous seront encore plus supportables (si vous êtes généreux comme je le crois ) que de me voir enchaînée. Ceux qui disent que la véritable générosité consiste à souffrir les funestes événements avec constance, et que quitter la vie pour éviter le malheur, c'est, selon leurs sens, céder la victoire à la fortune: ces gens (dis-je) ne savent pas ce que c'est que de la véritable gloire des princes. Ce sentiment est bon pour des philosophes et non pour des rois, dont toutes les actions doivent être de grands exemples de courage. Que s'il est permis de quitter la vie (comme je n'en doute point), il faut sans doute que ce soit pour éviter la honte d'être menée en triomphe. C'est un grand malheur à un roi quand ses sujets se révoltent, mais si lors il songeait à quitter la vie, je l'estimerais un lâche parce qu'il peut encore les combattre et les châtier. C'est une grande infortune à un prince que d'avoir perdu une bataille, mais comme on voit assez souvent que ceux qui sont vaincus aujourd'hui seront demain victorieux, il faut se tenir ferme et ne s'abandonner pas au désespoir. Enfin tous les malheurs qui peuvent avoir un remède honorable ne doivent point nous porter à avoir recours au tombeau; mais lorsqu'après avoir perdu toutes choses, il ne reste plus rien à notre choix que des chaînes ou la mort, il faut rompre les liens qui nous attachent à la vie, pour éviter ceux de la servitude. Voilà, mon cher Massinisse, tout ce que j'avais à vous dire: souvenez-vous-en, je vous en conjure, et n'écoutez pas tant ce que vous dira Scipion, que vous ne vous souveniez de votre promesse et du discours que je viens de faire. Il est (si je ne me trompe) si juste et si raisonnable que vous ne sauriez le désapprouver. Allez donc, mon cher et bien-aimé Massinisse, allez combattre pour ma liberté, et pour votre gloire, contre l'insensible Scipion. Demandez-lui de grâce, si après n'avoir pas voulu regarder les belles prisonnières qu'il a faites dans ses nouvelles conquêtes, il voudrait voir attachée à son char, une femme de qui les regards ont pu vaincre Massinisse. Qu'il craigne que je ne fusse son vainqueur en voulant être le mien, et que du moins cette vertu austère dont il fait profession serve à l'empêcher de vouloir triompher de moi. Vous voyez bien, mon cher Massinisse, que mon âme n'est pas troublée et que je vous parle avec beaucoup de tranquillité: aussi vous puis-je assurer qu'en l'état où je me trouve, je ne regrette rien que d'être contrainte de m'éloigner si tôt de vous. C'est sans doute la seule chose qui peut encore toucher mon esprit: car après avoir vu mon pays désolé, Siphax prisonnier, la couronne tomber de dessus ma tête, et ce qui est encore le pire, Sophonisbe prête d'être captive de Scipion; après (dis-je) toutes ces choses, le tombeau me serait un asile et un lieu de repos, si j'y pouvais entrer sans vous abandonner. Mais j'ai cette consolation dans mon infortune, qu'ayant toujours eu une haine inconciliable pour la tyrannie romaine, j'ai du moins cet avantage de n'avoir été captive que d'un Numide, et de ne l'avoir pas été d'un Romain; mais d'un Numide encore, qui est mon mari et mon libérateur, et dont je n'ai pas plutôt été esclave que j'ai été maîtresse absolue de son âme. Allez donc, mon cher Massinisse, et ne manquez pas de tenir votre parole à l'infortunée Sophonisbe qui attendra avec beaucoup d'impatience la liberté, ou le poison".


EFFET
de cette harangue


Cette belle et déplorable reine obtint ce qu'elle demandait, parce que Massinisse n'obtint rien de Scipion. Il lui envoya la mort, ne pouvant lui conserver la liberté sans danger. Et ce lâche préféra son intérêt, et l'amitié des Romains, à la vie de cette généreuse personne. J'aurais souffert qu'il l'eût perdue pour conserver sa gloire, s'il ne pouvait autrement; mais que le galant homme ait vécu quatre-vingts ans après sa perte, et toujours ami des Romains, c'est ce qui m'a mis en colère contre lui, toutes les fois que j'ai vu cet événement dans l'Histoire; et c'est encore ce qui me fait taire ici, parce que si j'écrivais davantage, je lui dirais des injures. Plains Sophonisbe avec moi, mon cher lecteur, et puisque je tâche de te divertir, aie au moins la complaisance de n'approuver pas l'action de l'insensible et trop sage Massinisse"*.

NB:

(*) : Vous l'aurez deviné par vous même, qu'il s'agit là d'une modification du nom du Roi Massinissa ou bien "Mas nsen"( leur seigneur); en berbère heu pardon s tmazight...
(**) : Général romain



publié par Hafit Zaouche dans: aokas
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