CRB Aokas : L’assemblée générale du club au crible
Comme stipulé par la loi qui régie les associations sportives, le CRB Aokas a eu son assemblée générale ordinaire le vendredi 7 septembre à 16h au centre culturel d’Aokas en présence des membres de l’assemblée générale, des autorités locales, du représentant des joueurs, Khelfaoui Akli, capitaine d’équipe, de celui des supporteurs, des anciens joueurs et des cadres sportifs de la région. Le président du CSA, Zizi Omar, a présenté le bilan moral et financier de son association. Pour information, le CSA d’Aokas compte deux disciplines, le football et le karaté. Le président a pris les rênes du Chabab dans des moments très difficiles. Les remous qu’a connus le club la saison écoulée , et qui sont arrivés à menacer son avenir. Un directoire a été formé en urgence et Lagha Mohamed a été désigné à sa tête. Ce directoire a assuré cette période critique de transition qui a duré de septembre 2006 à février 2007. Suite aux différentes sollicitations des proches du club phare d’Aokas et des autorités locales, et pour en finir avec cette situation transitoire et confuse que vivait le CRBA depuis de longues années, Zizi Omar a accepté de reprendre en mains les affaires du club qu’il aime comme tous les Aokasiens le 9 mars 2007.
Lors d’une entrevue, le premier responsable du CRBA nous a révélé que son club compte 260 athlètes, 210 dans la section football et 50 pour le karaté. Le président, pour défendre son bilan, a mis l’accent sur la belle performance réalisée par ses footballeurs qui ont terminé sur la troisième marche du podium alors que personne ne les attendait là. La section karaté, malgré le peu de moyens dont elle dispose, a enregistré de belles participations bien qu’elle a axé essentiellement son travail sur la formation.
Des dons «historiques»
Depuis sa naissance, le CRB Aokas n’a jamais reçu autant de dons et de soutien de la part des Aokasiens que la saison passée. La valeur de ces dons s‘élève à 260 millions de centimes. L’actuel président, homme d’affaires bien connu dans la région, a lui-même donné presque la moitié de la somme de ces dons puisque c’est une somme de pas moins de 115 millions de centimes qui est sortie de sa poche. Après Zizi Omar, vient le patron de Polina & Nutagra, Zizi Farid, qui a contribué avec une somme qui dépasse les 100 millions de centimes. Le président n’a pas manqué d’adresser les remerciements de la grande famille du CRB Aokas à toutes ces personnes qui ont répondu aux appels de détresse en contribuant financièrement pour remettre le club sur pied. Ainsi, on saura que ses parmi ces généreux bienfaiteurs du CRBA on retrouve Zaïdi Abdenour et Zaïdi Mourad, deux entrepreneurs comme Chérif Zizi.
Pas la moindre réserve du commissaire aux comptes
La comptabilité du club a de tout temps été sujette à des réserves de la part du commissaire aux comptes, mais le rapport établi pour ce dernier bilan ne contient aucune réserve particulière à signaler. Ce qui renseigne sur la bonne gestion en vigueur au CRBA.
«Le CRB Aokas, un club SDF»
Zizi Omar a menacé de quitter les affaires du club si les autorités locales n’interviennent pas pour régler le problème du siège. Sur un ton grave, Omar Zizi a surpris toute l’assistance en déclarant que le CRB Aokas est un club SDF, sans même un bureau ! Le premier vice-président de l’APC d’Aokas, Naceri Boualem, a été prié d’intervenir pour éclairer les présents sur cette situation qui nuit évidemment à l’image du club. Le premier vice-président a répondu en annonçant que «le problème du local du club est réglé. Le CRBA aura son siège très prochainement» et ajoutera : «Je vous exhorte à réfléchir pour régler les autres préoccupations et surtout comment construire une équipe qui honorera la commune d’Aokas.»
«Le CRB Aokas n’appartient pas à Zizi Omar !»
Le premier responsable du CRBA n’a pas cessé de répéter pour insister auprès de ceux qui pouvaient en douter que le club appartient à tous les Aokasiens et que l’avenir de ce patrimoine commun à toute une région de la wilaya de Béjaïa concerne toute sa population.
«Le CRB Aokas ne sera jamais une tribune politique»
Une partie du discours a retenu l’attention de tous les présents, le passage où sur un ton d’une grande fermeté, le président du CRBA a lancé un appel pour que tous s’impliquent à sauvegarder le club, empêcher qu’il soit utilisé à des fins autres que sportives et éviter de semer la zizanie entre les populations d’une même région et qui forcément ne sont pas tous de la même sensibilité politique. «Le CRBA a toujours été un club sportif et il en sera ainsi pour le restant de sa vie» a tonné le président Zizi.
« Celui qui peut faire mieux que moi, qu’il se présente !»
Zizi Omar a rappelé à l’assistance qu’il a pris les destinées du CRB Aokas, dans des moments critiques et c’est l’amour du club et surtout des jeunes d’Aokas qui l’a poussé à accepter ce poste de président. Maintenant que le club a retrouvé une certaine stabilité, il peut se retirer sans peine, c’est ce qu’il a laissé entendre en lançant : « Celui qui peut faire mieux que moi, qu’il se présente, je lui céderai volontiers ma place» avant de clôturer les travaux de l’assemblée générale non sans avoir assuré auparavant que le CRB Aokas fera mieux que la saison dernière. Puis, aux membres de l’AG d’approuver sans peine le bilan présenté.
Hafit Zaouche
Vacance en Kabylie.
Aokas : pour que la féerie demeure
dimanche 29 juillet 2007
Aokas, la perle de la kabylie
. Elle est située sur le littoral dans la wilaya de Bgayet. Aokas, très opulente contrée du point de vue géographique et historique, diversité des sites naturels, grottes féeriques, mer et montagne qui se confrontent sans pour autant s’affronter. Aokas veut dire requin en Thamazight.
La grotte féerique
Elle a été découverte fortuitement par une équipe internationale de travaux routiers lors de la percée du tunnel de la RN9.Depuis des millénaires , la nature y a lentement confectionné de véritables œuvres d’art. Dès l’entrée, on est saisi par un étrange sentiment de stupéfaction et d’admiration devant ce long et secret travail des siècles .De la voûte monumentale pendent de gigantesques stalactites, certaines atteignant plusieurs mètres. Sachant que leur croissance se fait au rythme d’ à peu près 4cm tous les cent ans, le visiteur peut imaginer tout le temps qu’il a fallu pour atteindre de telles proportions .Les stalactites sont des concrétions qui naissent du dépôt infinitésimal de calcaire que chaque goutte d’eau en perlant laisse sur la voûte . En contrebas, à son point d’impact au sol, elle abandonne également un peu du calcaire dissous en elle pour former des stalagmites. On peut ainsi voir des milliers de ces formations pendre de la voûte tandis qu’a partir du sol , d’autres tout aussi innombrables leur font vis a vis .
En plusieurs endroits, la jonction de ces formations calcaires forme une colonne gigantesque, semblable à un tronc de palmier .mais les figures sont très variées, au gré du jeu lent et fantaisiste de l’eau et du calcaire. Certaines sont d’une vraisemblance troublante, telle cette vierge marie tenant dans ses mains l’enfant jésus, ou cet oiseau de proie au bec acéré .Au sol ,les visiteurs ,dont certains avouent un sentiment d’angoisse indéfinissable devant ces visions cyclopéennes dans l’immensité de la grotte en clair obscur, peuvent voir des gours, petits lacs que l’eau a creusé dans la roche en y dissolvant le calcaire. Les gens y jettent des pièces de monnaie accompagnées de vœux .Au fonds de la dernière chambre, des draperies, sortes de concrétions en nappes couvrent les parois, et les espaces qu’elles laissent créent les conditions pour la production de sons de différentes tonalités.
La grotte est gérée par la municipalité qui a entre les mains un formidable cadeau de dame nature .A raison de 50da par entrée, et vue la chaîne quasi permanente de visiteurs, on peut se faire une idée du pécule amassé quotidiennement. Cette exploitations est néanmoins la cause de dommages déjà visibles. D’abord, l’idée d’aménager des marches en béton dans un milieu aussi fragile n’a certainement pas été entourée de garanties scientifiques mais a du plus obéir à un souci d’accessibilité et d’efficacité commerciale .Comble du mauvais goût, un mur en parpaing a été bâti au dessus de l’entrée ! Des câbles électriques grossiers longent les parois millénaires, alors qu’un effort aurait pu être fait pour les rendre moins voyants et atténuer le préjudice esthétique.
Mais il y’a plus grave .Les parois commencent à être recouvertes par un film noir, certainement du aux gaz d’échappement des innombrables véhicules qui empruntent chaque jour le tunnel. Les gaz s’engouffrent directement par la porte d’accès qui est du cote de la route. Nul doute que si l’exploitation touristique sans précautions continue a ce rythme effréné, toute la grotte sera noircie d’ici quelques années .Et la gestion à courte vue de l’homme fera disparaître ce que la nature a mis des millénaires à confectionner avec un art inégalable. Ce constat n’et pas alarmiste le moins du monde ; une bonne partie des façades internes est déjà noircie. Nous venons d’apprendre que l’exploitation (sic) de ce site naturel a été proposé à une adjudication ouverte à des concessionnaires prives .Ce serait, sans jeu de mots, un acte contre nature .La municipalité s’est semble t’il heureusement opposé à cette démarche insensée .Mais pour que la beauté sublime de cette grotte puisse être sauvegardée de la prédation et léguée aux générations futures, un état des lieux scientifique serait souhaitable .Et les mesures préconisées devraient avoir force de lois.
Le château de la comtesse
Ce manoir (résidence) est construit sur un rempart, à l’entrée ouest de la commune d’Aokas. Il est situé à bord de la RN N° 9 reliant Bgayet à Setif (1,5 KM de la ville d’Aokas). Ce chef-d’œuvre d’architecture est construit avec de la pierre taillée, sa toiture est faite avec l’ardoise. Ce chef d’œuvre est d’une surface de 5 983 m2 est composé d’un édifice principale (une maison a deux étages), le rez-de-chaussée de 195 m2 : divisé en trois chambres, un hall de réception et showroom. Selon ceux qui ont connu cette région, ce château a été occupé par un certain Boucheron, pour la production et la commercialisation du vin. “Le château est construit, par un général de l’armée française surnommé Poison et il n’avait pas d’héritiers dans les années 1890, plus exactement les travaux de construction de cette résidence débutèrent en 1870, et terminèrent 1890”.
Au début, le colon ne trouvait pas d’intérêt pour nommer son édifice, mais on raconte que ce général s’est marier avec une femme algérienne de la région de Bgayet, et une fois le château fut construit il voulait lui donner le nom de famille de sa femme. Elle refusa, Elle lui dit “tu t’es marié avec moi et pas avec ma famille”, et il décida de l’appeler le “château de la comtesse
Tourneau, temoin de bravoure du peuple kabyle
Touneau est originaire de la NORMANDIE au nord de la France ou il possédait une ferme... a Aokas c’est le domaine tourneau... ou la vigne dominait de loin l’essentiel de l’activité pratiquée... le vin était exporté (vin blanc et vin rouge) en plus de meilleur qualité. Il a construit ses propres caves ou se faisait la macération et la mise en ut du vin...
Ce n’est que vers 1958 -59 que ces caves sont transformées en prison et endroit pour la torture..... Beaucoup de prisonniers sont passés par ces caves. de même pour les caves de l’autre domaine celui d’AUBERTIER. Tourneau est la pour témoigner de la cruauté du colonialisme français et la bravoure du peuple kabyle .
Djermana, le plus vieux village d’Aokas
Aokas jadis était une falaise que le niveau de la mer arrivait très haut et pour preuve du coté ce qu’on appelle le café de carapace en montant vers le paramédicale il y a encore des restes de chaînes ou les embarcations et felouque accostaient. Ce n’est qu’après l’ouverture du canal de suez que la mer a reculé considérablement. Le ruisseau ou rivière de mesbah( eau fraîche et propre) coulaient entre les deux versants
des montagnes mesbah et ait m’hand ;et comme toutes les civilisations et histoires naissent toujours sur les bords des cours d’eau. La ou il ya de l’eau il ya la vie.
Djermana est le premier village habité et construit par les Ait M’hand. La typologie du terrain permettait un abri et un refuge contre les razzias des occupants et envahisseurs, ensuite des arbres qui en témoignent comme des troncs d’oliviers assez gros ; et peut être millénaire. Des arbres de noix aussi. En tout ça, y ont bien eu des habitants sur les deux rives de la rivière…


Amarouche et Aweqas Zaouche
Merci www.aokasforum.com pour une partie des photos.
Melbou, ou la Malibu de la Kabylie.
Melbou est le nom d’une sainte, les vielles de cette région l’appelle « Yemma Melbou ».
Les paysages de Melbou sont sublimes par le brassage entre mer, montagnes, forêts et vestiges historiques. Un relief montagneux qui se couvre de neige pendant la période hivernale, domine une superbe cote de 12 kilomètres.
Ces montagnes abritent plusieurs hectares de forets
de chêne liége qui constitue une source d’économie considérable région. Il existe deux rivières importantes au niveau de la région : Assif Agrioun et Assif Boulezazene.
Les températures sont douces sur le littoral (hiver doux, été chaud). Pour les visiteurs de Melbou on peut leur conseiller de prendre la route Tafsaft- Ziama. Au bord de la mer les paysages sont paradisiaques. Se balader au
« Gar Idurar » un paysages unique formé par la collision entre deux, montagnes Medjounes et Buhalum, qui malheureusement n’est pas très connu. Ou se rendre à Afaghir-grotte féerique, ce lieu historique qui était le refuge il y des millions d’années des hommes d’Afalou.
Les principales agglomérations de Melbou sont le chef lieu de la ville à quelques pas de la mer.
Tiziwar, Boulzazene, Sahel, Tassafsaft, Tarikth, Ahriq, Tikhribine,Tamrzagth, Tahmilt et Bouhiane. Les points d’eau sont répertoriés sur quatre fontaines principales :Tala n’Tarikth, tala Taskalt, tala n’Dawed, tala Aman n’ Tzuyar.
Pré- histoire de la région :
Depuis la nuit des temps la région fut habitée par des êtres humains, et les vestiges préhistoriques dont la région est infiniment riche, sont la pour en témoigner. L’homme qui a habité la région est connu sous le nom de l’homme de Mechta Afalou, c’est un homo sapiens qui s’apparente au stock racial cromanoide du paléolithique supérieur.
Il a habité dans l’abris sous roche d’Aflou Vu R’mel étymologiquement
l’Abri du sable, qui est un abri naturel creusé à même la falaise, et il surplombe à environ 35m, la route nationale N 43 reliant Vgayet à Jijel. Il est situé à environ 800 mettre à l’est du chef lieu de la commune de Melbou. Le talus d’avant grotte est recouvert de sable et de végétations. L’homme d’Afalou a une stature élevée et élancée de 1.74 m pour les hommes et 1.63m pour les femmes, il a une squelette très robuste, épaules large, hanches moyennes, les mains et les pieds sont très longs. 
En 1927 une visite a été effectué pour un premier sondage, et a mené à la découverte d’une industrie archéologique et plusieurs ossements humanoïde, pendant les années 28, 29 et 30 des fouilles ont été conduites par CHARLE ARAMBOURG, l’abri présentait un important remplissage d’une dizaine de mètres. Cinquante têtes osseuses ont été découvertes, 26 têtes d’hommes, 14 de femmes et 10 d’enfants. Les recherches du Dr Slimane Hachi ont abouti à la découverte de plusieurs ossements dont le squelette d’un homme âgé de 16 mille ans avant J.C, ainsi que les outils en pierre taillée sous forme de lamelles et de galets. Cette industrie primitive ainsi que
l’homme d’Afalou appartiennent à la civilisation IBEROMAURUSIENNE, qui est une civilisation préhistorique méditerranéenne occidentale poste paléolithique supérieur et prénéolithique, elle est caractérisée par l’industrie de la pierre taillée. IBEROMAURUSIENNE se présente comme la plus ancienne civilisation indépendante ayant pu évoluer par elle-même et dont la durée était très grande.
Melbou et l’époque romaine
Les romains ont laissé des traces au niveau de la commune de Melbou dans un lieu dit « Thaghzouyt ». Des restes de bouts de quelques remparts et des débris de murs et de pierres, possible qu’elles soient les restes de mausolées ou de sarcophages. Ces vestiges sont connus et appelé surtout par les paysans qui ont labouré l’endroit « Avlat n’ Roman »(pierre romaine), ces vestiges sont encore la pour témoigner du passage des romains, mais hélas ignorés même par la population locale.
Entre mer et terre, Melbou demeure un chef-d’œuvre de beauté, rehaussé par un passé aussi lointain que les origines de la terre. Là où la résistance coule de source, les ultimes luttes restent à mener pour la sauvegarde de l’identité. 
Aweqas Zaouche
La tombe de la Kahina arabisée !
lundi 7 mai 2007
Visiter la tombe de la Kahina a toujours été notre rêve. Nous nous sommes renseigné auprès des militants de la cause amazighe pour connaître le lieu où est enterré notre reine. Leurs réponses étaient trop vagues. Elle est enterrée en territoire chaoui. Mais où exactement ? Le territoire chaoui est large ? A Oum El Bouagahi, Batna, Khenchla, Guelma… ? Où exactement ? Cette fameuse question taraudait notre esprit ! Un hasard a voulu que l’on rencontre, à Bgayet, un militant de la cause Amazighe originaire de Batna. Nous avons, bien sûr, commencé notre discussion par le combat identitaire. Notre joie était au top au moment de connaitre enfin l’adresse exacte de la tombe de notre reine. Kahina est enterrée à Baghai, département de Khenchla. Depuis ce jour, notre souhait était de visiter Baghai.
Le jour est finalement venu pour exaucer notre grand souhait. Une fois à Baghai, nous avons été surpris et déçu de découvrir que « Ksar El Kahina » était abandonné par les autorités. Nous n’avons pas pu y accéder et nous n’avons trouvé personne pour nous orienter… Notre plus grande déception etait l’absence totale d’écriture Amazighe. Pis encore… d’aucun symbole berbère. En Algérie, le pouvoir arabo-islamiste s’efforce d’arabiser même les tombes !
Nous lançons un appel, à tous les imazighen, et surtout aux associations qui militent pour la réhabilitation du patrimoine Amazigh à organiser des excursions à Baghai et rendre la tombe de la Kahina un véritable lieu de pèlerinage pour tous les berbères du monde.
Aweqas Zaouche


Tafsut imazighen
Entretien avec Mohand Ameziane Bencheikh, détenu des évènements de 1980 et 1981
samedi 19 mai 2007
Kabyle.com : Azul, pouvez vous, vous présentez à nos lecteurs ?
Mr Mohand Ameziane : azul, je m’appelle Mohand Ameziane Bencheikh et je suis plus connu sous le surnom de Bezza. J’ai eu mon bac en 1978, licencié en science financière et commerciale de l’école supérieure de commerce d’Alger. Actuellement, je suis fonctionnaire à l’administration des œuvres universitaires de Bgayet. Je suis un ex-détenu du printemps berbère de 1980 et j’ai participé à la manifestation des étudiants de mai 1981
Kabyle.com : pouvez-vous nous raconter les circonstances de votre détention en 1980 ?
Mr Mohand Ameziane : j’ai été arrêté le 07 avril 1980 lors de la marche organisée à Alger, place 1er mai. J’ai passé une nuit avec 16 autres manifestants dans une cellule du commissariat central d’Alger. Nous avions été relâché le 08 Avril. El Kadi Ihessene (journaliste actuellement) est le seul à avoir été relâché 2 jours après. Nous avions continué nos manifestations de rue. J’ai été de nouveau arrêté le 21 Avril 1980 à coté de l’école supérieure de commerce et emprisonné au commissariat central d’Alger du 21 avril au 08 mai.
Kabyle.com : peut on savoir comment vous avez été traités ?
Mr Mohand Ameziane : j’ai subi plusieurs interrogations musclées
Kabyle.com : Qu’est-ce qui vous a marqué le plus lors de votre détention de 1980 ?
Mr Mohand Ameziane : ma rencontre avec Ferhat imazighen Imula dans la cellule du commissariat d’Alger m’a donné des frissons. Ferhat était l’idole de toute notre génération, la génération qui aspirerait à la démocratie, à la liberté, à l’amazighité. Ferhat a été arrêté le 16 avril 1980 à l’aéroport d’Alger. Nous avons beaucoup parlé moi et lui
Kabyle.com : sur quels sujets sont axés essentiellement vos discussions avec Ferhat ?
Mr Mohand Ameziane : on parlait bien évidement des évènements qui ensanglantaient la Kabylie. A l’époque, les rumeurs les plus folles circulaient, comme : y’avait 32 morts à Tizi Ouzou ; le pouvoir s’apprêtait à déclarer une guerre générale à la Kabylie. On était très inquiet, mais il y avait beaucoup de méfiance, même entre prisonniers. Je me souviens que Ferhat était très méfiant.
Kabyle.com : et pour les évènements de 1981 ?
Mr Mohand Ameziane : ce qui s’est passé en 1981, n’est que la continuité des évènements de 1980. Le 12 Avril 1980, un collectif culturel de l’université d’Alger a été créé par d’éminentes personnalités culturelles comme (Salem Chaker, Kateb Yacine, Mouloud Mammeri...). En septembre 1980, au début de la rentrée scolaire et universitaire, nous avions décidé de multiplier les actions culturelles, surtout l’enseignement de Tamazight. Benkhemou Mustapha assurait les cours de Tamazight à Bab Ezzouar et à Boumerdès. Salem Chaker assurait les cours à la Fac Centrale d’Alger. Nous avions crée un journal mural. Toujours dans les années 80, une troupe « Debza » a été crée pour porter haut et fort les revendications principales des étudiants à savoir : Tamazight, l’arabe algérien, démocratie, liberté...
Le 19 mai 1981, lors de la journée national de l’étudiant, les membres du collectif culturel de l’université d’Alger, dont je faisais parti, a décidé de fêter cette datte comme tous les étudiants.
A 6heure du matin, nous avions descendu de Ben Aknoun (cité universitaire) à la fac centrale munis de nos banderoles comme le reste des étudiants pour fêter cette journée. Je tiens à rendre un très grand hommage à deux grandes figures du mouvement estudiantin : Mustapha Bacha et Salah Boukrif, qui ne sont plus aujourd’hui avec nous (décédés). A l’intérieur de la fac et en plein air, il y avait une représentation de la pièce de théâtre de la troupe Debza « Sendouk El3djeb » (appellation populaire de l’époque de la télévision). Un monde fou regardait la pièce. A la fin de représentation, une marrée humaine s’apprêtait à sortir. c’est là que les problèmes ont commencé. Les baathistes commençaient à provoquer la foule en criant leurs slogans habituels (enfants de la France, enfants des pères blancs, Koufar, harkis...). Je me souviens de ce baathiste zélé, qui menait avec son porte voix. Il s’est mis au milieu de la foule et scandait des insultes envers la Kabylie et les démocrates en général. Un étudiant du collectif lui a coupé le fil de son porte-voix. Cette action était le début d’un grand cafouillage et une dispute sans merci entre les islamistes et les étudiants du collectif. Les islamistes étaient préparés, ils avaient leurs réserves de pierres, armes blanches (chaînes, barres métalliques, poignards...). Il y avait plusieurs blessés et même très graves. Le mercredi 23 mai 1981, j’ai pris, avec Mustapha Bacha, la route Ben Aknoun- Fac centrale. Je me souviens ce jour là, on avait croisé Mustapha Benkhamou et rebroussé chemin après avoir remarqué un contrôle très strict à la fac centrale et un grand nombre de policiers. Mais nous avions été surpris par une embuscade de policiers en civil et été arrêté vers 8h du matin le 23 Mai 1981. Nous sommes resté 9 jours au commissariat central d’Alger puis transféré à la prison d’El Harrach (20 personnes à être transférer à cette prison dont 6 membres de la troupe Debza). nous avions été libéré le 29 octobre de la même année et obligé de déclencher une grève de la faim de 5 jours pour accélérer le jugement.
Mustapha Bacha, Boukerif Salah et Arezki Ait Larbi, El Kadi Ihssane ont été condamné à une année de prison ferme. Laksi Mokrane condamné à 8 mois de prison ferme. Je tiens à vous informer que le fils du colonel Si Lehouas, Hamouda Abderzak, était parmi les prisonniers d’El Harrach
Kabyle.com : Qui étaient les membres fondateurs de la troupe Debza ?
Mr Mohand Ameziane : dans le souci de porter haut les revendications du collectif culturel des étudiants, Mustapha Bacha, Salim Bensedira, et moi même avions eu l’idée de lancer le groupe « Debza » qui chante en kabyle et en arabe algérien. Le premier a avoir fait le travail musical de la troupe était Djamel Zenati.
Kabyle.com : quel est votre père spirituel à Debza ?
Mr Mohand Ameziane : la troupe Debza faisait beaucoup plus de théâtre que de la chanson. La plupart des chansons du groupe étaient des pièces de théâtre. Kateb Yacine était notre père spirituel
Kabyle.com : durant les années 80, la revendication identitaire était à son sommet et la relation de la Kabylie avec le reste des régions d’Algérie était très tendue. Quelle était la réaction du public kabyle lorsque vous chantez en arabe ?
Mr Mohand Ameziane : en général la réaction du public kabyle était bonne et compréhensive. Mais je me souviens de cette légère mauvaise réaction d’une partie du public lors du séminaire de Yakouren (Août 1980)
Kabyle.com : peut on savoir quels étaient les éléments moteurs de la troupe ?
Mr Mohand Ameziane : c’est très difficile de citer tous les noms de la troupe “Debza”, mais je peux nommer, Bounab Abdellatif, Balahouane Rabah, Mourad Beloucherani, Lahmer Messaoud, Houati Abdenour, Ourad Meziane...
Kabyle.com : et pour l’enregistrement ?
Mr Mohand Ameziane : nous avions enregistré la première K7 en 1987. avec Hayoune Saïd, Dejelouli Rachid, Talbi Rachid, Belala Djamal, Hamaine Merzouk (le seul qui n’a pas été étudiant) et qui est devenu par la suite le confident de Kateb Yacine
Kabyle.com : en 1982, le premier étudiant démocrate est assassiné par les hordes intégristes. Pouvez vous nous parler de Kamel Amzal et les circonstances de son assassinat ?
Mr Mohand Ameziane : Kamal Amzal, dit Madjid, aimait beaucoup la poésie : Baudelaire, Apollinaire, Ilia Abou Madhi, Aït Menguellet, Si Mohand U’M’hand… aucune poésie ne lui était étrangère. Il aimait citer aussi un serment du chercheur anthropologue Théodore Monod, disparu en 2000, qui disait " Quand tous les périls seraient dans la liberté, toute la quiétude dans la servitude, je préférerais encore la liberté ; car, la liberté, c’est la vie et la servitude c’est la mort.
Kamal Amzal, étudiant, est tué à coups de sabre par un groupe intégriste en novembre 1982 à la cité universitaire de Ben Aknoun parce qu’il voulait afficher une déclaration du collectif. Pressions et agressions contre les femmes se multiplient. Le voile islamiste, la tenue afghane et le port de la barbe pour les hommes, inconnus de la tradition algérienne, font leur apparition.
Kabyle.com : on vous laisse le soin de conclure Mr Bezza ?
Mr Mohand Ameziane : quand quelqu’un récupère son identité, il est mieux assis pour se prendre en charge. En d’autres terme il sera stable intérieurement.
Aweqas Zaouche








